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Culture | Arte Flamenco : Fierté et grâce gitanes au coeur de l'arène!

Esperanza Fernandez et Manuela Carrasco sur la scène des Arènes, festival Arte Flamenco 2021

Esperanza Fernández, La Tana et Samara Carrasco, un trio de voix qui ne pouvait que réussir une belle soirée au sein des Arènes de Mont-de-Marsan. Mais si la jauge affichait complet ce jeudi soir, c'est aussi parce qu'une quatrième artiste était présente sur scène. Et quelle artiste ! La danseuse Manuela Carrasco, la « Déesse du flamenco », dont les zapateados d'enfer et l'attitude fière et digne n'en finissent pas d'époustoufler les spectateurs. Une soirée à la hauteur des nuits les plus magiques du festival (et il y en a beaucoup!). Une soirée forte caractère !

Ce jeudi  soir, l'heure était au flamenco puro, au flamenco gitan avec un quarté d'ambassadrices de choix. Parce que oui, le spectacle « Aires de mujeres » (Des airs de femmes), offrait logiquement un plateau 100% féminin, concocté par la danseuse Manuel Carrasco et Sandrine Rabassa, la directrice artistique du festival. A la question pourquoi ce choix, Manuela Carrasco, répond comme une évidence : « J'avais besoin d'avoir des femmes à mes côtés. Parce que généralement, ce sont des hommes qui m'accompagnent. Et il y a aussi une dimension de transmission puisque ma fille est aussi dans le spectacle. » Une fille, Samara Carrasco, qui s'illustre quant à elle, côté cante par sa voix puissante et enrobante, et que le public montois a pu découvrir avec joie lors de cette soirée.

Esperanza Fernandez : sur les cordes de la délicatesse
Autre chanteuse « découverte » parmi les interprètes de ces « Aires de mujeres », La Tana, impressionnante aussi de force et d'énergie. Pour preuve, face aux avions de chasse de la base militaire de Mont-de-Marsan, qui ont eu la bien mauvaise idée de survoler le centre-ville alors que la jeune femme interprétait un de ses cantes, la victoire sans appel a été attribuée à la gitane, ne semblant pas même vraiment perturbée par ce fond sonore peu agréable. Même le public a presque réussi à en faire abstraction.

Mais enfin, si l'auteure de ces lignes doit avouer un (gros) faible côté cante parmi les artistes de cette soirée féminine, c'est bien pour celle qui a déjà largement fait ses preuves dans le monde du flamenco : Esperanza Fernandez. Invitée spéciale de cette soirée, elle a déjà croisé à plusieurs reprises les festivaliers montois. Une voix gracile, par moment presque flutée, qui dénote dans le paysage du chant flamenco, et qui en fait justement son succès. Si elle est visiblement à l'aise dans la douceur du chant, jouant volontiers sur les cordes de la délicatesse, Esperanza Fernandez, n'en est pas moins impressionnante quand il s'agit de déployer tout son coffre et sa puissance. A l'image de ce tête à tête d'ouverture entre elle et Manuela Carrasco, qui en quelques minutes à peine, en promettait déjà long sur le spectacle à venir, et les talents en présence.

Manuela Carrasco : hypnotique de rapidité, époustoufflante d'agilité
Dès l'ouverture en effet, la chanteuse et la danseuse, se sont répondues dans un dialogue, virant au duel de caractère sur la scène des arènes du Plumaçon. A la voix de l'une, répondait l'attitude, le torse haut et le port altier, de l'autre, dans le vrombissement de ses claquements de talons. Hypnotiques de rapidité, époustouflants d'agilité. Le spectateur par réflexe, cesse de respirer tant l'exercice et le rythme toujours net de ces zapateados durent et impressionnent. Alors que les jambes et les pieds de la danseuse de 67 ans ne sont que mouvement et agitation (très ordonnée), le haut du corps lui, impeccable et impassible de fierté gitane ne bouge pas... Une fierté magnifique. Manuela Carrasco, est une figure, historique, mythique du baile flamenco. L'âge avançant, elle le demeure. Elle l'a dit en amont du spectacle, ses projets restent encore ceux de travailler sur son art de « continuer à créer et à avancer ». Un considération digne de l'artiste qui vient de se voir remettre des mains du Roi d'Espagne, la médaille des arts et des lettres.

Créer et avancer aussi sans doute en hommage à ceux qui ne sont plus là, à l'image de La Susi, chanteuse de grand talent, passée il y a quelques années par la scène d'Arte Flamenco, et décédée en octobre 2020. Outre une artiste reconnue dans le monde flamenca, elle était la belle sœur de Manuela Carrasco, qui a tenu à faire dans ce moment de spectacle féminin, un hommage à la cantaora. Seule en scène, face à une chaise vide, c'est la voix claire et limpide de la Suzi qui a alors retenti dans les Arènes du Plumaçon. Un moment d'émotion, comme une danse donnée à son amie, une offrande au ciel aussi, partagé avec le public montois. Signe aussi de la proximité et de la confiance de la danseuse avec le Festival Arte Flamenco et son public.


L'info en plus :
Le pendant masculin de cette soirée se tient ce vendredi soir à 21h30 en présence une fois encore de trois très grands artistes, le cantaor, El Pélé dont le chant authentique et attachant, et parfaitement maîtrisé, est aussi marqué par ses aigus qu'il ne perd pas malgré l'âge. A ses côtés Jésus Mendez, grand nom du cante actuel, et le danseur invité Farruquito, héritier d'une dynastie de danseurs mythiques (Farruco, La Farruca), considéré comme un des plus grands danseurs de flamenco de tous les temps. Il est aussi particulièrement apprécié par le public montois qui le connaît depuis son enfance, accompagnant sa mère sur le Festival. La réunion de ces trois grands talents, promettant nécessairement une soirée masculine toute aussi belle que celle de la veille. Et bonne nouvelle, il reste quelques places.

Solène Méric
Solène Méric

Crédit Photo : Sébastion Zambon - CD40

Publié sur aqui.fr le 02/07/2021