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Politique | Demain des campagnes sans médecin?

Solange Ménival

Le temps des médecins de campagne est-il à jamais révolu? En tout cas, le risque est grand que les jeunes médecins refusent de s'y installer. Solange Ménival, conseillère régionale d'Aquitaine, déléguée aux services publics de proximité répond à nos questions.

Aqui! : On croyait l'Aquitaine mieux pourvue en médecinsque d'autres régions et pourtant c'est un véritable cri d'alarme que vous lancez ?

Solange Ménival : Oui, l'Aquitaine est bien dotée en médecins, mais certains cantons commencent à en être dépourvus. Les médecins se concentrent de plus en plus dans les zones urbaines et du littoral, délaissant l'intérieur et l'est de l'Aquitaine.
C'est aujourd'hui qu'il faut anticiper la désertification à venir, car les médecins sont âgés et commencent à prendre leur retraite. L'allongement de la durée de la vie, l'augmentation de la population et son vieillissement vont naturellement augmenter la demande de soins. Le développement espéré des alternatives à l'hospitalisation et l'augmentation des maladies
de longues durées, accroissent la demande de soins ambulatoires.
Les médecins généralistes et les infirmières libérales sont le premier maillon des soins primaires, mais ils sont écrasés par la masse de travail qui leur incombe. Et ils sont seuls. Or, les jeunes générations ne veulent plus effectuer 70 ou 80 heures de travail par semaine; c'est trop dur. Le temps du sacerdoce est révolu. Ils aspirent à une autre vie et à une autre façon de travailler.


@! : Comment, c'est à dire par quelles incitations, convaincre les jeunes médecins de s'installer à la campagne et plus largement en milieu rural ?

S.M. : Il faut leur donner un cadre de vie et des conditions d'exercice de leur métier qui soient meilleurs. La politique d'aménagement du territoire porte ses fruits. Des écoles, des crèches, des infrastructures de bon niveau sont installées en campagnes, on le sait peu en ville; il faut communiquer, au travers de la politique des Pays par exemple.
Parallèlement, il faut agir sur la mise en place de nouvelles organisations de travail. Faciliter le regroupement des professionnels, travailler en réseau et en équipes pluridisciplinaires, en favorisant, entre autre, l'implantation de maisons de santé qui leurs permettraient d'avoir du temps pour continuer à se former.


@! : La Région semble vouloir occuper une position de pointe dans cette bataille contre la « désertification médicale » ? Quelles actions préparez-vous ?

S.M. : Nous avons réuni autour de la table les médecins, les élus et les institutions telle que la Mission Régionale de Santé (1). Notre groupe de réflexion, a mis au point un guide méthodologique « Santé et Territoire en Aquitaine ». Il s'adresse aux élus et aux agents de développements territoriaux. Nous voulons ainsi favoriser le dialogue entre les élus et les professionnels, car c'est en se connaissant mieux et en dialoguant qu'on peut concevoir des projets innovants, répondantà la fois aux aspirations des professionnels et aux attentes des citoyens.
Nous travaillons en relation étroite avec les institutions de la santé qui disposent de moyens financiers adéquats, mais difficiles à mobiliser. Nous avons voté un règlement régional qui permet d'aider financièrement au recrutement d'une personne dédiée à animer "une réflexion santé" en Aquitaine; ainsi que de mobiliser des fonds pour financer des maisons de santé, toujours en partenariat. Je viens de présenter ces dispositifs à La Réole, le 23 novembre aux élus et professionnels du nord de l'Aquitaine, et le 28 novembre à Bellocq (64) pour le Sud de l'Aquitaine.
Cette démarche a l'originalité d'attirer l'attention des professionnels et des élus, avant que n'intervienne la rupture entre l'offre et la demande de soin. C'est juste le moment d'anticiper.

Composée de l'Union Régionale des Caisses d'Assurances Maladie et de l'Agence Régionale d'Hospitalisation.

Joël Aubert
Joël Aubert

Crédit Photo : DR

Publié sur aqui.fr le 25/01/2007