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Société | Talence : quelle place occupent les femmes dans l’espace public ?

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Tout est parti d’un constat fait par l’association Frédéric Sévène dans le collège Henri Brisson, à Talence. L’association, qui accueille et accompagne les jeunes en risque de marginalisation, a mené une étude dans l’établissement, sur l’appropriation de la cour de récréation par les élèves. Le constat est clair : les garçons occupent la majorité, pour ne pas dire la totalité, de l’espace, tandis que les filles restent en périphérie. Cette étude, l’association Frédérique Sévène et ses médiateurs l’ont menée à plus grande échelle, dans quatre quartiers de Talence.

« Quand on est une adolescente ou une jeune adulte, on a du mal à s’approprier la rue ». C’est le constat que fait l’association Frédéric Sévène par l’intermédiaire de son directeur, Vincent Labérou. Ces difficultés à investir l’espace public sont liées, d’après lui, à plusieurs facteurs : la sécurité et les stéréotypes. « Elles veulent se protéger du harcèlement, d’abord, et puis elles sont aussi face à une idée reçue, selon laquelle les femmes ne traînent pas dans la rue », précise Vincent Labérou.

Afin de vérifier ce constat, l’association Frédéric Sévène a mené en janvier un diagnostic « genré » de l’occupation de plusieurs quartiers politique de la ville ( dits « prioritaires ») de Talence : Crespy, la Médoquine, Raba et Thouars. Cette étude a été réalisée au mois de janvier par des étudiants paysagistes de l’école d’architecture de Talence (ENSAP Bordeaux), en lien avec des enseignants chercheurs du CNRS.

« Elles sont trop intelligentes pour rester dans la rue » - un habitant

Dans un zoom sur le quartier de Raba, au dessus du bois de Thouars, deux étudiantes de l’ENSAP nous expliquent comment elles ont procédé. Elles sont d’abord allées à la rencontre d’habitants du quartier talençais, pour les interroger sur la place de la femme dans la rue. « Elles passent leur temps au supermarché. Elles sont trop intelligentes pour rester dans la rue. Elles sortent peu », ont-elles entendu.

Les étudiantes se sont ensuite postées à des lieux stratégiques du quartier, pour observer les déplacements et agissements des habitant.e.s à divers moments de la journée. Elles ont ainsi découpé le territoire en plusieurs secteurs  : à proximité de la tour 1 avec la plaine des sports, autour de la tour 2 avec les jardins familiaux, enfin entre les tours 3 et 4, où se trouvent notamment commerces et associations. « Ce que nous avons remarqué c’est que les femmes ne veulent pas se balader dans le quartier, même à plusieurs. Quand elles le font, elles ne se posent jamais, mais de manière générale, elles pratiquent peu les espaces du quartier », notent les étudiantes.

Des propositions pour réinvestir l’espace public

Fortes de ces observations, les étudiantes de l’école d’architecture se sont attaquées à la phase suivante de l’étude : proposer des actions pour permettre aux femmes de réinvestir l’espace public. Actions qui seront menées dans les semaines à venir. « Il faudrait avant tout poursuivre le diagnostic que nous avons effectué sur le long terme, pour inclure la saisonnalité notamment », affirment-elles. Les jeunes femmes proposent également la mise en place d’évènements. « En consultant des images d’archives de la Ville, on s’est rendu compte que les femmes avaient une place importante lors de soirées dans la rue, comme pour les fêtes de la Saint-Jean ».

Une autre proposition, plus fédératrice : les chantiers participatifs. Les étudiantes se sont basées sur des travaux déjà menés par le collectif bordelais de création urbaine « Bruit du frigo » à Dax notamment. Jeanette Ruggieri, représentante de Bruit du Frigo, croit aux chantiers participatifs pour faire revenir les femmes dans la rue. « Au delà de l’occupation de l’espace, cela permet aux femmes de s’exprimer sur une activité où elles sont, en général, moins présentes », affirme-t-elle. À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, l’association Frédéric Sévène a été distinguée par le ministère de l’Égalité entre les femmes et les hommes dans le cadre du programme « 1 000 possibles ».

Yoan Denéchau
Yoan Denéchau

Crédit Photo : YD

Publié sur aqui.fr le 09/03/2021