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Agriculture | Foncier agricole landais : le nombre de transactions a "décroché" en 2020

Conférence du foncier rural à Mont-de-Marsan

Le 17 novembre dernier à Mont-de-Marsan, se tenait la conférence départementale du foncier rural dans les Landes, à l'initiative de la Safer. L'occasion de décortiquer les chiffres du marché foncier rural et agricole landais d'une année 2020 qui a vu le nombre d'acquéreurs et de surfaces échangées fortement baisser. S'il faut sans doute lire ici une conséquence des crises sanitaires humaines mais aussi aviaires subies par le département, il n'empêche que comme quasiment partout ailleurs, le marché, en valeur, est quant à lui tiré vers le haut par les ventes des maisons à la campagne. Marché en fort essor, « qui a même créé des embouteillages dans les études notariales », confie Bruno Lacrampe, directeur de la Safer des Landes.

En surface, l'année 2020 est marquée par un véritable décroché du marché foncier rural. Celui-ci englobe tout confondu, le foncier agricole et forestier, les maisons à la campagne, ou encore le marché destiné à l'urbanisation. Passant de 13 200 ha en 2019 à 10 580 hectares en 2020, il enregistre en effet une baisse de 20% des surfaces vendues.

Les marchés agricole et forestier en recul
Une baisse qui trouve une part d'explication sur le marché foncier agricole qui enregistre seulement 550 transactions soit 23% de moins qu'en 2019. Ces 550 transactions ont concerné 3 412 hectares, c'est un quart de moins que l'an dernier. Il faut dire que sur l'ensemble des acquéreurs du marché foncier rural, les agriculteurs étaient presque deux fois nombreux moins que l'an dernier. Un recul qui se traduit aussi en valeur puisque représentant un total de 43M€, le marché du foncier agricole pèse 36% de moins qu'en 2019. Du côté de l'analyse, Bruno Lacrampe met en avant certes, la situation sanitaire en lien avec le Covid 19, mais surtout l'autre grande crise sanitaire qui a touché le département : la crise aviaire qui aura perturbé l'activité de nombreux agriculteurs landais, gelant d'autant les trésoreries et les perspectives d'acquisitions pour l'année.

Outre le marché du foncier agricole, ce recul global du marché rural en surfaces, s'explique aussi par le même mouvement de recul du marché forestier. Un marché qui compte, dans le département boisé des Landes. En effet, du point de vue des surfaces, la baisse est de 22% pour un montant global de 27 M€, soit une diminution de 26%. Rien d'anodin en somme. Cela dit, au regard des pénuries de matière première et des hausses de prix actuel sur le bois coupé, il ne serait pas étonnant, en termes de valeur en tout cas, que les chiffres ne soient pas les mêmes l'an prochain, lors du bilan de l'année en cours, commente en synthèse Bruno Lacrampe.

Maisons à la campagne: +68% d'acquéreurs parisiens
Pour autant, si le décroché du marché rural est sans appel sur les surfaces, le nombre de ventes au total reste stable et la valeur globale est quant à elle en hausse de 16%. Une hausse « boostée » par le marché des maisons à la campagne qui, comme dans nombre de territoire ruraux de notre région, enregistre une hausse constante : + 13% de transactions, +27% de surfaces (soit 1086 ha), + 24% en valeurs, soit 336 M€ .

Si les acquéreurs landais restent majoritaires (pour 57% d'entre eux), les paysages des Landes séduisent les autres néo-aquitains dont les acquisitions voient leur nombre croître de 22%. Si 8 % des acquéreurs sont originaires de la région parisienne, le chiffre pourrait bien continuer à grimper, car entre 2019 et 2020, ils sont 68% de plus à avoir acheter un bien à la campagne dans le département.

Mais au-delà de ce rôle d'observation du marché foncier la Safer des Landes elle-même y intervient. Même si cette année, elle a suivi le mouvement général du marché : « En 2020, la Safer a acquis moins de 700 ha de foncier. C'est un fort décroché (-51%), admet le directeur. Mais nous avions anticipé les choses ; 2019 a en effet été une année record avec de nombreux stocks réalisés pour les institutions. En 2021 nous allons retrouver un niveau plus habituel puisqu'au 30 octobre nous étions déjà à 800 hectares de foncier acquis », relativise-t-il.

