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Economie | Tourisme en Nouvelle-Aquitaine : un été chahuté

Tourisme Nouvelle-Aquitaine

"Globalement, c'est une année très compliquée pour les acteurs du tourisme". Sans grand suspense, Régine Marchand et Michel Durrieu, respectivement présidente et directeur général du Comité Régional du Tourisme de Nouvelle-Aquitaine, ont brossé un tableau chiffré qui traduit un secteur touristique régional en petite forme. Ce constat part évidemment d'un bilan national : selon les données Eurostat d'une enquête effectuée auprès de 1000 français, 47% d'entre eux ne sont pas partis en vacances cet été. "D'habitude, on se situe plutôt autour des 30 à 35%", commente le directeur du CRT. Globalement, le budget vacances a été réduit (46%) et les touristes français ont recherché des espaces moins fréquentés (52%) et plus proches de chez eux (48%), le tout en réservant plus tardivement leur séjour (47%). On dresse le tableau régional.

Pour ce qui est de la Nouvelle-Aquitaine, le CRT fait état d'un mois de juin "en fort recul", d'un mois de septembre "dégradé" et d'une haute saison qui "ne compense pas les pertes". "Nous sommes tout de même la première région pour la clientèle française en termes d'attractivité, devant la Bretagne, ex-aequo avec l'Occitanie, et la région PACA".

Année difficile

Ainsi, si globalement l'organisme détecte des résultats plutôt positifs pour les restaurateurs, sites de plein air et activités nautiques, l'ensemble des évènements sportifs et culturels, le tourisme de nuit, les croisières et le tourisme d'affaires est à la peine. Sur l'été, le recul est situé entre -20 à -30% (-30 à -40% sur septembre). Les destinations urbaines sont les plus à plaindre du fait de l'absence des touristes étrangers, des groupes ou du tourisme d'affaire : la baisse de fréquentation s'y situe plutôt entre -40 et -50%. Fait peu surprenant mais tout de même notable : le littoral (-7%) s'en sort mieux que le tourisme intérieur (-9%). Les locations de vacances privées de type Airbnb subissent aussi une baisse de 6% en haute saison, plus particulièrement sur les deux Charentes (-11% et -8% en Charente-Maritime) et la Vienne (-10%). Elle est toutefois, selon les données du CRT, "plus modérée que celle subie par les hôtels et les campings (respectivement -18% et -19%). Le seul point positif du tableau revient aux résidences de tourisme et aux villages vacances : s'ils accusent une baisse de -15% sur le tourisme intérieur, elle est compensée par le littoral (+20%).

On note aussi que globalement, la fréquentation française est en hausse (+7%) sur la haute saison dans l'ensemble de la région (hors locations privées de vacances) : +18% sur les hôtels, +17% sur les résidences/villages vacances, +7% sur les activités de sports et loisirs, +4% sur les restaurants et +3% du côté des campings, des musées et des circuits de visite. Comme dit plus haut, le littoral a été le grand gagnant de ce regain de la clientèle française, comme le prouve l'exemple des restaurants : +21% sur la côte mais -4% dans les terres. Pour autant, ce plébiscite ne compense pas la perte des clients étrangers, ce qui donne au final des chiffres négatifs : -21% pour les restaurants, qui accusent la plus forte baisse (-53% du côté de la clientèle étrangère). La baisse de cette clientèle, au global, est chiffrée à -42%. Les Belges sont les plus nombreux à avoir visité la région cet été (71%) derrière les allemands (63%), les Pays-Bas (62%) et la Grande Bretagne (55%). 83% des professionnels témoignent d'une baisse de la fréquentation étrangère depuis le mois de juin. Globalement, toutes activités et tous types de populations confondus entre début juin et fin août, la fréquentation touristique baisse de -13%.

