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Culture | Nos lectures du Vendredi: "Elie Wiesel , un témoin face à l'écriture", Delphine Auffret, Le Bord de l'Eau éditions.

Elie Wiesel , un témoin face à l'écriture

« Je ne suis qu'un écrivain » martèle Elie Wiesel à qui l'imaginerait aussi en homme politique, porte parole d'un Etat, ce qui serait réduire son chant à un champ d'action et d'investigation par trop ciblé. La parole que porte Elie Wiesel n'a pas de frontière. Pourtant, et c'est de là sans doute que naît le malentendu de ceux qui cherchent à le cantonner dans un rôle de porte drapeau, cette parole a malgré tout une politique : celle de lutter contre l'oubli. « Je ne suis qu'un écrivain »... quel rôle joue alors l'écriture et les multiples formes qu'elle cherche à revêtir, dans la force donné au témoin ? C'est la question que pose Delphine Auffret dans cet ouvrage paru le 13 octobre 2009 aux Editions du Bord de l'Eau.

Elie Wiesel, né en 1928 en Roumanie, rescapé des camps d'Auschwitz Birkenau et Buchenwald où il perdit ses parents et sa sœur, a commencé à publier à la fin des années 1950. Son premier témoignage, « la Nuit » paraît en France en 1958. Quand a -t-il commencé à écrire ? Sans doute que son écriture l'a porté lui-même bien avant qu'elle ne porte sa parole : fonctions jumelles et indissociables de survie personnelle et de témoignage d'un seul pour tous les autres, disparus. Sans doute que sa capacité à mettre en mots lui a d'abord donné à lui-même la force de revenir du rang des ombres afin de redonner corps, visages, âmes à celles-ci, tout en témoignant de l'implacable et impensable nuit qui les a ensevelies. Peut-être enfin que cette écriture lui a permis de rejoindre aussi ces ombres, ne pas leur lâcher la main et paraître, encore et encore, un des leurs, dans leur culture, leurs traditions, leur être profond. On saisit en tout cas la complexité de l'écritpour un témoin tel qu'Elie Wiesel, que l'on ne saurait alors réduire à un seul discours, un seul chant. Ne lui reproche-t-on pas pourtant fréquemment d' « écrire toujours le même texte sous prétexte que la Shoah tient une place prépondérante dans tous ces romans » ? Grâce à Delphine Auffret on comprend que l'insatiable écriture de Wiesel n'est pas seulement dire et redire sans fin, mais donner à entendre et à voire sous différentes formes, afin d'atteindre le plus grand nombre. L'ensemble de son œuvre, loin d'être répétition apparaît alors aussi comme unevraie construction, où chaque élément à sa place, oeuvrant au message universel. La littéralité dévoile. La littéralité embrasse le monde. L'écriture d'Elie Wiesel « répond aussi à la volonté d'un écrivain qui souhaite et sait agir sur son auditoire ». Delphine Auffret insiste enfin sur le « devoir de connaissance ». Grâce à la rigueur scientifique de l'étude qu'elle réalise ici, des voies de compréhension du témoignage d' Elie Wiesel s'ouvrent au lecteur, dont l'écoute se trouve alors accrue. Au-delà de cela, c'est aussi la manière d'aborder toute œuvre écrite qui s'en trouve changée, vers une acuité plus grande.

Elie Wiesel , un témoin face à l'écriture
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Un ouvrage de référence, dans l'auguste lignée de ceux publiés régulièrement par les Editions du Bord de l'Eau, trois fois primées en cette fin d'année 2009 : Prix des Assises du Journalisme remis à Julie Siedel pour « Les Médias et la banlieue » ; Prix Charles Oulmont Essais et Grand Prix de la critique à Patrick Tudoret pour « L'écrivain sacrifié : vie et mort de l'émission littéraire. ».

Mais aussi...

-"Au matin de la parole" de Gabriel Mwènè Okoundji, Editions Fédérop. GabrielOkoundji est un Mwènè, comme le furent ses ancêtres, guides sur un certain chemin. Gabriel Okoundji est un poète, dont la parole chemine entre lui et les siens Africains, entre lui et sa Terre, entre nous et le monde. Gabriel Okoundji recrée, par sa poésie, une part de ce monde; il peint avec des mots. Dans "Au matin de la parole" il se dessine, au travers d'entretiens sur ses écrits, au travers de ceux-ci, aussi, et du témoignage des enseignements reçus,

-"Les Legendre, une saga bordelaise" de André et William Legendre et Jean Eimer, Editions Confluences.Aux 5,6 et 7 quai de Bourgogne à Bordeaux, se trouvait la " Maison Legendre, fondée en 1801, fournitures générales pour la marine...poulies, avirons, chaînes, ancres et pavillons." André et William Legendre racontent. Dans un ouvrage fort documenté, dans lequel on plonge sans l'envie d'en sortir, voguant d' une photo à une autre dans un passé qui n'est plus. La précision des détails fournis sur la vie de cette famille de commerçants bordelais, impliquée également dans la vie sociale ou politique, tisse avec bonheur un univers d'intime proximité où l'on retrouve une ville oubliée, où le pas des chevaux résonne encore sur les pavés, où l'on se retrouvecomme dans ces fêtes de famille dans lesquelles, grâce aux sourires d'antan, on renoue avec soi-même. Un vrai travail documentaire renforcé par l'apport du journaliste Jean Eimer, une manne de renseignements, et aussi- et surtout!- ... un vrai plaisir! A lire et à offrir.

Lire et sortir:

- Festival Ritournelles. Du 10 au 20 novembre 2009. Molière- Scène d'Aquitaine, Bordeaux (33). www.ritournelles.fr

- Rencontres autour des livres pratiques et de leurs auteurs. Salon des loisirs créatifs de Bordeaux (33), Passions créatives.Du 12 au 15 novembre 2009. www.passions-créatives.net/

- Hommage à Mario Vargas Llosa, en présence de l'écrivain.Du 12 au 14 novembre 2009, Bordeaux III (33). www.myspace.com/colloquevargasllosa

Anne DUPREZ

Editions Le Bord de l'Eau: www.editionsbdl.com
Editions Fédérop: www.federop.free.fr/
Editions Confluences: www.editionsconfluences.com

 

 

 

Anne Duprez
Anne Duprez

Crédit Photo : Editions Le bord de l'eau

Publié sur aqui.fr le 06/11/2009