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Culture | "Bordeaux métropole 3.0" en débat à Cenon, au Rocher de Palmer. "La ville créative" a-t-elle sa place dans la mondialisation culturelle?

(g à d) Didier Fusillier, Olivier Poivre d'Arvor, Nicolas De Travernost, Frédéric Martel.

A l'heure du web 2.0, la mondialisation menace d'uniformiser le paysage culturel. La ville européenne de demain sera créative ou ne sera pas. Frédéric Martel et Olivier Poivre d'Arvor, de France Culture, Didier Fusillier, directeur de Lille 3000 et Nicolas de Tavernost, patron de M6, débattaient dans l'auditorium high tech du Rocher de Palmer de cette révolution technologique dont personne ne connaît l'issue. Face au mainstream (courant dominant), les villes européennes cherchent des marges de manoeuvre pour protéger l'identité des territoires et la création indépendante. Face au risque d'homogénéisation, la culture doit se reposer sur ses forces vives. Voeux pieux ou volonté réelle, les projets urbains travailleront à l'avenir de concert avec la diversité culturelle. Sabrina, étudiante en Ingéniérie des projets culturels, retiendra à la fin de cette journée qu'"à la base d'une politique culturelle il y a le lien entre l'urbanité et les habitants."

 Vincent Feltesse à l'initiative de cette rencontre laisse la parole à Frédéric Martel, auteur de Mainstream. Celui-ci pose le débat. Iconoclaste, il veut casser le catéchisme culturel à la française. Remettre en cause la vision étroite de la mondialisation. En spécialiste, il explique la révolution à laquelle nous assistons. L'avènement d'une culture de masse mondialisée. L'issue incertaine : généralisation de ce que l'on vit déjà, transformation totale de la culture ou même changement de civilisation, tous les scénarios sont envisageables. Son constat actuel est le suivant : " La diversité culturelle, voilà l'idéologie de la mondialisation ! Mais en même temps, elle impose un courant dominant (mainstream) qui détruit la capacité des cultures nationales à exister les unes face aux autres." Elles regardent toutes dans la même direction. Conséquence : en Europe, les cultures nationales vont bien mais la culture commune est américaine.

Face à ces mouvements globaux, la culture peut-elle être l'affaire des villes européennes ?
Dans le rôle du méchant magnat des médias, Nicolas de Tavernost se dit favorable aux majors et aux conglomérats. Il invoque la résistance européenne contre l'ogre américain. Pour cela, il vilipende l'excès de concurrence des chaînes gratuites en France et prédit la fin de l'artisanat créatif. Selon lui, pour lutter efficacement contre les américains il faut s'inspirer du modèle américain...
Face à lui, le brillant chercheur et journaliste, Frédéric Martel, dénonce l'hypocrisie française, la critique insidieuse du modèle français ( chaînes publics, quotas sur les séries et films américains, prix unique du livre ). Selon lui, les villes peuvent devenir une interface entre le global et le local, mais à certaines conditions. Décloisonner la culture du carcan de l'art et l'élargir aux classes créatives. Rompre avec la distinction art / divertissement, cesser de protéger l'art bec et ongles et adopter une politique urbaine basée sur la diversité culturelle. Diversité. Le mot est lâché.
Olivier Poivre d'Arvor, nouveau directeur de France Culture, étrangement présenté comme "la voix de la culture française" parle en son nom, diplomate et consensuel. Selon lui, la France a de l'avance car sa culture est d'être celle des autres. "C'est la plus grande librairie du monde avec le plus de livres traduits et aussi la plus grande salle de cinéma. La culture française a connu son heure de gloire avec des noms étrangers comme Modigliani, Picasso ou Miro !"  


La CUB peut-elle devenir une métropole culturelle ?
Didier Fusiller, directeur de Lille 3000, "capitale européenne de la culture", parle de son expérience. Dans des villes comme Lille avec une agglomération de 1,3 millions d'habitants, il faut révéler les cultures. Dans les quartiers où rien ne se passe, il faut installer des détonateurs. Il insiste sur un point précis : le foncier. Selon lui, il faut de l'espace, des friches nouvelles.
Vincent Feltesse, président de la Communauté Urbaine de Bordeaux (CUB),  pose l'idée d'une métropole solidaire basée sur la créativité et la culture. Les grands évènements culturels et les équipements de qualité, comme le Rocher de Palmer où avait lieu le débat, sont à la base de la stratégie de développement des grandes métropoles européennes. Mais lorsqu'on pense à Barcelone, Lyon, Berlin ou Liverpool, on peut légitiment se demander si Bordeaux a les mêmes atouts pour jouer un rôle culturel au niveau européen. Le président de la CUB reconnaît le rayonnement ancien et la tradition ibérique, mais s'inquiète de l'insuffisance du métissage à Bordeaux. Rive gauche / Rive droite.

 

Olivier Darrioumerle

Olivier Darrioumerle
Olivier Darrioumerle

Crédit Photo : Aqui.fr

Publié sur aqui.fr le 13/10/2010