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Société | Déborah Poyer : de juriste à illustratrice après un burn out

Deborah Poyer, de juriste à illustratrice

Après un mois de pluie, le soleil perce enfin les nuages bordelais à la mi-mars. Un passage devant le skate Park bondé, sur les quais des Chartrons, et direction rue Boirie. À l’angle de la rue, deuxième étage, la porte est entrouverte. Déborah Poyer, 39 ans - bientôt quarante et pleinement assumés, nous accueille dans son appartement. Un accueil chaleureux, avec un visage rayonnant. Sourire accroché à ses lèvres, elle nous fait rentrer dans son univers.

À droite, dans l’entrée, son espace de travail. Une grande table sur roulette, en bois d’origine, en guise de bureau. Un bouquet de fleurs séchées en son centre. « C’est le bazar », balance Déborah, en regroupant ses affaires. Sur le mur, une quinzaine d’illustrations encadrées. Des grands comme des petits formats, dans des cadres dorés, noirs et blancs. Ses illustrations, évidemment. Sur la gauche, la cuisine, où l’ébullition de la bouilloire se fait entendre. Il suffit de suivre les rainures du parquet des années 70 pour arriver au salon. Des murs blancs, deux grandes fenêtres, deux fauteuils gris, un canapé, deux tables basses gigogne… en clair, de la sobriété ! Sans oublier des vinyles un peu partout, pour cette férue de rock des années 70. S’il y a trois ans en arrière, Déborah était juriste dans un grand groupe de banque assurance, il n’en est plus. « Ça, c’était ma vie d’avant ! », déclare-t-elle, assise dans l’un des deux fauteuils. 

Tomber pour mieux se relever

Aux oubliettes les talons et le tailleur de juriste. Après 10 ans de vie à mille a l’heure, rythmés par le travail, la vie sociale et culturelle - concerts, expositions -, un jour de janvier 2018, tout lâche. « J’ai été terrassée. Je ne pouvais plus marcher, plus voir personne. Je suis passée d’une vie à mille à l’heure, à ne plus pouvoir marcher de mon lit à ma cuisine », raconte-t-elle en montrant la dizaine de mètres qui séparent ces deux espaces. Six mois après le début des symptômes, le diagnostic tombe : burn out. Plus rien n’avait de sens dans la vie de Déborah. Ni son travail, ni sa vie personnelle. « Je passais mon temps à courir après rien », se remémore-t-elle. Un thé entre les mains, elle exprime la peur qui l’a habitée durant ces six mois. De diagnostic en diagnostic, parfois pas simples à encaisser, c’était presque un soulagement d’avoir une réponse. Puis arrive l’heure des interrogations : « Est-ce qu’un jour je vais pouvoir ressortir de chez moi? Remarcher? » Une chose était sûre, le travail en entreprise, c’est terminé ! 

 Deborah Poyer, de juriste à illustratrice

Une robe chasuble en velours marron, des bottines noires brillantes, c’est comme ça que Déborah se sent bien maintenant. Au milieu de son salon rempli de plantes, elle revient sur son combat. Pas de « medoc », mais de la méditation. Grâce à elle, aujourd’hui, son corps, elle le « sent ». « Le burn out m’a appris de me connaître et à pouvoir me poser. C’était inconcevable pour moi de rester un aprem sur un fauteuil, avant. Maintenant, c’est nécessaire et ça me permet de me recentrer. »

Pas de hasard
Pendant les premiers mois, Déborah a été habitée par un sentiment de solitude. « Personne ne comprend. Même mon entourage me disait tout le temps « allez, il faut avancer. » On est dans une société ou on supporte pas les gens qui ont des coups de mou, où il faut toujours prouver qu’on est capable de fonctionner à mille à l’heure », raconte-t-elle, attristée. Mais le sourire revient vite sur son visage. D’ailleurs, il ne le quitte pas souvent, même quand elle raconte des moments durs. Sa positivité reprend toujours le dessus. « À travers moi, ma famille et mes amis ont grandi. Ils ont vu mon évolution. Là où ma famille avant me disait « CDI, sécurité financière », maintenant ils veulent juste que je sois heureuse. » C’est pas peu fière qu’elle nous raconte que désormais, c’est eux qui la poussent à faire ce qu’elle fait. 

Illustration Jim et Debo  

Tous droits réservés à @JimetDebo2021

 « Dans la vie, il n’y a pas de hasard, que des rendez-vous », dit-elle le regard rieur, en laissant apparaître ses fossettes. En fac de droit, Déborah fait la connaissance d’Anne-Sophie Vives, aujourd’hui présidente de l’association L’burn. Des années après, les deux femmes se retrouvent pendant que le projet associatif voyait le jour. « L’association m’a aidée dans ma reconstruction mentale ». Être avec des gens qui vivent la même chose, ça fait du bien !

Une renaissance 

Si ce burn out a eu l’effet d’un « tsunami » après lequel il a fallu tout « réapprendre », aujourd’hui, Déborah est plutôt fière du chemin parcouru. Après avoir accepté et digéré le choc, elle a réussi à « mettre son cerveau en pause ». Elle qui n’avait pas dessiné depuis ses 18 ans, a renfilé son costume d’artiste au premier confinement. « Tout un univers s’est mis en place dans ma tête et j’avais tout le temps envie de mettre en scène Jim et Débo, mes personnages. Je m’étais pas projetée mais ça venait vraiment du fond de moi, j’arrivais pas à contrôler ». Deux personnages qu’elle fait vivre dans des illustrations éponymes : Jim et Debo. Toujours en mettant en avant des choses qu’elle aime : artistes, associations, commerçants, endroits… Sans oublier l’humour, qui anime aussi ses dessins. « J’ai envie de faire sourire les gens, pour changer un peu le quotidien ». Un projet pas décidé donc, et qui pourtant, fonctionne à merveille.

« Débo, c’est clairement moi ! Ce qu’elle fait, je l’ai fait », dit-elle en donnant l’exemple des cours de chant. Dans un univers un peu fantasque, il y a Jim, à ses côtés. « Alors lui, dit-elle en éclatant de rire, c’est un mélange de tout ce que j’aime. » Des projets se dessinent pour l’illustratrice : développer des produits dérivés tels que des coloriages, proposer trois formats d’impressions… et d’autres qui restent encore secrets ! Une reconversion qui réussit plutôt bien à Déborah, qui a le teint rosé après une heure derrière les fenêtres qui ont laissé passer le soleil. « C’est une belle revanche, je suis contente », dit-elle en riant aux éclats.

 

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Mélanie Philips
Mélanie Philips

Crédit Photo : Aqui.fr

Publié sur aqui.fr le 04/03/2021