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Culture | L’exposition « Plus que parfaits, métamorphose des corps en scène » reprend ses quartiers à l’Opéra National de Bordeaux

Exposition "Plus que parfaits" à l'Opéra National de Bordeaux

Après avoir été présentée une première fois avec succès à Bordeaux en 2015, puis au Château de Cadillac et à Saintes, l’exposition « Plus que parfaits » est de retour en ses murs ; ceux du Grand-Théâtre de Bordeaux. Elle apparaît dans une nouvelle version réactualisée, et augmentée des dernières productions de l’Opéra National de Bordeaux. Elle invite le public à découvrir le patrimoine considérable que sont les costumes et les accessoires de l’Opéra, ainsi que l’admirable savoir-faire de ses ateliers, et de ses artistes concepteurs. Signée Eric Charbeau et Philippe Casaban, elle présente l’art et la manière de modeler, de transformer, et de métamorphoser les corps en scène, pour la scène.

« Notre dispositif se veut vivant et lumineux ; il comporte plusieurs niveaux de lecture, léger, ou bien détaillé. » Voilà comment Philippe Casaban, commissaire de l’exposition aux côtés d’Eric Charbeau, perçoit son travail, destiné aux familles, comme aux mordus de culture. A travers « Plus que parfaits », les deux hommes ont pris la décision de mettre à l’honneur quatre bijoux de l’Opéra de Bordeaux, tous reliés par le fil conducteur de la mise en scène des corps : le Grand-Théâtre, « baigné de lumière naturelle, toutes portes ouvertes avec vue sur la ville », et son architecture emblématique, un lieu de création, patrimonial et vivant ; une centaine de costumes remarquables, choisis parmi les 15 000 conservés dans les entrepôts de l’Opéra ; des trésors dits « immatériels », soit les savoir-faire des ateliers et un invité, Steven Cohen, à qui ils ont confié la Grande Salle.

Un parcours immersif

L’exposition est introduite par deux installations qui basculent immédiatement le visiteur dans l’imaginaire, et qui donnent à voir le Grand-Théâtre sous un autre angle. La première : une forêt de bouleaux en vitrine, entourée d’animaux sauvages en bronze qui se fondent avec le sol, invite le visiteur à plonger dans l’univers de la mutation et de l’incarnation, ainsi qu’à méditer sur le théâtre du monde, et sa transposition par les artistes. La deuxième, un vol d’anges dorés sous la coupole de l’Opéra, évoque la conquête des cieux, et le rêve éternellement humain de l’envol ; le rêve d’Icare, personnage mythologique au « corps augmenté ». Cela fait écho à la volonté des concepteurs de l’exposition, de mettre en lumière les prothèses, costumes et accessoires, qui permettent aux figurants de se modeler un corps, une fois encore, « augmenté ».

Les commissaires expliquent que « la difficulté aura été de rendre vivante une exposition de costumes qui eux, sont figés. » C’est pourquoi, une fois atteint le sommet des escaliers menant aux premiers vêtements, le visiteur est accueilli par un écran. En effet, tout au long de l’exposition, des vidéos ponctuent le parcours, et guident le public. A ce moment-là, on observe par exemple un figurant arriver en coulisses, deux heures avant son entrée en scène, afin de se préparer. En loge rapide, il est peint, maquillé, accessoirisé : on assiste à sa métamorphose. Un temps de préparation énorme, pour moins de trois minutes de prestation.

Un savoir-faire rare et préservé…

Cette exposition estivale est donc, aussi, l’occasion de rappeler que derrière chaque spectacle, s’activent des dizaines de métiers et artisans, qui confectionnent toutes sortes d’artéfacts pour permettre aux plus grands artistes de briller toujours plus dans la lumière. Couturiers, perruquiers, décorateurs, peintres, électriciens, sculpteurs, machinistes, cintriers... tous contribuent à la réussite des productions de l’Opéra, grâce à un travail dans l’ombre minutieux.

L'Opéra National de Bordeaux se donne pour mission la préservation de ces savoir-faire rares et précieux ; un vœu aussi réalisable du fait de la confection en interne d’un grand nombre de ses costumes et décors, les ateliers de couture, d’accessoires et de décoration étant installés au sein du Grand-Théâtre.  L’occasion est donc donnée ici, d’approcher de près de somptueux costumes, riches de savoir-faire, de comprendre l’art et la manière de concevoir ces costumes et de les fabriquer, et de saisir le travail des costumiers qui jouent avec les genres, les identités, les stéréotypes, les silhouettes, les formes et les matières.

Philippe Casaban et Eric Charbeau expliquent : « Le corps du comédien, du chanteur, du danseur, devenu personnage par son art, est un corps mutant en scène. C’est un corps augmenté. Il est éphémère et immortel, trivial et sublime, dionysiaque et apollinien. Prothèses et chairs sont en symbiose. Ce corps inventé est l’essentielle matière première des arts vivants. »

Le premier élément de la transformation du figurant est le costume. Tout est calculé : solidité, mais légèreté.  Viennent ensuite les « prothèses » : corset, faux-cul, faux-ventre, vertugadin, panier, latex ; autant d’instruments qui permettent de sculpter un corps « augmenté », en adéquation avec les normes sociales de l’époque. Les coiffes et le maquillage finalisent la métamorphose.

