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Culture | Béarn : une plongée dans l'histoire du palais antique de Lalonquette

La villa gallo-romaine de Lalonquette reconstituée en image de synthèse

Plus beau, plus grand, plus moderne, plus complet, plus pédagogique... Le Musée gallo-romain de Claracq (64), le seul et unique du genre dans le département des Pyrénées-Atlantiques, a ré-ouvert ses portes en début d'été après un an et 1,5M€ de travaux. Labellisé Musée de France en 2017, il éclaire les us et coutumes des gallo-romains du Ier jusqu'au début du Vème siècle, à travers l'histoire du site antique voisin : la Villa gallo-romaine de Lalonquette. Un site exemplaire dans l'histoire rurale d'Aquitaine qui se visite librement. Deux lieux à ne pas manquer de voir en empruntant à pied le sentier d'interprétation balisé de 2 km qui les relie.

Voilà près de 2000 ans que le palais antique situé sur la commune de Lalonquette attendait qu'on le (re) découvre, enfoui sous quelques décimètres de terres... Pourtant avant que sa découverte ne soit réellement considérée par la communauté scientifique, la partie s'est jouée en plusieurs manches. A une première découverte en 1843 par le séminariste Duffau, le site n'est partiellement dégagé que 50 ans plus tard, juste avant d'être à nouveau recouvert par un terrain agricole et retomber dans l'oubli.

C'est en 1959, suite à un profond labour, que des pavements de mosaïques refond surface. Démarre alors un long programme de fouilles mené par Jean Lauffrey, architecte des bâtiments de France, et dont les interprétations auront fourni la plupart des connaissances actuelles sur la villa.

L'entrée du Musée gallo-romain de ClaracqLa façade du Musée gallo-romain de Claracq, dont les espaces et la circulation intérieure sont organisés à l'image de la villa gallo-romaine de Lalonquette, autour d'une cour intérieure
 

Mais les vestiges sont de nouveau délaissés à l'air libre (et à la détérioration...) jusqu'à la reprise des recherches au milieu des années 90, à l'initiative du Service régional d'Archéologie et l'Université de Pau et des Pays de l'Adour. Dés lors, le site ne sera plus oublié et différentes campagnes de fouilles archéologiques permettant une réévaluation et des enrichissements des interprétations de Jean Lauffrey sont menées. Des recherches et interprétations qui nourrissent avec force d'objets, décors, maquettes, reconstitutions ou documents d'archive, le parcours du musée de Claracq inauguré quant à lui, dans sa première version, en 2012.

La conservation de l’intégralité des collections

Avec les travaux achevés cet été, grâce aux financements conjoints de la Communauté de communes, de l'Europe, de l'État, de la Région Nouvelle-Aquitaine et du Département des Pyrénées-Atlantiques, le Musée a pu doubler sa capacité d’accueil et se doter de nouveaux équipements : un pôle pédagogique, un module d’initiation à la fouille archéologique ou encore de réserves archéologiques (visibles derrière une vitre par les visiteurs). Un ensemble permettant ainsi la conservation de l’intégralité des collections et le rapatriement de pièces remarquables telles un certain nombre de pavements en mosaïque jusque-là conservés au Musée d'Aquitaine à Bordeaux.

Vestiges de probables offrandes religieuses retrouvées sur le site de la villa gallo-romaine de LalonquetteVestiges de probables offrandes religieuses retrouvées sur le site de la Villa gallo-romaine de Lalonquette
 

Développement et embellissement permanent
Histoire de la Villa, évolution architecturale, techniques de construction, décoration, vie quotidienne, religion, mais aussi activités productives et agricoles exercées sur le site, sont autant de thèmes présentés au fil du parcours. Une fenêtre de cinq siècles ouverte dans le temps et dans l'espace, sur les quelque 9000 m² de développements consécutifs de la Villa. Car plus qu'une résidence de luxe, la villa gallo-romaine comprend dès son fondement autour de l'an 15 des bâtiments d'exploitation.

Un ensemble qui ne cessera de se transformer, de se développer et de s'embellir, au fil de l'enrichissement des propriétaires. Il faut dire que ceux-ci sont de véritables aristocrates sur leurs terres et occupent sans doute aussi des postes d'importance au sein de l'administration gallo-romaine urbaine locale. La villa pour sa partie habitation est ainsi davantage un lieu de villégiature qu'un domicile permanent.

