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Agriculture | Maïsadour tourne la page d'une année difficile et vise la "transformation durable"

Christophe Bonno, DG Groupe coopératif Maïsadour et Michel Prugue, Président du groupe coopératif

En cette fin d'année, il ne devait sans doute tarder qu'une chose à Michel Prugue, Président du groupe coopératif Maïsadour : tourner la page d'une année 2020 qu'il décrit, avec euphémisme, comme « assez difficile ». Il faut dire qu'entre les effets de la crise Covid, l'influenza aviaire, les mauvaises récoltes de l'automne 2020, en baisse de 30%, ou encore les taux de change défavorables sur les marchés à l'international, les difficultés n'ont pas manqué. Le groupe termine l'exercice avec un chiffre d'affaires de 1,276 Mds € et 20 M€ manquant à son excédent brut d’exploitation. Mais, désormais, le président de la coopérative et son nouveau directeur général, Christophe Bonno, se posent un double objectif : « poursuivre le redressement du groupe déjà lancé et accélérer sa transformation vers des pratiques durables ».

Face aux difficultés rencontrées par le groupe coopératif et pour réussir le pari de son redressement, quelques choix marquants ont du être fait lors de l'exercice juste achevé. « Il faut savoir désinvestir », reconnaît Michel Prugue. Autrement dit, céder des activités, notamment sur le pôle Gastronomie, piloté par la filiale MVVH, désormais concentrée autour du foie gras et du poisson.

Cession, d'abord, de l'activité de nutrition aquacole Aqualia, et, plus symbolique encore, cession de l'activité Salaison et des marques Montagne Noire, Chevallier et Salaisons Pyrénéennes, au groupe coopératif Fipso (Filière porcine du Sud-Ouest) basé à Lahontan dans les Pyrénées-Atlantiques. Deux opérations qui ont ainsi permis au groupe coopératif landais de réduire son endettement d'un tiers, de quoi « permettre la construction du rebond », se satisfait le Président.

Adaptation et solidarité
Autre satisfaction de Michel Prugue sur l'année écoulée : la « grande capacité d'adaptation et de solidarité » face aux aléas rencontrés, nombreux et variés. « Nous avons maintenu notre personnel en sécurité mais nous avons aussi réussi à maintenir nos chaînes de production tant sur les approvisionnements chez les adhérents qu'auprès de nos clients, malgré l'influenza aviaire. Il y a eu des diminutions de volumes mais grâce à nos partenaires en Vendée notamment, il n'y a pas eu de rupture ». Une adaptation mise sur le compte « des retours d'expérience des crises précédentes ».

Un risque de crise aviaire face auquel Michel Prugue appelle d'ailleurs et non sans solennité, à la mise à l'abri des animaux, alors qu'une suspicion est actuellement en cours dans la région. « Si on veut préserver l'élevage en plein air, il faut être en capacité de mettre les animaux à l'abri quand c'est nécessaire pour pouvoir les ressortir ensuite », appuie-t-il signalant son refus de « jouer sur les peurs ».

A l'occasion de l'assemblée générale du groupe ce 7 décembre, l'heure est en effet plutôt « aux ambitions fortes » et au volontarisme pour « la transformation vers un monde et des pratiques durables ». Et d'autant plus encore quand les dieux de la météo et des cours des céréales se montrent cléments. Non seulement cet automne, les rendements de récolte sont « proches des records », mais s'y ajoutent « des prix élevés que l'on n'attendait pas » ; « un ballon d'oxygène chez nos adhérents », décrit Michel Prugue.

Une nouvelle filière soja 100% locale
Au chapitre des ambitions et projets, l'enjeu, notamment sur le pôle agricole, est bien aux dires du directeur général Christophe Bonno, à « l'accélération de sa transformation, en faisant des agriculteurs de véritables ''écolo-acteurs'' pour permettre la réduction de l'empreinte carbone de l'agriculture ». Une direction vers le développement de l'agroécologie qui passe notamment par 4 actions fortes de la coopérative.

D'abord, décrit Jean-Louis Zwick, directeur du pôle agricole, « la création d'une nouvelle filière soja 100% Sud-Ouest, qui devrait voir le jour d'ici fin juin 2022. Cette matière première locale permettra, outre la diminution de l'empreinte carbone liée aux importations notamment, de mettre en avant une volaille d'environ 80 fermes, qui seront nourrie par de la matière première issue d'un rayon d'environ 50 km autour des élevages ». Concrètement « l'objectif est d'écraser, transformer et cuire l'équivalent de 30 000 tonnes de soja local, à Saint-Sever dans une ancienne usine d'aliments fermée en juin 2020, en cours de réindustrialisation en usine de trituration de soja », détaille-t-il.

