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Politique | Bordeaux : Pierre Hurmic appuie sur l'accélérateur

Pierre Hurmic

Ce jeudi 10 septembre, le maire de Bordeaux et plusieurs de ses adjoints se sont livrés à un baptême du feu en effectuant leur première rentrée politique en tant que nouvelle majorité dans le contexte d'une situation sanitaire de plus en plus alarmante. Urbanisme, logement, sécurité, place du vélo, végétalisation et économie ont été les cinq piliers de ce premier exercice, marqué par plusieurs annonces essentiellement calendaires. On reprend l'inventaire et on vous résume l'essentiel de cette première sortie attendue.

C'était un baptême du feu attendu. Après une élection surprise en juin dernier, le nouveau maire de Bordeaux a effectué ce jeudi 10 septembre sa première rentrée politique sous le haut patronage d'un terme repris plusieurs fois par Pierre Hurmic et ses adjoints : le "pragmatisme". Un oral précédé d'un "été studieux avec une rentrée polarisée par deux urgences : la crise sanitaire, très préoccupante et évolutive avec un taux d'incidence multiplié par dix en quelques jours; et la sécurité".

Relativement discret médiatiquement depuis deux mois (hormis peut-être au moment d'évoquer la situation alarmante du regain de l'épidémie de coronavirus en Gironde), le maire écologiste s'est fait damer le pion du discours par l'opposition la semaine dernière, notamment par Thomas Cazenave (candidat malheureux aux dernières municipales) qui a demandé, via les réseaux sociaux, la tenue d'un "conseil municipal extraordinaire dédié à la sécurité" ou encore Nicolas Florian, l'ancien maire passé dans le rang des opposants, qui n'a pas hésité dernièrement à tacler l'inaction de la municipalité depuis son élection.

 

Parce que la situation l’impose et que ce sujet nécessite, loin des polémiques et des instrumentalisations, un vrai débat et des mesures rapides, nous demandons qu’un conseil municipal extraordinaire dédié à la sécurité à Bordeaux soit convoqué au plus vite par @PierreHurmic

— Thomas Cazenave (@T_Cazenave) September 5, 2020

 

"Pour ce qui est du conseil municipal, je n'ai reçu aucune demande", a répondu l'élu. "Je ne suis pas un maire qui répondra à des demandes faites sur Twitter. J'écouterai les propositions de mes opposants si tant est qu'ils en aient, ce qui pour l'instant ne m'a pas frappé. L'urgence est là mais s'il fallait demander un conseil municipal extraordinaire, ce serait plutôt sur l'insécurité sanitaire avant de vouloir surfer sur le buzz politique national", a sabré Pierre Hurmic en guise d'introduction. Voilà qui annonce déjà le ton de la rentrée. Mais sinon, au rayon des annonces, qu'a-t-on pu apprendre ? En cinq points, pour autant de priorités déclinées, on vous résume l'essentiel de ces premières prises de rendez-vous du nouveau calendrier municipal.

Du vert et des vélos

Le fait que la question de la végétalisation de la ville et de la place du vélo viennent inaugurer la rentrée politique de Pierre Hurmic est, c'est vrai, tout sauf une surprise. Pour annoncer un "plan d'urgence dédié au vélo" déjà évoqué durant la campagne, il a sorti une nouvelle carte de son chapeau : "l'urbanisme tactique", un mouvement militant né aux États-Unis dans les années soixante exprimant une logique de "reconquête urbaine" face à la place de la voiture en ville. Cette opportunité de mettre le vélo en haut de la liste des priorités est justifié par un chiffre donné récemment par la société Géovélo, spécialisée dans les cartographies pour cyclistes, qui avance une hausse de 200% du trafic vélo à Bordeaux depuis le début du déconfinement sur certains jours de semaine. "L'urbanisme tactique a plusieurs avantages : est rapide, réversible et à faible coût". La mairie a donc annoncé son projet de rajouter trente kilomètres de pistes cyclables à Bordeaux d'ici la fin de l'année sur certains lieux stratégiques : ont notamment été cités le cours de la Somme, Gambetta, barrière de Toulouse, cours du Médoc mais aussi les Boulevards avec l'arrivée de "12 tronçons supplémentaires" dédiés à un itinéraire continu et sécurisé à vélo. 250 arceaux supplémentaires et une phase de test pour vingt "vélos box" devraient aussi suivre le même calendrier. 

