Aqui.fr - Une publication d'Aqui!Presse Aqui.fr - Partageons l'information en Nouvelle-Aquitaine et bien au delà

Agriculture | Agriculture néo-aquitaine : "Des signes qui permettent de sourire" pour 2021, selon Luc Servant

Luc Servant, Président de la Chambre régionale d'agriculture Nouvelle-Aquitaine

Globalement, en 2020, les productions agricoles n'ont pas été bonnes en Nouvelle-Aquitaine. Principalement la faute à une météo capricieuse, « entre coup de chaud et coup de froid et un mois de sécheresse très marquée en juillet ». En face, « une consommation fluctuante qui aura permis de maintenir les cours mais sans totalement compenser les baisses de volumes »... Si le monde agricole néo-aquitain aura donc connu une année 2020 plutôt médiocre, entre épidémie et épizootie, Luc Servant le nouveau Président de la Chambre d'agriculture régionale veut retenir pour lancer 2021, quelques signes pouvant « redonner le sourire » : le développement de la consommation locale et la transition environnementale. Des tendances à confirmer, et pour ça, à accompagner.

Pour les fruits et légumes, les pertes de production sont comprises entre 10 à 30%. Sur les viandes, le climat n'a évidemment pas eu un tel impact, mais c'est la consommation qui a posé sa marque sur l'année 2020, entre confinement, fermeture de la restauration hors domicile ou encore des fêtes de fin d'année moins marquées. Au total moins de consommation ou des transferts de marchés, analyse Luc Servant. « Avec le confinement par exemple, les gens se sont rués sur les steacks hachés. Leur vente ont progressé de 65%, entraînant à l'inverse une très forte baisse des ventes des morceaux nobles. Si le poulet s'est maintenu, les volailles comme le canard, la pintade, ou le pigeons consommés lors de repas festifs ou au restaurant ont perdu du terrain. » Et le même phénomène se constate sur le vin : « forte hausse sur les gammes moyennes, forte baisse des vins plus haut de gamme ».

L'influenza aviaire, "le coup de semonce" de l'année 2020
Cela dit, reconnaît il volontiers, « les distributeurs ont joué le jeu en mettant en avant les produits français. Ca a permis de retourner le marché et d'inverser un peu la tendance, surtout en fin d'année. Pour autant, nuance t-il « les déséquilibres restent importants sur la viande bovine, le canard ou encore le porc. Il y a eu en effet moins de grillade et de fête en plein air cet été... »
Sur la partie lait, là aussi on est sur une baisse de production... mais plutôt d'ordre structurel. Un constat peu rassurant : « On est à -2,5% de production par an, tous les ans ; on est en train de perdre notre production laitière régionale », constate-t-il avec amertume.
Côté grandes cultures, là encore « forte baisse » de production cette année, jusqu'à « -40% ou -50% de collecte de blé tendre par exemple », illustre-t-il. En cause, une fois encore, la météo. « Pour les oléoprotéagineux, on est sur la plus faible récolte depuis l'an 2000 ». La récolte de maïs a elle aussi été « très moyenne », et l'année est aussi mauvaise pour les fourrages...

Dans ce contexte globalement médiocre, l'influenza aviaire qui frappe le sud ouest et plus particulièrement les Landes, est « le coup de semonce » de cette année pour le nouveau président de la chambre régionale d'agriculture. Face aux « 273 foyers répertoriés dans le Sud-Ouest, dont 253 dans les Landes », et aux 1,2 millions de volailles déjà abattues, il estime « que des mesures vont devoir être prises de manière très rapides » et enjoint l'Etat à mettre en oeuvre « plus de moyens humains pour enlever les troupeaux », face à un virus qui progresse incroyablement vite.

