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Société | Marie Curry : femmes immigrées et cuisine du monde à l'honneur

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À l’honneur pour cette journée de la femme, l’entreprise Marie Curry, qui a pour projet d’accélérer l’insertion professionnelle des femmes réfugiées ou immigrées, par le biais de la cuisine. En France, 98% des chefs étoilés sont des hommes. Élise Thorel et Sandrine Clément sont les fondatrices de ce projet prometteur. La préfète de la Gironde Fabienne Buccio est venue les féliciter.

Au 44 de la rue de la Faïencerie à Bordeaux, une fois la porte poussée, les odeurs de cuisines sont enivrantes. Deuxième étage, derrière la porte « cuisine diététique » de l’Institut culinaire de France, chacune s’active derrière les fourneaux. Huit femmes, réfugiées ou issues de l'immigration, sont venues participer à un atelier mis en place par l’entreprise Marie Curry. Au milieu des odeurs d’épices, Basile Mure, chef d'un restaurant, navigue de plan de travail en plan de travail. Bénévole, il vient ici pour partager des moments autour de la cuisine. « Je souhaite apporter ma vision de la cuisine tout en respectant la leur. En apportant quelque chose de local, dans le respect de la saisonnalité », raconte le chef. 

Valoriser un « matrimoine » culinaire

Marie Curry, c’est la complémentarité d’Élise Thorel et Sandrine Clément. Depuis le mois de mai dernier, ce projet ne cesse de grandir. Le but? « Accélérer l’insertion des femmes réfugiées et issues de l’immigration, en levant les freins matériels et psychologiques qu’elles peuvent rencontrer tout au long de leur parcours », raconte Élise Thorel. En France, les chefs étoilés sont des hommes dans 98% des cas. « C’est très compliqué pour les femmes de trouver leur place en cuisine . » Marie Curry, c’est donc le moyen de leur permettre de trouver un lieu de travail où elles peuvent s’épanouir, insiste Élise. « Quand on est une femme noire, arabe ou musulmane, on souffre de beaucoup de discriminations. »

En pleine préparation des kefta

Et surtout, l’objectif est de valoriser leur « matrimoine » culinaire. « Marie Curry, c’est un modèle hybride. On veut faire des ateliers, et aussi être un traiteur pour des entreprises ou particuliers ». Parce que ces femmes, originaires de pays différents ( Iran, Russie, Syrie, Liban, République centrafricaine… ), elles sont remplies de talents. « L’idée, c’est qu’elles puissent s’approprier les codes culinaires français et qu’elles apprennent à adapter leur cuisine au mode traiteur. On veut proposer une cuisine mixte ». Et une chose est sûre… Elles ont soif d’apprendre la cuisine française ! 

Partage et saveurs

Au milieu des bruits de casseroles et ustensiles de cuisines, les échanges fusent. « C’est très bon ça », balance le chef. « C’est pas vraiment de l’apprentissage, c’est plutôt du partage, c’est agréable », confie Basile Mure. Si certaines femmes sont titulaires d’un CAP obtenu avec des étoiles et des femmes, d’autres n’ont aucune formation. Et pourtant… c’est un régal pour les papilles !  « Pour nous aussi, en tant que chef, c’est intéressant de découvrir d’autres cuisines. Ça enrichit le palais et ça permet d’avoir une carte mémoire plus développée ». En clair, tout le monde est gagnant dans cette histoire !

Pour Ursula Médaille, centrafricaine et guyanaise d’origine, c’est un moyen de partager sa cuisine avec d’autres femmes. Un jus d’hibiscus, ananas et menthe en train de refroidir, elle s’attelle à la préparation d’une tarte aux feuilles de manioc et saumon. De quoi mettre l’eau à la bouche ! Ursula va participer, en avril prochain, à Best chef Afrika. À 37 ans, cette mère de 4 enfants est fière de son parcours. « En janvier 2020 j’ai lancé mon propre traiteur : Cayenne en balade. C’est pas facile en cette période ». Pour Nariné, une femme Russe d'origine Arménienne, ce sont les wedding cakes sa spécialité ! Et quand chacune déguste les spécialités culinaires des autres… les éloges fusent. Aucune compétition à l’horizon, que du partage. « C’est délicieux ça, comment t’as fait? ». 

Spécialités venues d'ailleurs

Un projet ambitieux 

Élise et Sandrine, ces deux grands esprits se sont rencontrés l’année dernière au Refugee Food Festival, dont Sandrine Clément est l’organisatrice. Et on peut dire une chose, c’est que « le confinement a été un accélérateur ». Chacune avait une volonté de travailler en ce sens. « Mais seule, ce n'est pas facile de porter un projet aussi important, poursuit Élise Thorel. C’est pas évident de trouver une personne alignée à 100%, avec nos valeurs et nos objectifs ». Mais pourtant, ça matche ! 

Une sauce qui a bien pris, puisque le projet a été coup de coeur ESS de la métropole en décembre dernier. Si ce prix leur a permis de recevoir 5 000€, elles sont encore en attente de financement pour pérenniser le projet. Des demandes d’aides ont été faites au Fonds Social Européen (FSE), à la métropole ainsi qu’auprès de l’État.

Marie Curry, ce sont des ateliers de montée en compétences sur les techniques culinaires. Mais aussi de savoir-être avec la prise de parole en public, ou prendre confiance en soi. C’est également avoir une communauté de paires « avec un réseau social et professionnel pour s’épanouir dans le travail, à travers des rencontres, des échanges… », raconte la co-fondatrice. L’entreprise propose un accompagnement individuel sur mesure avec la mise en relation avec des structures pertinentes. Jeudi, l’entreprise Marie Curry a son premier traiteur ! Et en cette journée de la femme, la préfète Fabienne Buccio est venue leur rendre visite et les féliciter pour ce « merveilleux projet ». 

Mélanie Philips
Mélanie Philips

Crédit Photo : Aqui.fr

Publié sur aqui.fr le 09/03/2021