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Société | Éducation au numérique : Konexio s’installe à Bordeaux

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Fondée à Paris en 2016, l’association Konexio est spécialisée dans la formation au numérique des publics fragiles. Après l’Île de France, Konexio se déploie désormais dans le reste de la France, dont Bordeaux depuis la fin avril. Pour l’association, l’objectif est d’aider les personnes ne sachant pas utiliser un ordinateur à s’insérer professionnellement. On a pu suivre une formation de Konexio à Bègles.

« Quand tu veux écrire ton mail, tu as une icône juste en bas pour joindre un fichier »… Magali et deux assistants formateurs apprennent les rudiments du numérique à quatre apprenants. Cette formation est dispensée par Konexio, une association qui fait de l’alphabétisation au numérique sa priorité. Dans la pièce, les apprenants – dont l’âge varie de la vingtaine à la cinquantaine – n’ont pour certains jamais utilisé un ordinateur. Ils ne sont pas les seuls dans ce cas-là, puisque Konexio estime qu’en France, 13 millions de personnes sont éloignées du numérique, avec toutes les difficultés que cela suppose en termes d’accès à l’emploi ou au niveau administratif. « D’ici 4 ans, 75% des métiers vont reposer sur le numérique, les besoins en termes d’insertions sont immenses », souligne Axel Guibert, chargé de mission chez Konexio à Bordeaux.
L’association dispense des formations, baptisées DigitAll, sur trois niveaux : débutant (utiliser la souris, appréhender l’ordinateur), intermédiaire (traitement de texte, recherche internet) et avancé (outils de tableurs notamment).

Chaque formation dure environ vingt heures, à raison de deux séances de deux heures par semaine. Le cours auquel nous assistons est le dernier jour de la formation pour débutants, où les apprenants font le bilan de ce qu’ils ont appris avant de passer à l’étape suivante : le parcours intermédiaire. Nous rencontrons la formatrice, toute sourire. « J’ai beau préparer les formations à l’avance, il faut s’adapter au niveau des publics. Je me concentre sur les choses essentielles en essayant de ne pas froisser les élèves, précise Magali. J’adore l’idée de leur apprendre quelque chose qui est évident pour moi ». La formatrice est une experte, qui a notamment suivi les premières formations (françaises) du numérique en 2003.

Coup de pouce pour l’insertion

Malgré son savoir-faire en la matière, Magali se retrouve parfois face à une difficulté non négligeable : la barrière de la langue. Konexio travaille avec des partenaires sociaux du territoire, comme le Diaconat de Bordeaux ou le Groupe SOS. Ces derniers envoient régulièrement des primo-arrivants se former au numérique dans un but d’insertion professionnelle. Parmi eux, Fatime*, arrivée à Bordeaux en 2018. La jeune trentenaire souhaite travailler dans le secrétariat ou en tant qu’architecte d’intérieur. « Sans savoir utiliser un ordinateur, c’est pas facile », sourit-elle. C’est le Diaconat de Bordeaux qui l’a orientée vers Konexio. « Je suis contente parce que j’ai beaucoup appris, si je n’avais pas eu cette formation [gratuite, NDLR], je resterais chez moi à ne rien faire alors que je veux apprendre l’informatique », reprend-elle. La jeune femme compte poursuivre l’apprentissage pour se perfectionner dans l’utilisation d’un ordinateur. « Plus j’en sais, mieux c’est pour moi et le travail », indique-t-elle.

Corinne Beasle, une autre apprenante, est un tout autre profil. La quinquagénaire était agent artistique avant la crise du Covid-19. « Je faisais tout avec mon téléphone. Je ne pars par vraiment de zéro avec les ordinateurs, mais je ne m’en suis presque jamais servi », raconte-t-elle. Si Corinne suit la formation de Konexio, c’est pour « se recycler », comme elle dit. « Je n’avais pas besoin d’un ordinateur quand j’ai commencé à travailler. Aujourd’hui, le monde a changé et je m’adapte ». Ne pouvant plus pratiquer son métier d’agent artistique, elle se forme pour tenter de trouver du travail dans le tourisme. « Je suis la doyenne du groupe, je me retrouve avec des camarades qui ont l’âge de mes enfants », s’amuse Corinne. Après avoir fini la formation débutant, elle compte suivre les niveaux intermédiaire puis avancé. « J’ai réussi à faire CV et lettre de motivation, ça m’a permis de décrocher un entretien. Je me dis que continuer d’apprendre ne peut m’apporter que du positif », conclut Corine.

Vers un renforcement de l’offre à Bordeaux

Arrivée à Bordeaux le 21 avril, Konexio compte renforcer son déploiement sur le territoire. « Même si notre implantation est récente, il y a beaucoup de demande. Après notre objectif n’est pas de remplacer les acteurs qui existent déjà, mais d’appuyer sur des territoires, notamment ruraux, où l’offre ne répond pas aux besoins. À Bordeaux, l’offre est très importante », souligne Axel Guibert. Le chargé de mission de Konexio indique ainsi que l’association pourrait ouvrir une deuxième annexe au Nord de la Métropole, avant de s’écarter de Bordeaux. « A partir du 2 juin, nous allons proposer des sessions à Libourne, en lien avec la permanence du Groupe SOS sur place », annonce Axel Guibert.

 

* à sa demande, son prénom a été modifié.

Yoan Denéchau
Yoan Denéchau

Crédit Photo : Konexio

Publié sur aqui.fr le 31/05/2021