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Politique | Conseil Régional : la campagne démarre à pas feutrés...

La séance plénière du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine

Ce 5 octobre, les conseillers régionaux avaient sur leur tablette le vote du Plan de transitions et de reconquête technologique, ou « Plan Nouvelle-Aquitaine Rebond », qui vise à la relance économique sur le territoire régional après la Covid 19. Un plan qui au-delà du redressement économique d'urgence, vise dans le même temps à accélérer les transitions technologiques et environnementales du tissu économique et industriel régional. A priori, donc, un programme qui avait de quoi plaire aux différents alliés de la majorité... pourtant les élus EELV ont fait le choix de s'abstenir, là où le Modem et LR ont voté pour ce texte au coté du reste de la majorité. Un premier signe d'affirmation verte dans une campagne électorale en approche ?

Si les alliés de gauche, du PS à Génération.s en passant par le Parti radical, ont adhéré au projet de "Plan de Rebond" proposé par l'Exécutif, le pan Vert de la majorité a rechigné à voter le document. Pas de vote contre mais une abstention justifiée par Christine Moebs, nouvelle co-présidente du groupe après Léonore Moncond'huy, partie se consacrer à son mandat de nouvelle Maire de Potiers.

L'échelle de la transition selon EELV
Une abstention d'abord pour marquer le brin de colère des élus sur la mise à disposition tardive du document de plus de 360 pages. Une abstention aussi pour mettre en valeur le fait que si « certains éléments vont dans le bon sens », et « apparaissent en cohérence avec la feuille de route Néo Terra », d'autres, sur l'échelle de la transition selon EELV, laissent visiblement à désirer.
Si EELV soutient la stratégie régionale tendant au développement de l'hydrogène vert (le groupe a voté plus tard dans l'après-midi une feuille de route « Hydrogène »), ce n'est pas sans une certaine nuance : « Quand l'avion à hydrogène volera, il sera trop tard pour sauver le climat ! », lance Christine Moebs. Si, parmi ses critiques, on trouve aussi la défiance sur la 5G, « dont, affirme-t-elle, la Région se prépare à soutenir le développement », un appui à l'économie circulaire trop timide à son goût, ou encore le regret que « la mobilité du quotidien ne soit pas assez étayée », c'est bien sur la question du soutien à l'aéronautique que le bât blesse... Et qu'Alain Rousset s'agace se disant surpris du choix de l'abstention.

« Je suis surpris car la notion de transition est totalement au cœur de toutes nos actions, y compris sur l'aéronautique. On ne va pas supprimer l'avion ! On ne va pas faire une fatwa sur l'avion ! ». Et, face à la réaction agacés des écologistes déjà taxés au cours de la séance par l'opposition de « catéchisme vert », de « doxa », ou encore de « dogme », Alain Rousset assume: « proposer moi un autre terme, je n'en vois pas d'autres... » Et d'ajouter, fâché pour fâché avec l'aile verte de sa majorité : « Si on reste lanceur d'alerte, à un moment donné on n'avancera pas, vous ne vous intéressez pas suffisamment aux détails techniques », leur adresse-t-il avant une nouvelle prise à parti « Trouvez moi une seule collectivité, même verte, en capacité d'avoir fait ce que nous avons fait sur l'objectif de transition !».
Mais la justification de l'abstention des élus EELV s'appuyant sur le refus du soutien au secteur aéronautique, n'est en réalité pas nouvelle. Echéance électorale ou pas, c'est cette conviction qui avait déjà divisé la majorité lors du vote du SRADDET en mai 2019...

« L'écologie sera votre tombeau des Danaïdes ! »
Un groupe Vert qui décidément agace, (ou inquiète ?) à quelques mois des élections régionales, y compris au sein des partis qui ont voté le plan de relance et de transition régional. C'est le cas notamment du Modem et de Fabienne Requena, qui voit dans le texte « une occasion (visiblement manquée, ndlr) de l'indispensable reconquête verte », tout en soulignant parfois « un manque d'idées nouvelles » dans les actions proposées. Autre critique : l'absence de concertation avec les groupes politiques dans la préparation du document. « Cela dit, ajoute-t-elle, c'est une période propice à faire cavalier seul », la campagne apparaît donc peu à peu bel et bien dans les esprits...

L'heure était aussi à l'agacement pour le Rassemblement National qui n'a pas de mots assez forts pour dénoncer ce Plan comme « un catalogue à la Prévert visant à renforcer l'ensemble des politiques d'accompagnement écologiques. » Pour l'élu RN Jean de Lacoste, de ce point de vue, « la crise du Covid apparaît comme une divine surprise » pour le Conseil régional, avant de lâcher un peu plus loin: « votre plan fait de notre société une sorte d'Emmaüs institutionnel ». La référence « au dogme de la décroissance » viendra un peu plus loin, tout comme l'avertissement à Alain Rousset : « L'écologie sera votre tombeau des Danaïdes ! ». Un rejet clair mais pas de vote contre ; le RN s'est abstenu.

"Une écologie de confiance et d'accompagnement"
Abstention aussi pour l'UDI, dont le président de groupe, Aurélien Sebton voit pourtant là « un plan essentiel pour la relance de notre économie ». Mais peut-être trop beau pour être vrai... « il est tellement joli qu'on dirait un programme de campagne !». Une attitude circonspecte, qui le font « espérer que sur la transition ce n'est pas que de l'affichage ».

Le nouveau groupe Le Mouvement de la Ruralité, n'y va pas lui non plus par quatre chemins pour justifier son vote assumé d'opposition. Pour le conseiller régional Philippe Rabit, ce texte « récite le petit catéchisme vert. Il porte à la fois le développement de l'activité et la multiplication des contraintes. Nous attendions un plan de relance, mais pas un plan de transition forcée ». Une critique moyennement appréciée par le Président du Conseil régional, répondant qu' « il ne s'agit pas d'imposer mais de susciter, d'accompagner. Ce document a été co-construit avec les filières, et je m'en vante ! ».
Aux encouragements de Mathieu Bergé, Président du groupe Pour une écologie Populaire et Sociale, à renforcer les critères d'éco-conditionnalité des aides de la Région, Alain Rousset répond : « il ne faut pas que l'on porte une écologie punitive, mais une écologie de confiance et d'accompagnement ». Un vrai slogan de campagne....

Solène Méric
Solène Méric

Crédit Photo : Aqui.fr

Publié sur aqui.fr le 06/10/2020