 

 Exposition

   

 … qui évolue avec son temps

Les silhouettes scéniques suivent de près l’évolution des silhouettes historiques : adieu courbes et contre-courbes, il faut se plier aux normes sociales de l’époque ! Du Moyen-Age jusqu’au début du XIXe siècle il n’existe pas de « corps naturel » idéal. Ce-dernier est toujours transformé, augmenté, à l’aide du costume. Le vêtement joue un rôle-clé dans la mesure où ce qui compte ce n’est pas le vrai corps tel qu’on le trouve sous les étoffes, mais la silhouette. Le vêtement façonne alors en falsifiant le corps naturel : il le sculpte en courbes et contre-courbes. La taille de la femme est fine, marquée jusqu’à l’étranglement, et les courbes sont toujours plus accentuées. Les mensurations doivent être socialement parfaites. « Il n’est qu’une chose qui fasse le costume au théâtre, c’est la silhouette » estimait Yves Saint-Laurent. 

 

 Exposition

 

Dans un immense salon où la lumière est reine, costume après costume, le visiteur réalise que depuis des siècles, le corps archétypal, féminin principalement, est fabriqué dès l’enfance. Le corps naturel est déformé par contrainte, comme par exemple avec le port systématique d’un corset. Le buste est raidi, la taille de la femme est serrée, la poitrine relevée, les hanches arrondies. Les instruments de la transformation abondent : le corset, le corps à baleine, le panier, le vertugadin, et bien d’autres, pour aboutir à une silhouette figée en sablier. Quand l’homme se caractérise par sa carrure, la femme, elle, se caractérise par la finesse de sa taille. Ce n’est que plus tard sur le parcours de l’exposition, à partir du XXe siècle, que le corps tel qu’il est réellement, est mis en valeur. Ce n’est plus l’habit qui dessine la silhouette, mais le corps lui-même ; la triche est alors bien moins automatique. On ne se focalise plus sur ce qui est en dessous, pour modeler les formes, mais sur ce qui est dessus, pour les montrer. L’occasion donc, de revenir sur les injonctions faites aux corps qui marquent aujourd’hui encore nos sociétés. 

La collection de Steven Cohen pour conclure l’expo

L’exposition est finalement enrichie sur la scène du théâtre d’une installation du plasticien performeur et chorégraphe sud-africain Steven Cohen, déjà présentée à Johannesburg en 2017. Née à la suite du décès de son partenaire et collaborateur artistique Elu, elle se compose d’objets trouvés, et d’une myriade de chaussons de danse, parmi lesquels se trouvent ceux d’Elu. Dédiée à son ami, elle témoigne de la vitalité des arts de la scène. A l’image des multiples facettes de la personnalité de son auteur, l’œuvre « Put your heart under your feet… and walk » est une réflexion sur la perte, le deuil et l’absence, ainsi que sur la stigmatisation politique, sociale et sexuelle. Steven Cohen témoigne : « Ce travail est une expression de l’acceptation de mon destin de ne pas mourir aux côtés d’Elu, une expérience sur la façon de gérer la culpabilité des survivants dans un effort pour garder mon cœur amputé battant encore, sur la façon de rendre hommage à nos vies si richement dansées dans la pauvreté. Elu a passé sa vie à faire cela, d’abord à apprendre la danse classique, à survivre à la stigmatisation sociale violente, puis à s’exprimer dans son vocabulaire unique de danse contemporaine, fragile et fort comme un fil d’araignée. » Son travail est une manière de donner de la visibilité, entre autres, à l’univers queer, en marge de la société. Pour les commissaires de l’exposition, il s’agit en plus, de montrer, par cet aménagement, « que l’univers de l’opéra continue d’inspirer et de nourrir les artistes contemporains ».

Un seul conseil, en somme : oubliez le temps, et laissez-vous guider par la magie du Grand-Théâtre, lieu revêtu de sa peau de pierre qui force l’admiration, pour une expérience sensorielle exceptionnelle.

 

Exposition

 

Informations pratiques :

Accès : Du mardi au dimanche, y compris jours fériés, de 13 h 30 à 18 h 30.

Tarification : plein tarif 9,50 € / tarif réduit : 5 € pour les jeunes de moins de 28 ans, les personnes handicapées sur présentation d’une carte d’invalidité, les bénéficiaires de l’allocation chômage, les abonnés des saisons 19/20 et 20/21 et, dans la limite de 2 places par adhérent, les détenteurs de la carte adhérent UBM / gratuit pour les moins de 12 ans.

PRECISION IMPORTANTE : La salle de spectacle et l’installation de Steven Cohen sont accessibles jusqu’au 20 août. A compter du 21 août, en raison de l’inaccessibilité de la salle, due au montage des décors de la Traviata, le tarif réduit sera appliqué.

L’accueil du public a été étudié dans le respect des contraintes sanitaires en vigueur. Le port du masque est obligatoire dès l’entrée dans le bâtiment pour toute personne de plus de 11 ans, et du gel hydro-alcoolique est mis à disposition à l’entrée et à la sortie.

Justine Wild
Justine Wild

Crédit Photo : Justine Wild

Publié sur aqui.fr le 11/08/2020