Chiffre et grands sites

Le tout a évidemment des conséquences sur le chiffre d'affaires du secteur (28,1 millions de touristes et 9% du PIB régional) : il affiche lui aussi une baisse moyenne de 22% par rapport à la saison 2019, -19% sur le littoral et -29% sur l'intérieur. Elle est plus prononcée sur les hôtels (-25%) et les restaurants (-24%). "Au mois de juin, je pensais qu'on aurait à affronter des fermetures de sites. Ça n'a pas été le cas cet été, on n'a pas eu de grosses catastrophes, peut-être les aura-t-on dans les mois qui viennent. On sera certainement entre 15 et 20% de baisse au final", affirme Michel Durrieu.

Les grands sites emblématiques de la région, eux, ont des résultats disparates. On peut noter, par exemple, un million de visiteurs pour le Futuroscope (contre deux millions l'an dernier), un recul de 30% sur l'année pour Lascaux mais un rebond de 20% en août pour la Cité internationale de la tapisserie d'Aubusson, "une hausse qui ne compensera toutefois pas les pertes dues à la fermeture" selon le directeur du CRT. "Pour autant, on a constaté que dans plusieurs sites comme Lascaux, la Cité du Vin ou l'Aquarium de La Rochelle, les jauges sanitaires ont atteint le maximum de leurs capacités durant tout l'été". Sur la dune du Pilat, juillet a affiché une légère hausse (+2,4%) de la fréquentation mais une baisse plus importante (-11,4%) en août. Difficile donc de tirer un bilan complet sur l'ensemble de ces sites, même si on imagine qu'ils suivent la tendance des chiffres régionaux. Pour ce qui est des suites à donner, le CRT affirme vouloir maintenir une communication sur une offre touristique de proximité, campagne mise en place cette saison. 

Plan de relance 

Côté Région, on affirme, chiffres à l'appui, que le soutien d'urgence à la filière touristique a fonctionné : 71 millions d'euros mobilisés pour les activités hébergement et restauration, 690 prêts accordés (7,6 millions d'euros) dans le cadre du "fonds de prêt de solidarité et de proximité" (destiné aux TPE et associations employeuses) ou encore sept associations accompagnées dans le cadre du fonds régional d'urgence associatif, pour un total de 150 000 euros. Enfin, elle affirme que 23 000 familles ont pu bénéficier du "chèque solidarité tourisme", qui s'était fixé un objectif de 30 000 d'ici la fin de l'année. 46% de ces bénéficiaires ont utilisé ce chèque pour des activités de plein air, 65% dans des restaurants, 25% pour des visites de musées ou de sites touristiques et 18% pour de l'hébergement.

La collectivité mise également beaucoup sur un vaste plan aux déclinaisons concrètes encore un peu flou mais qui serait doté d'une vingtaine de millions d'euros sur un plan de rebond de 140 millions, présenté la semaine prochaine en plénière, et reposant autour de plusieurs axes clé. Parmi eux, la volonté de "maintenir les activités touristiques essentielles" quitte à les accompagner pour "repositionner leur offre" vers un tourisme plus durable. On découvre aussi l'objectif de "constituer une foncière pour conforter les fonds propres des entreprises touristiques". "Le but, c'est que la Région, avec la banque des territoires, vienne renforcer les fonds propres des entreprises touristiques. On ne veut pas prendre la majorité dans leur capital, mais une petite part pour les accompagner sur leurs fonds propres et leurs bilans. On peut aussi imaginer du portage immobilier avec une prise de participation dans des sociétés, là encore pour financer des investissements futurs", ajoute Sandrine Derville, vice-présidente de la Région Nouvelle-Aquitaine en charge du tourisme. Sans faire d'inventaire exhaustif, citons enfin l'action 6 visant à "transformer des modèles des sites de visites et de loisirs par l'innovation pour assurer leur suivi et accompagner la relance de leurs activités". Cette ambition passera par un appel à projet "transformation numérique des sites de visites culturels" qui sera lancé en novembre prochain.

Romain Béteille
Romain Béteille

Crédit Photo : aqui.fr

Publié sur aqui.fr le 01/10/2020