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Culture | Bordeaux : Anthony Égéa, quand le hip hop rencontre le classique

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Salle des fêtes du Grand Parc, nous retrouvons Anthony Égéa, chorégraphe bordelais. Dans la fosse, un « ring ». Sur un son électro, Anthony est en doublage avec deux de ses danseuses. Assis sur sa chaise, il observe, analyse, accompagne les deux jeunes femmes. Uppercut, c’est le nom de ce dernier spectacle incisif de trente minutes. Au milieu de ce ring en métal, les pointes de la danseuse rayent le sol bosselé. Dans cette chorégraphie, l’objectif est de montrer que les filles peuvent être urbaines dans leur danse classique.

Après quelques minutes, Anthony se dirige dans la loge pour pouvoir être au calme pour échanger sur sa vie. À l’aise dans son survêtement Adidas, Anthony Égéa s’installe dans le canapé de la loge. Fondateur de la compagnie Rêvolution, il a commencé le hip hop à l’âge de 14 ans. « J’ai connu le hip hop dans ses débuts, dans les années 80. Dans les quartiers on a pris une claque et ça nous a parlé directement », raconte-t-il. Cette danse de quartier était un réel échappatoire positif : « On était jeune, on s’ennuyait… On est toute une génération à qui ça a sauvé la vie ». Après le hip hop, vient la découverte du classique et de cette « virtuosité aérienne ». Une envie le traverse alors, celle d’être un danseur capable de maîtriser autant l’espace aérien que le travail au sol.

Après un passage au conservatoire où il s’essaie au jazz, à la danse classique et africaine, il parfait sa formation à l’Ecole Supérieure Rosella Hightower à Cannes puis au Dance Theater de Alvin Ailey à New York. Là-bas, il continue à exceller dans la danse classique, mais surtout, à découvrir d’autres esthétiques et d’autres techniques. « J’étais un grand curieux. Curieux de découvrir ces danses et voir comment elles pouvaient influencer notre danse hip hop. Et inversement, comment le hip hop pouvait bouleverser ces techniques classiques ». Il s’est alors lancé dans la recherche d’une alchimie, d’un métissage pour donner à voir quelque chose de nouveau.  

Hybridation  

« Après ces formations j’ai commencé à imaginer des variations, une esthétique qui faisait le lien entre ces danses-là ». Et c’est comme ça qu’est née la compagnie Rêvolution ! « Rêvolution, c’est une rencontre entre des danseurs de hip hop, des danseurs de rue et des filles issues du conservatoire. Ça nous a influencé de travailler avec des filles, ça nous a apporté des techniques académiques. C’est un mariage évident qui s’est fait. » Une mixité qui, à l’époque, avait donné envie à de nombreux jeunes de s’essayer dans cette hybridation. Cette formation qui a participé à l’évolution de la danse en France. « Les chorégraphes de hip hop ont vu arriver des danseurs hip hop avec des bases académiques. Et inversement, des danseurs contemporains avec des bases de hip hop. »

Représentation du spectacle Uppercut, d'Anthony ÉgéaReprésentation du spectacle Uppercut, d'Anthony Égéa. Crédit photo : Pierre Planchenault

Doté d’un esprit subversif, Anthony Égéa a su emmener le hip hop là où ne l’attendait pas. « J’ai amené la danse hip hop sur des terrains un peu tabous, un peu difficiles, avec l’envie d’irriter les gens. Faire sortir le hip hop de son show pour aborder des thèmes plus ou moins délicats », souligne-t-il en frottant sa barbe du lendemain. Des sujets de « société », comme la place de la femme dans le hip hop (Amazones, Soli 2), le métissage des esthétiques (Urban Ballet, Clash, BLISS), des cultures (Rage, UPPERCUT) ou encore les arts (Les Forains, Muses, Anima). « L’idée c’est ça, c’est de questionner. Je me souviens davantage des spectacles qui m’ont bousculé que de ceux qui étaient beaux. Donc j’ai eu envie d’être aussi à cet endroit là et de bousculer les gens, de marquer les esprits ». 

De 7 à 77 ans

Pour ce dernier spectacle Uppercut, le chorégraphe bordelais a voulu retourner à ses débuts : la rue. Avec cette structure métallique en forme de ring, il peut s’implanter n’importe où : quartier, plage, théâtre… tous les champs sont possibles. « Qui va dans les salles de spectacles aujourd’hui? Seulement une partie de la population. Moi j’ai une danse qui parle au plus grand nombre, qui va de 7 à 77 ans. » Rendre accessible l’inaccessible, voilà l’objectif que s’est fixé Anthony Égéa. « Là je suis dans un cadre traditionnel mais le plus fort et le plus touchant c’est d’aller dans des endroits où le public n'a pas l’habitude de voir des spectacles. » Et le clou du spectacle : pas besoin d’aller à l’opéra pour voir des danseuses en pointes ! « Bon allez, il faut que j’aille travailler ! »

 

Dates du spectacle : 

Dates Uppercut : 

Dates One Man Pop + Uppercut : 

Mélanie Philips
Mélanie Philips

Crédit Photo : Aqui.fr

Publié sur aqui.fr le 14/04/2021