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Spécial | Denis Guignot, Président d'Aérocampus Aquitaine: "Continuer à faire ce qu'on a envie, former des jeunes !"

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Il fait partie du petit groupe de personnalités qui ont participé à partir de 2010 à la conceptualisation, à la création puis au développement d'Aérocampus Aquitaine. Denis Guignot, président de la structure de 2011 à 2017 puis à nouveau depuis novembre 2020 est un homme clef de cette aventure. En effet, Général 4 étoiles à la retraite, ancien patron de la maintenance de l'Armée de l'air, il a contribué par des décisions prises lors de sa carrière militaire, à la mise en place d'un environnement favorable à la création du campus de formation en maintenance aéronautique de Latresne quelques années plus tard. Il nous livre son regard au long cours sur la structure qui fête cette année sa première décennie.

Affable et souriant, Denis Guignot est un homme d'humilité. Parler de lui d'ailleurs ne l'intéresse pas trop. « J'ai commencé dans l'armée de l'Air en rentrant à l'Ecole de l'Air à 19 ans, puis j'y ai fait toute ma carrière en tant qu'ingénieur mécanicien. 37 ans plus tard je me suis retrouvé Général 4 étoiles, patron de la maintenance et de la logistique de l'armée de l'Air. J'ai eu jusqu'à 25 000 hommes sous mes ordres. » Le résumé est bref et modeste. L'homme préfère mettre en avant le travail d'équipe et les efforts collectifs.

" L'occasion de redéployer ici aussi toute la partie industrielle aéronautique "
Les prémices de son histoire avec Aérocampus, se dessine dès 2005, 5 ans avant que l'on ne commence à songer à la création d'une telle structure. Cette année-là, un groupe de hauts gradés dont Denis Guignot alors basé à Bordeaux, se charge de la réorganisation de l'armée de l'Air sur le territoire national. Résultat depuis lors, « plus de 80% de l'Armée de l'Air est aujourd'hui dirigée depuis Bordeaux », sourit-il. Et ce n'est pas un détail dans le paysage quand 5 ans plus tard, à l'annonce de la fermeture du Centre de Formation aéronautique du Ministère de la Défense, se dessine en lieu et place, le projet d'un campus de formation à la maintenance aéronautique à Latresne.
« L'armée s'était réformée et avait tout, ou presque, positionné ici. Puisque les militaires l'avaient fait, c'était l'occasion de redéployer ici aussi toute la partie industrielle aéronautique », voilà la teneur des échanges d'alors entre le Général et le président de la Région rencontré quelques mois plus tôt. Une idée qui plaît et qui l'amène à intégrer le projet Aérocampus, et à en devenir président juste avant son départ en retraite, sur l'invitation appuyée d'Alain Rousset.

"L'idée c'est qu'un jeune qui rentre ici, on arrive à lui trouver un emploi"
Pourtant, il l'avoue : « Quand j'ai découvert que c'était un lycée professionnel, honnêtement ça ne m'a pas tellement emballé ! » Mais il s'y tient, et les besoins exprimés par les industriels qu'il connaît bien donnent une orientation plus définie à un projet que la Région ne peut de toute façon soutenir que par le biais de sa compétence lycée et formation. Les entreprises expriment quant à elles, un besoin important de « petits techniciens moyens » pas d'ingénieurs. « Avoir une formation pour permettre ce genre de recrutements ça les intéressait, et c'est comme ça, sur le fond de l'idée, qu'est né Aérocampus. »
Autre idée chère aux concepteurs d'Aérocampus : « il fallait que ces formations soient gratuites pour les jeunes qui s'y inscriraient. C'est ce qu'a permis l'aide de la Région. Elle correspond à l'équivalent du salaire des profs qui délivrent les cours », précise Denis Guignot.

Dix ans plus tard, le manque d'enthousiasme initial n'est plus du tout à l'ordre du jour : « J'avoue que pour moi Aérocampus ça compte énormément, livre-t-il avec un brin d'émotion. Je suis très fier de la Maison et de ce qui y est fait. Le point fort des formations chez nous, ce sont les travaux pratiques, on a beaucoup investi là-dedans. Aussi, le but de l'école n'est pas tant de donner un diplôme bac pro, mais c'est de placer nos jeunes. L'idée c'est qu'un jeune qui rentre ici, on arrive à lui trouver un emploi. On fait beaucoup d'efforts pour ça, et on y arrive dans beaucoup de cas. C'est en cela, je pense, qu'on est utile ! » sourit-il avec satisfaction avant d'illustrer son propos : « je suis très fier, parce que chez Sabena Technics, qui est un gros acteur du MCO [maintien en condition opérationnelled de vol, ndlr] sur Bordeaux, on doit avoir 150 anciens d'Aérocampus, c'est pas mal quand même! Mais il y en a aussi chez Dassault, chez Airbus, il y en a partout. Et ça, c'est très important pour moi. »

