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Agriculture | Guillaume Ryckbosch : le bonheur est dans la Chèvrerie

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Son chien collé aux basques, un oeil sur les derniers nés et l'oreille attentive au retour du reste du troupeau en libre balade sur les parcours de sa ferme, Guillaume Ryckbosch est dans son élément. L'oeil bleu pétille, les lèvres affichent un large sourire, et le rire est franc et facile ; l'épanouissement du presque quadragénaire ne fait pas de doute. Pourtant, pour Guillaume Ryckbosch, devenir chevrier-fromager à Coarraze dans les Pyrénées-Atlantiques, ce n'était pas un chemin tout tracé. S'il est certes un enfant du village, ses origines familiales, « plutôt dans le bâtiment », pas plus que sa première vie professionnelle, ne le prédestinaient à, un jour, poser en photo au milieu d'un troupeau de chèvres, qui plus est les siennes ! Mais c'est bien là le charme des reconversions...

« Une certaine idée du bonheur ». Voilà le slogan de la Chèvrerie Henry IV, la ferme caprine créée par Guillaume Ryckbosch au tournant de l'année 2020 à 37 ans. Plus qu'un slogan, c'est le credo de sa nouvelle vie, entre élevage de chèvres, fabrication de fromages, yaourts, savons, et vente (très...) matinale sur les marchés de Pau, Coarraze et Assat. Sans oublier la vente à la ferme.

S'il a choisi après ses études de faire carrière au sein de la fonction publique territoriale, du Département des Pyrénées-Atlantiques à la Ville de Pau en passant par le poste de directeur général des services de la commune de Laruns, il « ne partait pas de rien » en matière agricole. Guillaume Ryckbosch est en effet diplômé de l'Ecole supérieure d'ingénieurs et de techniciens pour l'agriculture de Rouen, et d'un master spécialisé en génie rural des eaux et forêts. Cette reconversion, c'est en quelque sorte, un retour aux sources de sa formation marié à ce qui a été le fil rouge de ses 12 premières années professionnelles : le rapport de l'homme à son environnement. Pour preuve son dernier poste avant le grand saut agricole : Directeur des Espaces verts, parcs et jardins à la Ville de Pau.

Une installation progressive

Des parcs aux parcours à chèvres, la transition s'est faite sans précipitation, mais surtout dans la détermination, comme le sont les projets longtemps mûris, étudiés, chéris. « En réalité, ça fait plusieurs années que j'étais attentif aux fermes qui se libéraient dans mon village », confie-t-il. C'est fin 2018 qu'il trouve les terres qui deviendront les siennes. 25 ha de parcelles issues d'un ancien élevage bovin. Avec pour ne rien gâcher, une vue magnifique sur les Pyrénées. « Seuls 4 ha sont plats, 8 ha sont mécanisables, c'est à dire qu'un tracteur peut y passer. Tout le reste ce sont des parcours qu'il a fallu adapter aux chèvres », décrit-il. Comprendre la mise en place de 2 km de clôture...!

25 ha et une exploitation à construire entièrement, c'était un peu plus ambitieux que son plan initial ; mais peu importe, Guillaume Ryckbosch est plutôt du genre à aimer les défis et à trouver les réponses à ses questions... Le tout non sans une certaine prudence. « J'ai bénéficié d'une installation progressive. Ca m'a permis de commencer à m'installer, à avoir un numéro SIRET, et d'autres éléments administratifs tout en ayant mon boulot à côté. »
Sur l'achat des terrains aussi, il a pu bénéficier des « chouettes outils fonciers » de la Safer. Il s'explique : « J'ai acheté les terrains, en deux temps : 5 ha d'entrée, et pour le reste, j'ai fait un stockage foncier avec la Safer pour une durée de un an. Grâce à une convention d'occupation à titre provisoire et précaire j'ai pu exploiter ces terrains et faire ma première saison PAC, tout en gardant mon ancien boulot ».
Ensuite, vient le temps administratif, les dossiers pour la dotation jeunes agriculteurs, avec l'accompagnement de la Chambre d'agriculture, les dossiers bancaires, l'indispensable et précieuse étude de faisabilité pour penser son projet dans les moindres détails... L'installation administrative est actée au 12 avril 2019, un mois après l'achat des 25 premières chevrettes. Elles sont désormais 40. Quant au basculement agricole plein et entier, il s'est fait en janvier 2020, avec un premier marché au mois de mai suivant, dès la sortie du confinement. Un grand souvenir pour l'ancien fonctionnaire...!

