Aqui.fr - Une publication d'Aqui!Presse Aqui.fr - Partageons l'information en Nouvelle-Aquitaine et bien au delà

Société | Agir Tôt, une campagne pour repérer les troubles du développement chez l'enfant

1

Toute la semaine, les professionnels de la petite enfance lancent "Agir Tôt", une grande campagne nationale de dépistage des troubles du neuro-développement chez le tout-petit. Le but est d'agir précocement auprès des enfants et de leurs familles. Marie Moulènes directrice administrative du CAMSP, centre d’action médico-sociale précoce de Périgueux et Jean-Benoît Dauphin, médecin pédiatre, expliquent les intérêts de cette campagne et le rôle de la structure qui est un outil de prévention, d'orientation et de soins pour les familles ayant de jeunes enfants.

Depuis quelques années, les études scientifiques se multiplient et parviennent toutes au même constat : les 1 000 premiers jours de l’enfant, de la conception à la naissance, sont fondamentaux pour son développement cognitif et sa bonne santé à l’âge adulte. En Dordogne, le Département a mis en place le centre d’action médico-sociale précoce (CAMSP) dès 1978 pour assurer le suivi des enfants qui rencontrent des difficultés de développement. Aujourd'hui, le CAMSP compte trois antennes : Périgueux, Bergerac et depuis cette année, Sarlat et accueille des enfants entre 0 et 6 ans.
"Nous accueillons les parents sans prescription médicale. Ils représensentent un tiers de nos visites. Beaucoup des familles que nous recevons viennent sur les conseils des professionnels de la petite enfance, de la PMI ou du secteur hospitalier, moins du médecin généraliste. A partir de l'âge de 4 ans, l'Education nationale devient prescripteur. En 2019, nous avons accueilli 320 enfants, et nous en  suivons en simultané 254 avec les sorties et les entrées", explique Marie Moulènes. Le CAMSP de Périgueux a une originalité, c'est une structure du Conseil départemental depuis sa création, financée à 80 % par l'Agence régionale de santé et à 20 % par la collectivité. En France, ils ne sont que trois dans ce cas. 

"Souvent, les familles prennent contact avec nous, pour un trouble du langage, un retard supposé à l'âge de 2 ou 3 ans.  C'est un des principaux signes d'alerte, ils représentent 20 % des motifs de consultation, 17 % concernent un trouble du comportement," souligne Marie Moulènes. Pour les familles, il faut souvent patienter entre deux et trois mois entre la réception du dossier d'incription et le premier rendez vous. "Nous avons revu notre procédure d'inscription. La première rencontre a lieu avec une puéricultrice sur Périgueux et Bergerac ou l'assistante socio-éducative sur Sarlat. Elles accueillent la demande de la famille et recueillent les premiers éléments  de  situation de l'enfant (bilan médicaux, situation, fratrie) et elles les transmettent à l'équipe. Cela permet de gagner en fluidité pour la prise en charge et de remettre la famille au coeur du projet. Le rendez-vous avec le médecin, n'a lieu qu'ensuite. C'est lui qui va ensuite proposer un projet de soins et d'accompagnements."  La durée moyenne de prise en charge de chaque enfant est de 22 mois.
" L
es familles qui viennent au CAMSP se posent des questions  ou ont des doutes et généralement, elles ont raison. Nous ne rencontrons pas d'abus. A la sortie qui peut être à l'âge de six ans ou avant, 37,5 %, sont orientés vers une CMP, ou un CATTP, une structure sanitaire, 29 % en suivi libéral. En cas de syndrôme autistique, l'orientation peut se faire avant, en fonction des places disponibles, par exemple vers une UEMA (Unité d'Enseignement en Maternelle Autisme) dès la petite section de maternelle"
, ajoute le docteur Jean-Benoît Dauphin. 
Le centre abrite une équipe pluridisciplinaire d'une vingtaine des personnes composée d'un pédiatre, de psycholoques, de neuro-psychologues, des orthophonistes, des psychomotriciens, et des assistantes socio-éducatives et des secrétaires médicales répartis sur les trois antennes. Un recrutement d'un médecin à temps partiel pour l'antenne de Sarlat est envisagé. 

Neuf films drôles pour interpeller les parents 

Chaque année, plus de 30 000 enfants de moins de 6 ans qui souffrent de retard de développement devraient être suivis de manière précoce et ne le sont pas. L’épidémie de COVID-19 a accentué ce problème et beaucoup de tout-petits sont restés éloignés des dispositifs de repérage. "Un de nos objectifs est de faire baisser l'âge d'entrée. Notre volonté est d'intervenir dès les tout-petits. La sensibilisation de toutes et tous est d’autant plus nécessaire et urgente aujourd’hui", poursuit Marie Moulènes. C'est pourqui l'ANECAMSP a conçu « Agir Tôt » : une série de 9 films d’animation destinés à informer le grand public sur l’importance de la prise en charge précoce des troubles du développement. Cette campagne s’accompagne d’un volet digital avec le site https://agir-tot.fr/. Elle est diffusée cette semaine, jusqu'au 18 octobre, sur les antennes de France Télévisions.
Les 9 films illustrent de façon simple des signes d’alerte tels que « Votre enfant ne tient pas sa tête » ou « Votre enfant a des gestes répétitifs » qui doivent conduire à agir.  L'intérêt de cette campagne est de montrer aux parents qui sont les premiers à observer leurs enfants, quels sont les signes qui doivent les alerter. " Pour les parents, il n'y a pas de mauvaise question. Entre 0 et 6 ans, l’enfant se développe dans cinq grands domaines : motricité globale, motricité fine, langage, perception-cognition et socialisation. Pour chacun d’eux, des signes simples permettent de déceler des comportements qui doivent interroger, susciter des doutes, et alerter. Le but de repérer tôt les difficultés, c'est d'agir précocément sur la plasticité cérébrale, pour rattraper ou adapter le contexte de vie, et ainsi lui assurer un avenir meilleur", explique le docteur Dauphin.

Claude-Hélène Yvard
Claude-Hélène Yvard

Crédit Photo : Agir tôt

Publié sur aqui.fr le 15/10/2020