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Edito | Humeurs d'été...non de rentrée : Fini on ne rigole plus et surtout pas sur C News

Bon c'est entendu : tous habités par le plus grand civisme. Je vais donc oublier ces bien jeunes encore, et quelques uns qui le sont moins, qui étanchent leur soif force bières et côte à côte, en ces jours d'été, pardon de rentrée, à deux pas du supermarché. Et qui s'adonnent à ce plaisir en partageant assurément plus que des pintes, quelques milliers de gouttelettes qui vont bien avec. Ils ignorent assurément la définition que le simple Larousse de poche donne du mot distanciation : « Recul pris par rapport à un événement ». Autant dire que le premier ministre, dont il est de bon ton de saluer la bonhomie, a encore du boulot pour que le message passe. Au moins montre-t-il l'exemple puisqu'en tant que « cas contact » avec le patron du Tour de France « covidé » il s'est obligé à travailler dans le seul périmètre de l'Hôtel Matignon.

En ce moment où l'épidémie redémarre fort, réfléchissons à la mise en garde de l'ami Axel Khan, le président de la Ligue contre le cancer qui n'est pas connu pour faire dans le sensationnel. Avec cinq de ses confrères il met en garde, dans le JDD : «  après la joie des retrouvailles de l'été il est temps de faire attention dans le milieu privé ; à mesure que l'épidémie progresse, la probabilité d'être contaminé dans ces lieux clos augmente. »

Pour tenter d'oublier et de comprendre ces scores considérables qu'affichent certains chaînes de télévision en continu, j'ai osé faire ce que je n'avais jamais fait : appuyer sur le bouton de l'une d'entre elles, très pointée du doigt, C News, pour la place qu'elle ouvre ou plutôt le boulevard qu'elle offre à Eric Zemmour, son chroniqueur vedette . Je ne savais pas que vendredi soir il donnait la réplique à Laurent Joffrin, l'homme qui ayant tourné la page de son métier de journaliste, et en l'occurrence de Libération, s'est mis en tête de réveiller sinon de rassembler les gauches en créant « Les Engagés » un mouvement qui ne renie pas la social démocratie.

 

Après s'être fait donner une courte leçon de journalisme sur le mode l'objectivité (!) est un leurre, Joffrin a tenté l'impossible, tâche d'autant plus délicate que l'animatrice de ces shows se contente quasiment de compter les points. Mais qu'allait-donc t'il faire dans cette galère ? Proposer une gauche alternative ? Battre le rappel des valeurs d'égalité, d'humanisme, oser défendre les droits des migrants ? Du pain béni pour Zemmour, et sans jeu de mots, puisque l'échange sur les origines de la France et son identité, a tourné entre Clovis, version Zemmour et Vercingétorix, façon Joffrin. Le rappel des racines chrétiennes de la France, le lien historique de l'Eglise et de la royauté : la voie était ouverte à la réhorique mitraillée du premier : la France du grand rassemblement et du grand déclassement est en route, Le séparatisme islamique est à l'oeuvre et les trente années passées de la gauche en seraient seules responsables. Au passage Zemmour ne craint pas d'affirmer que Macron est le fils spirituel de Rocard et Delors ( ! ) et que la gauche est soluble dans le macronisme. Face à cela l'ex-rédacteur en chef de Libération, qui n'était sans doute pas venu là pour cela, incarnait la figure de la victime expiatoire. De ces personnes qui croient encore que l'on peut, face au théologien de l'exrême droite, avoir un débat apaisé. La réalité est bien différente : On ne discute pas avec Zemmour : on le combat ailleurs qu'en venant sur une chaîne de télévision qui fait son business en s'appuyant sur les audiences qu'il génère. Ou, alors, on vient à sa rencontre en vraie complicité comme le fît, il y a peu, Michel Onfray, nouveau chantre du souverainisme et qui abrite ses racines de gauche derrière la revue qu'il a lancée, sans craindre de lui donner le titre de « Front Populaire ».

Joël Aubert
Joël Aubert

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Publié sur aqui.fr le 13/09/2020