Moins de candidatures à l'acquisition
Une action de la Safer qui ne se contente pas d'acheter mais aussi de redistribuer ou plus exactement d' « attribuer » les terres en fonctions de ses missions à savoir l'installation, la consolidation ou la restructuration des exploitations agricoles, la préservation de l'environnement ou encore le développement local. Sur les 874 ha attribués dans le département, 88% des surfaces sont au total allées à la production agricole : 65% à destination de projet de consolidation ou restructuration de structures et 23% à l'installation. Des attributions satisfaisant au total 130 candidats sur 182 candidatures.

Un chiffre qui appelle à l'attention, souligne Bruno Lacrampe. « Une fois encore, si la crise aviaire et les problèmes de trésorerie afférents peuvent expliquer une baisse assez marquée du nombre de candidats cette année, il faut quand même se souvenir qu'il y a quelques années nous avions jusqu'à 300 ou 350 candidats au total, c'est une alerte qu'il faut prendre en compte ». En d'autres terme le mouvement n'est pas nouveau, et va en s'accentuant. « Nous avons moins de candidats et parfois sur des terrains non irrigués, il nous est arrivé de ne pas avoir de candidats du tout ». Un élément qui en dit long sur l'attractivité du métier, ou à tout le moins sur les ambitions des nouveaux porteurs de projets, mais aussi sans doute sur l'âge moyen des agriculteurs landais.

Ce que d'une certaine manière confirme François Darbou, élu à la chambre d'agriculture des Landes en charge de l'installation et de la transmission, participant à la CDFR. « Nous sommes dans une période de transition avec une importante génération d'agriculteurs qui va arrêter. Et face à cela, les installations « traditionnelles », en cohérance avec les filières historiques du département ne suffisent pas. Parmi les projets d'installation, il y a de plus en plus de jeunes qui ont des attentes et des envies différentes. Et on a parfois du mal à accorder ces porteurs de projets avec les cédantssur le terrain en termes de filière et de rythme de vie ».

Portage foncier: entre sécurisation du jeune et prise de risque pour la Safer
Du côté des installations justement, l'activité de la Safer a permis l'installation de 11 jeunes agriculteurs sur 200 ha, là où en 2019, 213 ha avaient été attribués à 18 jeunes. Un soutien à l'installation qui ne passe pas que par l'attribution des terres mais aussi par de nombreux dispositifs de la boîte à outils SAFER. Parmi eux le portage fonciers, qui permet aux jeunes d'acquérir progressivement les terres, en contrepartie d'un « loyer » sur 5 à 10 ans qui sera en fin de dispostif déduit du prix total de l'acquisition.

Mis en œuvre en partenariat avec la Région, la Safer des Landes est à l'heure actuelle engagée dans des portages auprès de 11 bénéficaires sur 188 ha, pour un montant toal de 1 642 000 euros. « Si cela amène une sécurisation aux jeunes installé en décalant une partie de son investissement initial et en allégeant le poids du foncier, l'effort n'est pas anodin pour la SAFER, puisqu'en tant que propriétaire c'est elle qui supporte le risque si l'exploitation n'était finalement pas viable », pointe le directeur. Un pari sur l'avenir, et sur les jeunes en quelque sorte, dont la Safer des Landes connaîtra les premiers résultats dans 4 ans avec les premiers destockages. Les premiers bénéficiaires de ce dispositif ayant tous choisis de le poursuivre 5 ans de plus.

Une conférence du foncier rural qui a aussi été l'occasion de mettre en avant un autre outil d'accompagnement à l'installation : le chèque FASCINA, dont 14 jeunes agriculteurs landais ont pu bénéficier cette année. Celui-ci permet en effet de prendre en charge par la Safer une partie des frais d'acte notarié lors d'une acquisition réalisée auprès de la Safer. Pour la Safer des Landes, ce la a représenté une enveloppe globale de 31 000 euros en 2020.

Solène Méric
Solène Méric

Crédit Photo : Aqui.fr

Publié sur aqui.fr le 29/11/2021