Audace et curiosité
Sur son exploitation, au titre des défis, l'éleveur a choisi de parier sur l'autonomie fourragère, « sans engrais de synthèse, ni phyto ». Il s'est aussi lancé dans l'agroforesterie et travaille ses terres en non labours (cover crop réalisé par une entreprise ). Autre de ses choix : participer avec quelques uns à la relance du lin en Béarn, il en cultive donc 8000 m2 à destination de la filière textile et de ses animaux. Des caprins élevés en plein air, et dont la chèvrerie a été pensée aux détails prés par leur éleveur. Leur bien-être ne faisant pas partie des considérations annexes de son projet, bien loin de là. On pourrait aussi ajouter un certain intérêt pour la lune sur les cultures, ou plus globalement parlant, la vision de son activité comme un écosystème d'équilibres, du soin du sol jusqu'à celui de ses clients.
Pour celui qui a désormais choisi de vivre « au vert » et « au rythme des saisons », ces choix audacieux d'exploitation, dit-il « je les fais parce que j'y crois ». Mais plus que de simples convictions ou croyances, Guillaume est curieux de tout. Une soif, jamais vraiment étanchée, de connaissances et d'enrichissement de ses compétences ; une manière d'être qui vient nourrir sa manière de travailler. « La chèvre est un animal très curieux, moi aussi !», avoue-t-il en rigolant. Une curiosité selon lui indispensable au métier d'agriculteur, qui « en réalité en contient quatre » : l'élevage, la transformation, la commercialisation et l'administration. « On ne peut pas être expert en tout... mais on doit pouvoir trouver les réponses à chaque problème ou questionnement qui se pose. »

Le bâtiment conçu par Guillaume Ryckbosh pour le confort de ses chèvres


"On n'apprend pas tout dans les livres"
Si pour ce qui est de l'agroforesterie, son master en génie rural des eaux et forêts lui aura donné quelques solides bases, de même que globalement ses connaissances d'ingénieur agricole, ses sources d'apprentissage ont été et sont toujours très variées. D'abord, « il y a énormément de littérature et publications ». Mais, comme « on n'apprend pas tout dans les livres » , il s'est formé pour la partie élevage et fromage chez un ancien copain d'école, devenu lui aussi, mais au sortir des études, chevrier. « La chèvrerie de Blancey de Sébastien Roussel, en Bourgogne. Ca a été en quelque sorte mon école d'application ! » Il s'y est rendu à plusieurs reprises, et a aussi visité de nombreuses autres fermes. « Le retour de ces gens là, c'est très intéressant, ça permet de se poser les bonnes questions sur ce qu'on veut faire et comment on veut le faire », s'enthousiasme-t-il.
Quant à la fromagerie, « un aspect bien spécifique », il a choisi de suivre une formation au sein d'Actalia (institut technique agro-industriel) à Rennes. L'occasion de repartir de la base : « la physique et la chimie du lait », même si sourit-il « pour faire un fromage, il n'y a pas vraiment de recette, on est plus dans l'alchimie... »
Mais à écouter l'éleveur fromager, le savoir et les idées sont à capter partout. Dans l'aide apportée par le voisin ancien agriculteur, sur les vidéos de tutoriels sur Youtube, sur certains comptes Facebook spécialisés, ou lors de conférences diffusées sur internet qu'il suit en même temps qu'il fabrique ses fromages... S'il vit avec son temps, il n'oublie bien sûr pas le terrain : « je teste des choses, j'apprends de mes erreurs ». C'est aussi sur le terrain qu'il s'enrichit et apprend d'autres professionnels, le vétérinaire de la ferme, les techniciens...
Ses compétences il les renforce aussi auprès des nombreux réseaux professionnels dans lesquels il s'est impliqué. Outre la Chambre d'agriculture qui propose des formations, il est par exemple adhérent à l'Union des producteurs fermiers, à Bienvenue à la ferme, « plus axé sur la partie commercialisation », ou encore à l'association Lin des Pyrénées. Ces réseaux, c'est « l'occasion d'échanger avec des collègues, de noter des idées nouvelles ou de se confirmer dans telles ou telles pratiques ». Et de citer un exemple récent d'une formation sur l'amélioration de la gestion des prairies. « J'ai des connaissances en la matière, mais on peut toujours apprendre des choses : sur le pâturage tournant, sur savoir comment diagnostiquer son sol avec la flore, ce genre de choses... Et puis c'est passionnant, on est sur du vivant ! »

La passion et le vivant c'est bien ce qui anime, plus que jamais, Guillaume Ryckbosch avec pour récompense suprême la satisfaction et surtout la fidélisation de ses clients friands de ses fromages, yaourts et fromages blancs. Bel et bien pour eux aussi, une certaine idée, mieux un certain goût, du bonheur ! Et ça, ça ne s'apprend pas, ça se partage.

Les chèvres de Guillaume Ryckbosh, élevées en plein air à Coarraze


Pour en savoir plus sur la Chèvrerie Henry IV et ses bons produits : chevreriehenry4.com

Solène Méric
Solène Méric

Crédit Photo : Aqui.fr

Publié sur aqui.fr le 16/04/2021