L'achat local, une tendance à confirmer
Cela dit, si 2020 n'aura donc pas vraiment épargné l'agriculture de sa morosité ambiante, elle aura tout de même fournit quelques signes d'encouragement pour l'année qui démarre. D'abord, celui de la confirmation d'une tendance des consommateurs dans l'achat local : « On espère que cette évolution va s'inscrire dans le temps et qu'elle va être accompagnée par la restauration hors domicile. Il faut noter que les grandes surfaces s'y sont aussi fortement mises », se satisfait Luc Servant dont l'objectif désormais est de « développer ces filières courtes et relocaliser de la production ». Et de citer par exemple, « tout ce qui est protéagineux », pour l'heure beaucoup importé, avec à la fois un débouché sur la consommation humaine où la protéine végétale est en vogue, mais aussi pour ce qui est de la nourriture animale. Une question sur laquelle la Chambre compte s'appuyer sur le Plan Proteina du Conseil régional.
Sur le développement de l'achat local, la position volontaire du président s'inscrit aussi dans la droite ligne des volontés politiques, qu'elle soit nationale avec le Plan de relance, régionale avec le Plan Alimentaire de Territoire, ou encore plus locale, notant que « les élus des territoires et des départements expriment tous cette ambition de développement du circuits courts ». Une bonne concordance des temps aussi confirmée par le nombre d'installations importantes en 2020 (« plus que les années précédentes », confie Luc Servant), dont un grand nombre affichent ce genre de projets. Concrètement, le soutien au développement du marché local passera certes par un accompagnement individuel, mais aussi par un soutien à la structuration de filière locale de transformation, indispensable pour répondre à des marchés locaux plus gros comme la restauration hors domicile.

Pour autant le Président de la Chambre régionale d'agriculture a une vision non exclusive de ce que doit être l'agriculture de Nouvelle-Aquitaine. « Il faut pouvoir pourvoir à tous les marchés, mais sans laisser filer sur la qualité ». Alors que les cours mondiaux sont en train de se redresser, notamment sur les céréales et le protéagineux, il espère « que les prix tiennent », avec ce bémol que « les prix en grandes cultures et céréales pénalisent ensuite la chaîne de production des volailles ou de porcs »... Face à cela « il faut que ces producteurs puissent eux aussi reporter le prix, et là on rejoint la loi Egalim qui tend à reporter les prix de production sur le prix final. Pour autant, il ne faut pas qu'on soit en permanence sur le Marché mondial pour tous les produits parce que sinon on y arrivera pas », prévient-il.

Une agriculture en transition et plus résiliente
Autre volet pour 2021, qui en sera véritablement « le grand chantier », c'est l'accompagnement de la transition de l'agriculture, et avant cela peut être « au regard de l'impact du changement climatique de plus en plus fort sur les productions, on doit rendre les exploitations plus résilientes ». Face à la sécheresse ? « Il faut pouvoir irriguer, même si c'est en petite quantité ». Et de citer l'exemple du Limousin : « une zone d'élevage qui connaît désormais des sécheresses récurrentes alors que ce n'était pas le cas avant. Il faut pouvoir irriguer au moins sur quelques hectares pour pouvoir avoir du fourrage pour les animaux ». Face au gel ? «Il faut pouvoir rendre une exploitation plus résiliente avec des protections sur les vignes et les fruits et légumes », idem avec les dispositifs anti-grêle. Et plus globalement, « il faut aussi accompagner la recherche sur des variétés plus résistantes et notamment sur les culture pérennes, comme la vigne ou le pommier ».

Autre volet de l'accompagnement : la transition en elle-même mais pas sans un pré-requis. « Il faut aussi avoir l'assurance d'un maintien du revenu et d'une production. ». Pour cela il plaide pour « des mesures qui accompagnent la prise de risque des agriculteurs. Il faut qu'ils aient intérêt à y aller, que ça ne soit pas juste une compensation des pertes. Sur les produits phyto, il faut aussi accompagner les agriculteurs sur les mesures de remplacement, les faire connaître et les aider dans leurs mise en place sur l'exploitation. » Là encore une dimension sur laquelle le Président sait pouvoir compter à la fois sur le plan de relance de l'Etat, ainsi que sur la Région, travers la feuille de route NéoTerra.

Enfin sur la question des émissions carbone, Luc Servant l'assure : l'agriculture cherche des solutions pour limiter l'effet de serre, et le rejet de gaz carbonique, ou encore pour restocker du carbone. « L'agriculture peut le faire, à travers des sols plus couverts, ou un moindre travail du sol. Il faut développer ses pratiques. » Et pour y inciter, Luc Servant veut parier sur le crédit carbone qui se met en place. « A partir de 100 à 200€ la tonne, on pourra vraiment stocker en agriculture. »

Solène Méric
Solène Méric

Crédit Photo : Aqui.fr

Publié sur aqui.fr le 21/01/2021