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Société | L'Université Hommes-Entreprises planche sur le thème « Être utile »

Université Hommes-Entreprise 2021

Organisée par le CECA, pour la seconde année consécutive en présentiel mais aussi, pour raison sanitaire, en distanciel, la 27e édition de l'Université Hommes-Entreprises qui s'est tenue au château Smith Haut Lafitte ces 26 et 27 août a choisi « Être utile » comme thème de réflexion. Une thématique particulièrement d'actualité compte tenu du monde en perte de sens et de repères et de la crise de valeurs dans laquelle nous vivons actuellement. Alors, quelle place notre référence quasi-exclusive à la technique réserve-t-elle à l’existence vécue, à l’acte désintéressé, économiquement inutile ? Comment développer le sentiment d’utilité et donc d’estime de soi ? Ou encore, comment vivre l’incertitude comme une nouvelle normalité ? Autant de questions abordées au cours de ces deux jours de réflexion.

Après « Responsabilité et liberté », c'est donc au thème « Être utile » que l'Université Hommes-Entreprises, organisée par le CECA, a choisi de s'attaquer cette année. Un sujet particulièrement d'actualité compte tenu des bouleversements actuels que connaît le monde. « Dès mai 2020, en quelques mois de pandémie, la plupart de nos repères actuels rythmés par notre vie de travail, de famille, nos déplacements, notre perception de la société, ont été profondément bouleversés. Nous étions, pour beaucoup, assignés à résidence alors que certaines professions (éboueurs, infirmières, caissières) devenaient non plus utiles mais essentielles. 2020 a été l'année du Covid mais aussi celle de la quête de sens avec son lot de remises en question et d'espoir. Il importe plus que jamais, de nourrir notre capacité à comprendre le monde qui nous entoure et à inventer l'avenir. Et c'est sans doute de cela dont notre monde a besoin », a précisé en introduction, Christophe de La Chaise, directeur général du CECA.

Des témoignages éclectiques et pertinents

Rassemblant chaque année plusieurs centaines de dirigeants et chefs d'entreprises, ce rendez-vous a, une fois encore, donné la parole à des intervenants éclectiques et de grande qualité, dont la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury qui a lancé le débat. Car au fond, qu'est-ce qu'être utile ? « Derrière le terme ''utile'', nous, on pense ''service'', ''profitable'', ''avantage'', etc... Mais dans la société individualiste que nous connaissons, on est aujourd'hui amené à redécouvrir que les métiers dits ''invisibles'', les individus jugés inutiles en termes de capital social, sont essentiels. Tous ceux qui répondent présent alors que tout s'écroule. Le débat sur l'utilité sociale s'impose donc d'emblée », précise-t-elle. Ce qui implique une reconnaissance et une de revalorisation de ces métiers. « Nous sommes dans des modes d'économie ou de modélisation dits d'effondrement. On pénètre dans des univers dits dégradés. Il faut repenser ce qui est utile aux gens. Il va falloir prévoir des utilités alors que les questions d'incertitude sont majeures », poursuit la philosophe, qui rappelle également que les notions d'innovation et de vulnérabilité sont plus que jamais d'actualité.

Une notion de vulnérabilité, voire de précarité que certaines sociétés connaissent depuis longtemps et contre lesquelles elles ont su mettre en place des solutions innovantes comme l'explique Marianne Sébastien, fondatrice de « Voix libres », ONG qui depuis plus de 25 ans, vient en aide aux enfants travaillant dans les mines de Potosi, en Bolivie. « On peut étudier les besoins mais dans la pyramide de Maslow, on ne connaît pas l'amour ou la spiritualité et c'est ce lien invisible avec les enfants et les familles pauvres qui a créé cette immense fondation », précise celle pour qui l'essentiel, c'est d'être utile en rendant les autres utiles. Une démarche atypique qui, de fil en aiguille, lui a permis de créer une incroyable chaîne d'entraide récompensée par le Prix international des Droits Humains. « Je ne crois pas au développement extérieur socio-économique. Je crois au développement, seulement s'il est basé sur une transformation intérieure. Tous ensemble, ils ont créé un nouveau modèle de société où l'argent arrive en dernier. C'est comme une grande famille avec une caisse commune où chacun évalue chaque mois ses besoins. Je crois que le besoin primordial, c'est d'aider les autres tout en faisant ce pour quoi on est fait, en exerçant son talent. C'est ça, être utile ».

ceca

Expert en gestion de crise, membre d'une organisation humanitaire ou encore économiste, ce sont ainsi prés d'une dizaine d'intervenants qui se sont succédés durant ces deux jours. Et parmi eux, Delphine Horvilleur. Journaliste de formation et rabbin depuis 2008, elle est intervenue sur le thème : « Face aux épreuves de la vie, comment être utile au monde ? ». Membre du Mouvement juif libéral de France, elle est également philosophe et écrivain, rédactrice en chef de Tenou’a, revue dont l’objectif est d’explorer la pensée juive et ses richesses. Elle est également l’auteur de « Comprendre le monde » et de « Vivre avec nos morts ».

Également présent, Navi Radjou. Diplômé de l’École Centrale et de l’Université de Yale, ce citoyen franco-américain, né en Inde et résidant dans la Silicon Valley est une référence mondiale dans le domaine de « l’innovation frugale », conception qui privilégie la valeur pour l’utilisateur plutôt que la sophistication technologique. Il est aussi l’auteur de « L’innovation Jugaad : Redevenons Ingénieux! »

Bertrand Badré (« La finance peut-elle sauver le monde ? »), ancien Directeur Général de la Banque Mondiale, Marie Eloy (« Comment les réseaux vont transformer le monde ? »), journaliste et fondatrice de trois réseaux féminins, ainsi que Antoine Brochon (« Quelles limites humaines à l’engagement humanitaire ? »), humanitaire engagé auprès de la cause de SOS Chrétiens d’Orient depuis 2016 ou encore Fabrice Hadjdaj (« La spiritualité est-elle utile ? »), professeur agrégé de philosophie et dramaturge étaient également présents.

De quoi poser les bases d'une société qu'il reste à réinventer.

Emmanuelle Diaz
Emmanuelle Diaz

Crédit Photo : ED

Publié sur aqui.fr le 30/08/2021