Une culture du soja qui sera développée dans le cadre des rotations des cultures, en remplacement du blé ou du colza dont les rendements sont assez peu satisfaisants dans les Landes. Des hectares supplémentaires qui viendront s'ajouter à la collecte issue du partenariat déjà en place avec Vivadour fournisseur de 15 000 tonnes de soja par an, en complément de la collecte annuelle déjà existante de Maisadour d'environ 7000 tonnes.

Jean-Louis Zwick, directeur du pole agricole Maïsadour et Eric Humblot, directeur du pole gastronomie


Valeur ajoutée et nouveau débouché
Autre ambition : la poursuite de la démarche IDEAAL, initiative qui recense les bonnes pratiques d'agriculture durable mises en place au sein des exploitations adhérentes, tout en proposant un plan de progrès « sur mesure » pour l'amélioration de ces pratiques agroécologiques. Lancée en 2020, « 840 agriculteurs sur 77 000 ha ont répondu à notre sollicitation (70% de la surface agricole de la coopérative, ndlr) et ce sont déjà plus de 120 plans de progrès qui ont été mis en place dans nos exploitations », précise le responsable.

« Mais l'agroécologie, c'est aussi produire de la valeur ajoutée sur le territoire, en proposant des cultures durables et sécurisées », pointe-t-il. A savoir ici, les contractualisations sur 3 ans passées avec les amidonneries en demande de maïs spéciaux. Des débouchés ainsi assurés qui font du groupe coopératif landais, « le premier producteur européen de maïs waxy et waxyPro ».

Enfin côté animal, Maïsadour se lance dans l'aquaculture pour ses adhérents, un nouveau débouché de truites d'élevage « en lien avec les attentes des consommateurs qui plébiscitent la consommation de poisson élevé en milieu fermé », explique le directeur du pôle agricole. Ainsi, outre l'acquisition par le groupe agricole de deux piscicultures en Bretagne, dont un site pilote sur la recirculation et la purification des eaux, il projette, en s'appuyant sur les pratiques de ce site pilote, d'expérimenter dès l'automne 2022, l'aquaculture sur les exploitations des adhérents.

Canard gras: "faire naître un acteur de premier plan"

Mais les ambitions et projets pour l'année touchent aussi la filiale MVVH, pilote du pôle Gastronomie du groupe coopératif. Au programme notamment, la confirmation de la création d'une nouvelle entité. « Une société indépendante qui va être créée par le rapprochement avec Euralis Gastronomie autour des activités de production, transformation et commercialisation des produits des filières canard gras, poisson fumé et vente directe », rappelle Eric Humblot, directeur du pôle. Pour l'heure les deux groupes restent dans l'attente du feu vert de l'autorité de la concurrence, espérée à mi-2022, pour mettre en œuvre cette nouvelle société dans laquelle les deux coopératives s'afficheraient à part égale avec un complément de partenaires financiers à hauteur de 20% du capital.

Sur la partie canard gras l'ambition ici est bien de « faire naître un acteur de premier plan », tout en conservant le portefeuille des marques pré-existantes et « très complémentaires ». « L'idée n'est pas d'en créer une nouvelle », souligne le responsable. « C'est une opération véritablement stratégique», complète Christophe Bonno. « Le marché du canard gras est très fragmenté. Cette alliance permettrait de porter 13 millions de canards sur une production nationale de 29 millions », explique-t-il. De quoi en effet peser et se poser en interlocuteur majeur face aux autorités notamment.

Un rapprochement futur qui comprendra aussi l'activité vente directe des deux groupes coopératifs, sans pour autant, pour l'heure, freiner la poursuite du développement de la stratégie vente directe de Maïsadour. Eric Humblot annonce en effet que le groupe « vient de lancer un nouveau réseau de franchisés autour d'un nouveau concept de boutiques urbaines 100% Sud-Ouest, baptisées L'Amour du terroir ». Six devraient voir le jour en 2022, dans de grandes villes françaises.

Préserver la rémunération des éleveurs
Mais si des signes et perspectives encourageantes figurent à l'exercice qui démarre, Michel Prugue, tient à rappeler l'enjeu de la coopérative à préserver la rémunération des éleveurs au regard notamment de la flambée des coûts de productions. Elle devra être répercutée aux consommateurs, prévient-il. « Des courriers ont été envoyés aux clients de l'entreprise pour les sensibiliser sur ce sujet », signale-t-il.

Quant aux pouvoirs publics, le président de la coopérative leur adresse un message dans le même sens : « la loi Egalim 2 lisse et reporte les hausses de prix aux consommateurs de façon un peu lointaine. Mais là on ne peut pas attendre. Il faut regarder avec discernement les hausses nécessaires et immédiates à mettre en place. Si on ne les passe pas, la crainte est celle d'une dégradation forte des revenus. D'autant qu'ici on a subi l'influenza aviaire. C'est une point essentiel, si on ne gagne pas d'argent, on ne peut pas investir dans le futur ».

Solène Méric
Solène Méric

Crédit Photo : Aqui.fr

Publié sur aqui.fr le 10/12/2021