Pour ce qui est de la végétalisation, autant dire que le maire a sorti le drapeau vert et insisté plutôt lourdement sur le sujet. "Nous allons changer de méthode. Nous ne voulons plus afficher une vision comptable du nombre d'arbres plantés. Pour identifier les endroits de la ville où planter, nous sommes en train de réaliser un inventaire des espaces éligibles, un retour précis devrait être fait en fin d'année". Le maire de Bordeaux a également annoncé l'arrivée prochaine d'une "boîte à outils de la végétalisation" avec des conseils juridiques à destination des habitants pour avoir la possibilité de "planter des arbres remarquables dans son jardin privé". "Nous allons aussi revoir les exigences de végétalisation concernant chaque projet urbain en cours et à venir. Sur Brazza, nous sanctuariserons la forêt de douze hectares. Nous veillerons aussi sur Euratlantique". La zone de la Jallère (43 hectares), au sein de laquelle le précédent maire avait envisagé de lancer un programme immobilier avant d'abandonner l'idée, sera lui aussi sanctuarisé. Quelques places emblématiques de Bordeaux pourraient bientôt changer de visage avec plus de végétation : c'est le cas des places Pey Berland, Saint Projet ou Tourny. En fin d'année, Bordeaux présentera également une "charte des droits de l'arbre" dans le but d'éviter l'abattage, qui sera soumis à un "barème d'indemnisation". Enfin, la rénovation des fontaines à eau est en cours "actuellement, neuf sont toujours hors service mais les 194 fontaines de la ville seront remises en état".

Emploi : vers le territoire "zéro chômeur de longue durée"

Au rayon économie, la nouvelle municipalité a aussi donné quelques pistes. Elle a annoncé la création prochaine, via la Caisse sociale de développement local, d'une "cellule d'aide aux entreprises de moins de dix salariés" qui comptera en son sein des représentants des chambres consulaires, du patronat, de Pôle Emploi mais aussi du Conseil régional. Elle devrait être opérationnelle en octobre. "Nous irons à la rencontre des entreprises pour identifier leurs difficultés et leur proposer un accompagnement administratif et technique. Plusieurs centaines d'entreprises ont déjà été identifiées, ce qui représente environ 1000 emplois". Un premier comité de pilotage, qui aura lieu la semaine prochaine, devrait "préciser les contours" de cette cellule. Le maire de Bordeaux a encore (et surtout) réitéré son souhait de voir Bordeaux (particulièrement Bordeaux Nord et le quartier du Grand Parc) figurer dans la liste des territoires éligibles au programme "zéro chômeur de longue durée", créé en 2016 et dont l'extension (à 40 territoires soit 30 de plus) fait actuellement débat à l'Assemblée Nationale. "Nous espérons que Bordeaux pourra faire partie du quota. J'ai écrit à tous les parlementaires de Gironde pour qu'il fassent du lobbying auprès de l'État dans ce sens. Nous ne sommes pas sûrs d'être retenus, mais nous le souhaitons". Bordeaux compterait actuellement 8000 chômeurs de longue durée actuellement, un chiffre "qui s'amplifie avec la crise". Enfin, la nouvelle majorité a annoncé une action prochaine en faveur de l'emploi des jeunes dans le secteur associatif mais n'en est pour l'heure qu'à l'identification des pistes, notamment en lien avec les missions locales.

Urbanisme et Logement : régulation et inventaire

Pierre Hurmic aime bien les inventaires. Il l'a prouvé ce jeudi en affirmant en avoir réalisé un de plus, cette fois sur les projets urbains des quartiers de Brazza, Bastide Niel et Euratlantique. "Nous souhaitons faire passer un message aux constructeurs pour réorienter l'aménagement de ces zones". Interrogé de manière plus précise, l'adjoint à l'urbanisme Bernard Louis Blanc a affirmé que le coronavirus avait occasionné du retard sur l'instruction des permis de construire. "Ce retard sera résorbé en fin d'année. En les analysant, on s'est aperçu que certains ne nous convenaient pas et que l'on souhaitait les réorienter pour valider les nouvelles attributions. Pour Bastide-Niel, c'est une révision en profondeur que nous présenterons à la fin du mois d'octobre. Le plan paysage était sous-estimé. L'imperméabilité des sols sera revue. Pour Brazza, on travaille aussi avec les équipes de la métropole pour une révision. Le plan paysage n'a pas encore démarré alors que le projet a été validé depuis huit ans". 

