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Culture | Nos lectures du Vendredi: " Parures" de Franz Bartelt, éditions de l'Atelier In 8.

Parures de Franz Bartelt, Atelier In 8, 2010.

On connaissait déjà le talent de l'Atelier In 8 pour mettre au jour de petit bijoux de textes ciselés, se taillant peu à peu le costume mérité d'un grand découvreur de nouvelles. Avec « Parures » de Franz Bartelt, loin d'être usurpée la réputation d'In 8 se renforce, tant on est, là, face à un texte fort, inattendu, incisif. A peine plus de 60 pages, mais un véritable univers qui se construit, dans lequel on embarque d'emblée. Un univers à la fois à part et tellement présent, miroir magique tendu par l'auteur afin de nous mettre face à notre propre reflet, à celui de l'autre aussi, à ce qu'il est et à l'image qu'il renvoie.

« Ailleurs, c'eut été différent, je le crois », commence le narrateur. Pas si sûr en vérité. La situation qu'il décrit, pour être inhabituelle, n'en met pas moins en relief les contradictions de nos vies, par trop stéréotypées. On se voudrait rangé, comme tout le monde, fondu dans la masse. Qui n'a pas eu, enfant, un moment de solitude en réalisant qu'il ne portait pas ce qui était commun aux autres, le sésame d'entrée dans le clan des plus forts : celui du plus grand nombre ? Qu'il fut fugace ou répété, c'est un sentiment qui peut être partagé par beaucoup.

Franz Bartelt l'a-t-il ressenti lui-même ? On ne saurait le dire et là n'est pas le sujet, car la force de l'idée de l'auteur réside dans le fait, justement, qu'il part à l'inverse du sentiment généralement ressenti. Plaçant ses deux personnages - une mère et son fils - dans une situation de dénuement extrême, vivant chichement dans une cité qu'on imagine prendre aisément sa place dans les plus sordides reportages des journaux télévisés, il crée le décalage. On imagine alors assez bien le scénario : un enfant et une mère mal attifés, moqués puis rejetés par les autres. On est loin du compte : moqués, rejetés, oui, honnis, haïs, bannis oui, mais parce que vêtus et parés comme des princes ! Portant le chic du chic, le fin du plus fin, le soyeux, le mieux coupé, le plus cher... La totalité ou presque des aides apportées par les services sociaux passent dans ces étoffes de rêves, ce bonheur acheté à prix d'or par la mère, qui fait porter à son fils la lumière qui trop cruellement manque à leur univers rétréci. Mais le rêve, non plus, ne semble pas à leur portée. On leur fait payer cher leur individualité. Trop pauvres, ils ne ressemblent pas à des pauvres. C'est ça qui est louche.

Vraie idée forte que celle développée ici par Franz Bartelt. On ne sort pas tout blanc de sa lecture, comme brûlé au contraire par l'éclat des parures de la mère et de l'enfant. Le miroir brandi nous force à ouvrir les yeux, secoué par la réflexion. Et surtout, on suit le récit fait par le fils, comme un constat oui mais aussi comme une belle histoire, malgré tout. Celle d'une mère et son garçon, cherchant, maladroitement mais passionnément, la voie d'un certain renoncement face à la fatalité. Comme un tableau de maître peint sur un mur qui se lézarde. De ce mur certains ne verront toujours que les lézardes, d'autres s'émerveilleront sur la parure qu'est le tableau, et sur le fait qu' un tel acte puisse être possible, envers et contre tout    ... que voici   une excellente nouvelle ! Merci Franz Bartelt, merci In 8.

Anne DUPREZ

"Parures", publiée dans la collection Polaroïd, dirigée par Marc Villard, sortira en librairie le 19 août 2010, pour la rentrée littéraire.
Franz Bartelt a obtenu le Goncourt de la nouvelle en 2006.
 
 
 

Anne Duprez
Anne Duprez

Crédit Photo : Edition In8

Publié sur aqui.fr le 14/06/2010