Maquettes mettant en valeur les évolutions de la villa gallo romaine de Lalonquette du Ier au début du Vème siècle de notre èreMaquettes mettant en valeur les évolutions de la Villa du Ier siècle au début du Vème siècle de notre ère
 

De vastes mosaïques aux figures géométriques et colorées
Des bijoux aux éléments de décors parvenus jusqu'à nous, l'exposition témoigne du caractère luxueux du palais. Il se mesure tant à la taille de plus en plus extravagante de ses thermes privées (jusqu'à 500 m² dans la version la plus fastueuse de la villa), qu'à son confort (chauffage par le sol, fenêtres vitrées,...), ou encore à sa vaisselle, soit en céramique signée soit en verre. Une oppulence visible aussi dans les matériaux et techniques mises en œuvre en matière de construction et de décoration.

En ce qui concerne l'état le plus tardif de la villa, le musée donne notamment à voir, une série de vastes mosaïques aux figures géométriques et colorées. Ornements phare de la demeure, ces pavements sont réalisées par des artisans de l'Aquitaine d'alors. Mais les propriétaires de l'époque ont également eu recours à des matériaux tout droit venus d'Italie ou d'Espagne, à l'image du rouge cinabre, pour teinter les enduits de la villa. Quelques fragments de murs et colonnes viennent en effet témoigner d'une prédominance du rouge dans une décoration visiblement très colorée, où le blanc, le bleu, le jaune ou encore le rose étaient aussi présents.

Une des mosaïques de pavement trouvée sur le site antique de Lalonquette et au premier plan fûts de colonne en marbre des pyrnéesUne des impressionnantes mosaïques du palais antique, et au premier plan, des fûts de colonnes en marbre des Pyrénées


A voir aussi dans les vitrines du musée, cette applique décorative en forme de tête de panthère retrouvée dans un très bel état de conservation, ou encore, autre signe extérieur de richesse, le marbre des Pyrénées voisines utilisé pour réaliser des placages muraux, des éléments de moulure, ou bien encore comme matière première de fûts de colonnes ou de dalles dans les thermes.

Viticulture, élevage et activités secondaires
Bien que sur la partie agricole du domaine antique, les connaissances sont moindres que sur la partie habitation, le Musée y consacre tout de même plusieurs vitrines, tant sur les évolutions de l'exploitation que sur les productions mises en œuvre. Si viticulture et élevage semblent au fil des siècles avoir été les deux activités prépondérantes, des vestiges témoignent aussi de la pratique d'un certain nombre d'activités secondaires sur le site, à l'image du tissage d'une partie de la laine produite par la villa, de la pêche dans le Gabas tout proche, ou, autre exemple, d'une activité sidérurgique.

Si les raisons de l'abandon de ce splendide palais de campagne ne sont pas précisément connues, il est certain qu'au fil des ces cinq siècles d'existence et d'occupation, le site, comme les 335 autres établissements gallo-romains répertoriés sur l'Aquitaine méridionale, a grandement participé à la romanisation du territoire. Telle était bien d'ailleurs sa vocation première.

Site de la villa gallo-romaine de LalonquetteLe site de la Villa gallo-romaine de Lalonquette, au terme de trois années de travaux de conservation, est en accès libre aux visiteurs tout au long de l'année


Une fois découverts les secrets de la Villa gallo-romaine au sein du musée, qui se termine par une immersion en image de synthèse au sein du vaste palais (à ne pas manquer), nous ne pouvons que vous conseiller de prendre le sentier d'interprétation qui au bout de 2 kilomètres de marche (45 min environ) dans la campagne et le patrimoine béarnais, vous mènera directement sur le site de la Villa antique de Lalonquette.
Si les vestiges sont désormais à nouveau recouverts dans un souci de conservation, le visiteur pourra découvrir sur place le relevé exact des contours de la villa à la fin du IV ème siècle. En libre accès, et grâce à de nombreux panneaux d'interprétation, le promeneur peut déambuler dans les divers espaces qui composait le palais campagnard situé sous ses pieds.


L'info en plus : Lors de la visite du musée, de la promenade sur le sentier d'interprétation ainsi que sur le site de la Villa gallo-romaine des audio-guides réalisés par le Musée sont accessibles gratuitement avec votre téléphone portable via l'application Izi.travel

Musée gallo-romain de Claracq : Plein tarif: 3 €, Demi-tarif (-18 ans, demandeurs d'emplois, etc) : 2€, Tarif de groupe (+10 personnes): 2€ par personne
Sentier pédagogique de Claracq au site antique : gratuit
Visite du site antique : gratuit

Solène Méric
Solène Méric

Crédit Photo : Aqui.fr

Publié sur aqui.fr le 20/08/2021