Promise durant la campagne, la révision du Plan Local d'Urbanisme intercommunal ne se fera toutefois pas avant cinq ans, mais elle devrait intégrer de nouvelles règles d'écoresponsabilité. "Nous pourrons opérer une modification simplifiée en fin d'année pour instaurer un principe de compensation à l'imperméabilité des sols, renforcer la végétalisation par îlots et favoriser le bois ou la brique pour sortir du tout béton dans la construction résidentielle ou tertiaire". Ce gros morceau consacré à l'urbanisme a également été l'occasion d'annoncer un "label bâtiment frugal bordelais" avec la désignation d'une dizaine de projets démonstrateurs à destination des promoteurs et constructeurs "afin d'expliciter notre vision". Si son adjoint à l'urbanisme a rassuré en affirmant que le préoccupation du changement climatique était "partagée avec le privé", le ton était tout même assez tranché sur la question du logement. "Nous voulons sortir de la sacralisation de la politique du marché grâce à plusieurs outils de régulation", a continué Pierre Hurmic. "À Bordeaux comme ailleurs, la loi de l'offre et de la demande régule le marché trop à la hausse. Je serai un maire régulateur, on ne peut pas laisser le marché de l'habitat et de la location dans l'état dans lequel il est aujourd'hui.

Les "premiers marqueurs", comme il les a nommés, ne sont pour la plupart pas une nouveauté : augmentation de la part du logement social (y compris dans le diffus, hors grandes opérations), bail réel solidaire ("accession à la propriété anti-spéculative en fonction des revenus", première opération lancée en décembre), permis de louer pour "lutter contre le logement indigne" (présenté à la métropole en décembre pour une mise en œuvre six mois plus tard sur les cours de la Marne et de l'Yser), recensement des logements vacants et du patrimoine immobilier de la ville, permis de diviser (obligation d'obtenir une autorisation pour les propriétaires, expérimenté à Caudéran, Saint-Augustin, Bastide avec le même calendrier que le permis de louer), encadrement des loyers (demande avant le 24 novembre pour application en avril). Enfin, l'élu écologiste est revenu sur la location saisonnière d'Airbnb, que la précédente majorité avait déjà limité à 120 jours par an. "Actuellement, la lutte contre Airbnb fait l'objet d'un lobbying intensif. Nous avons décidé d'intégrer avec plusieurs grandes villes (Berlin, Amsterdam, Lisbonne, Barcelone) une structure de lobbying public pour lutter contre le lobby Airbnb. Je serai en conférence avec les maires le 19 septembre pour présenter les éléments à défendre devant la CJUE (Cour de Justice de l'Union Européenne). Nous voulons nous battre à armes égales pour obtenir l'autorisation de réguler beaucoup plus que nous le faisons ce marché". 

Sécurité : coup d'accélérateur

Le dernier point de ce discours de rentrée d'environ 45 minutes n'était pas le moins attendu puisqu'il portait sur la sécurité et la hausse des incivilités constatée depuis le déconfinement avec un "recours à la violence qui se banalise", selon les mots de Frédérique Porterie, procureur de la République à Bordeaux. "Bordeaux s'est un peu banalisée, elle est sortie de cette image de ville endormie et nous sommes en train de rattraper le retard". Pour faire face à cette hausse de la délinquance, la municipalité a annoncé plusieurs mesures : l'arrivée d'un GLTD (Groupement Local de Traitement de la Délinquance) sur le quartier Saint-Michel qui se réunira pour la première fois le 15 septembre chargé de définir un plan d'action en fait notamment partie. En guise de réponse directe, l'augmentation de l'effectif de la police municipale a également été confirmé par Amine Smahi, adjoint en charge de la sécurité. "Si tout se passe bien, nous devrions recruter entre 3 et 5 policiers municipaux d'ici la fin de l'année, une dizaine d'ici un an et une vingtaine à l'horizon de deux ans. L'effectif actuel est de 140 policiers".

Deux nouvelles brigade seront instaurées : une brigade canine d'ici la fin de l'année et une brigade en VTT pour laquelle les premiers recrutements seront effectués dans les six prochains mois. Déjà présente sur Bordeaux Lac, elle devrait déménager prochainement pour occuper le centre-ville. Enfin, le maire a fait suite à la demande de la sénatrice girondine Nathalie Delattre fin août et confirmé qu'il appuyait la demande du retour d'une compagnie de CRS à demeure à Bordeaux (70 agents). "La nouvelle équipe est au boulot pour présenter des solutions de terrain avec un calendrier", a tenu à rassurer le chef de file de la nouvelle majorité bordelaise. Les prochains mois risquent d'être chargés.

Romain Béteille
Romain Béteille

Crédit Photo : RB

Publié sur aqui.fr le 10/09/2020