L'international,"le bon choix à long terme"

Une réussite et une reconnaissance d'Aérocampus auprès des industriels, à tel point « qu'ils considèrent un peu qu'on leur appartient... et quelque part c'est le mieux ! », sourit-il. Un attachement à la structure que son président explique par la stratégie « gagnante » mise en œuvre assez rapidement après son lancement. « Une fois qu'on a eu les élèves, on a fait le choix d'aller à l'international. Mais ce n'est pas anodin: il ne fallait embaucher que des profs qui parlent anglais et qui étaient capables de délivrer des cours en anglais... c'est hyper compliqué, et ça demande un effort considérable ! », se rappelle-t-il.

Mais là encore pas de regret : « Avec le recul quand on voit les réponses venues de l'international, on a bien fait! On peut vraiment s'en féliciter, c'était un bon choix ». Une satisfaction d'autant plus à l'oeuvre pour Denis Guignot, que ce savoir-faire bilingue est aussi un avantage de poids dans un monde de la formation aéronautique international marqué aussi par le Brexit. « Les Anglais quittant l'Europe, la demande de formation à l'international se reporte sur la France qui est un pays aéronautique à la pointe, et donc sur nous qui savons prodiguer des formations en anglais. » Satisfaction, encore.

Deuxième pilier appuyant le succès de cette stratégie à l'international selon Denis Guignot : le choix de suivre les grands groupes dans leurs ventes d'avions ou d'hélicoptères qui incluent souvent une partie formation. « Quand on a un contrat à l'international, la plupart du temps on est derrière un grand groupe comme Dassault, Airbus Helicopters ou d'autres. C'est eux qui se font payer par le pays et ils nous payent à l'avance la formation qu'on délivre, ce qui sécurise notre trésorerie. » Un choix du développement à l'international d'autant plus pertinent dans le contexte actuel d'incertitude lié à la crise sanitaire. « L'international, c'est ce qui nous permet d'être optimiste en ce moment, c'est vraiment un bon choix à long terme. C'est ce qui nous permet de rayonner dans le monde aéronautique ».

"Toujours se donner des projets ambitieux !"
Quant aux 10 ans à venir pour Aérocampus, l'expert et observateur du monde aéronautique a bien son idée. La création d'écoles à l'étranger ? Denis Guignot est volontaire mais prudent. « Je ne suis pas contre du tout mais il faut faire attention sinon on risque de faire un flop... Et puis ça coûte cher. Pour un étranger, il faut acheter plein de trucs pour assurer nos formations basées sur la pratique: du matériel pédagogique, des pièces, des moteurs, des avions... Ce n'est pas magique », avertit-il.

« Je pense que l'avenir d'Aérocampus, c'est de grandir, et quoi de mieux pour grandir que d'aller ailleurs ? et pas forcément en Aquitaine... Moi j'aimerais bien qu'on crée quelque chose à Toulouse pour ne pas être loin du gros Airbus avec qui on a de plus en plus de relations très positives. », lâche-t-il. « Au début, depuis Bordeaux, ils ne nous connaissaient pas. Maintenant, ils ont découvert que ce qu'on fait ici, et, sauf à investir beaucoup, ils ne sont pas capables de le faire. Eux, ils savent faire des formations vers des gens déjà très spécialisés, mais pas vers des jeunes comme les nôtres. Quant à nous, il faut être géographiquement bien placé pour continuer ce qu'on a envie de faire: former des jeunes ».

Bien conscient que l'idée de sortir des frontières régionales pourrait ne pas plaire à tout le monde, et que seule l'envie ne peut suffire, il persiste et signe : « C'est sûr, il faut beaucoup d'argent. Est-ce que Airbus nous passera de l'argent, je n'y crois pas trop. Mais il faut s'assurer que la Région Occitanie, elle, soit d'accord... Bref, il y a plein de choses à faire, ce n'est pas fait à la minute! Mais pour avancer, il faut toujours se donner un projet ambitieux ! » L'appel du pied en tout cas est lancé.

Cet article fait partie de notre édition spéciale : Aérocampus Aquitaine : les 10 ans

Solène Méric
Solène Méric

Crédit Photo : Aqui.fr

Publié sur aqui.fr le 04/06/2021