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Société | Reportage: Vu de Pologne, la foi par le foot

Euro vu de Cracovie - Supporter Polonais

En grande majorité catholiques et fervents patriotes, surtout lorsque l’honneur de la nation est en jeu sur le terrain, les supporters polonais auront sûrement beaucoup sollicité l’aide divine lors de cet Euro 2012. Pratique ridicule pour les uns, une aubaine pour les autres, les avis sont partagés au sein de l’Eglise qui n’a pas tardé cependant à saisir cette opportunité d’évangéliser les masses.

« J’ai prié à fond pour la victoire des nôtres contre les Tchèques. J’ai même trouvé une chapelle pour me recueillir à la mi-temps, avoue Karol, 23 ans, chauffeur de poids lourds. Anna, 43 ans, enseigne la catéchèse à l’école. Chaque cours se termine par une prière. « Le jour du match contre la Russie j’ai demandé à mes élèves s’ils voulaient prier pour quelque chose en particulier. Ils ont tous répondu qu’ils voulaient prier pour que la Pologne gagne. »

Que la Pologne l’emporte… Amen
L’objet de ces prières peut paraître sans importance par rapport aux préoccupations de la vie quotidienne ou des grands enjeux planétaires. Après tout, pourquoi ce bon Dieu devrait prêter une quelconque attention au foot alors qu’il a sûrement des problèmes beaucoup plus urgents à régler ? Mais les Polonais refusent de raisonner de cette façon. « Dieu, on peut tout lui demander. Il ne faut pas être sélectif dans ses intentions de prière. Pourquoi éviter de lui parler de choses qui comptent pour nous ? », souligne Karol. Et ils sont loin d’être découragés par les revers de leur équipe. « Je crois que les prières ont quand même porté leurs fruits, confirme Anna, 23 ans, étudiante en sociologie. Pour la première fois depuis des années on arrive à ne pas se retrouver éliminés dès le deuxième match. »

L’Euro parfait pour évangéliser
Une conviction et un état d’esprit qui arrangent l’Eglise catholique en Pologne. L’Euro 2012 est devenu pour elle l’occasion rêvée de mettre en place une opération « séduction » auprès de ceux qu’elle ne voyait plus ou pas du tout à la messe du dimanche. Pour ce faire, l’Eglise est descendue dans la rue. Au programme : concerts et évangélisation destinés d’ailleurs aussi aux étrangers. « On avait des chansons en anglais et espagnol. Pour interpeller les gens on portait des t-shirts portant l’inscription en polonais et en anglais : « c’est qui pour toi Jésus ?, raconte Wojciech Kruk, vice-président du conseil de l’Ecole de la Nouvelle Evangélisation de Gdansk. Des évènements comme l’Euro sont très propices pour ce genre d’actions. Il y a plus de monde dans les rues, les gens sont plus ouverts et réceptifs à nos messages. C’est un bon moment pour parler de Dieu. Parler de lui non plus à l’intérieur d’une église mais en allant directement à la rencontre de l’autre. »

L’accueil des passants et touristes aura pu être parfois mitigé mais M. Kruk affiche beaucoup d’optimiste quant à l’efficacité de l’opération. « Ce qu’on veut transmettre aux gens c’est une joie de vivre. On n’est pas obligés de leur parler de Dieu, mais il suffit qu’ils nous voient danser, chanter, s’amuser et pleins d’enthousiasme, pour que ça leur donne peut-être envie de le partager et en savoir d’avantage. Si ça arrive c’est déjà un gros succès. »

« Le Seigneur te veut dans sa Ligue des Champions »
L’Euro 2012 oblige, le foot était omniprésent dans les multiples initiatives d’évangélisation. Le traditionnel festival des « catholiques dans la rue », lancé le jour même du match d’ouverture de l’euro, a pris des airs de festin pour les mordus de foot. Entre deux concerts de groupes de rock, pop ou reggae et des tubes tournant autour de la foi, le public pouvait écouter les témoignages de footballeurs et entraîneurs sur l’importance de Dieu dans leur vie. Le public a aussi été invité à danser un flash mob sur « Waka waka » de Shakira. Enfin, pour clôturer la journée, l’Archevêque de Gdansk a envoyé un ballon vers la foule d’une bonne frappe du pied droit.

Les jeunes évangélistes n’ont pas non plus manqué de se servir des références et du vocabulaire footballistique pour faire passer leur message. « Joue en première division de la vie », c’était leur slogan lors de cet Euro. « Une métaphore pour dire que chacun a la possibilité de se rapprocher de Dieu et de la vie éternelle. Il faut juste avoir la volonté, explique Wojciech Kruk. Parce que Jésus c’est comme le meilleur entraîneur du monde. Il offre les moyens nécessaires à ses joueurs (les fidèles) pour qu’ils évoluent tous dans sa Ligue des champions. »

Le foot là-haut ? Rien à foutre
Loin des festivités footballistiques de Gdansk et d’autres villes hôtes, le célèbre sanctuaire de Czestochowa, capitale religieuse du pays, affiche une ambiance de recueillement même si les visites de touristes et pèlerins ne manquent pas en ce début de saison estivale. Le père Roman Majewski, prieur de l’ordre des moines Paulins installé dans le sanctuaire depuis sa fondation (XIVe siècle), appelle à ne pas immiscer le foot aux affaires du Seigneur. « Pour quelqu’un qui croit vraiment en Dieu, le foot revêt une importance secondaire, voire encore moindre. Il est sûr que pour pas mal de personnes c’est une vraie passion, un métier. Ça occupe leurs pensées, ils vivent de ça. Mais est-ce que ces gens là pensent à aller embêter Dieu pour lui demander que leur équipe gagne ? »

Le père Majewski demeure très dubitatif sur l’intérêt de prier pour la victoire dans le sport. « Si l’on analyse le sport en profondeur, je ne suis pas sûr qu’il vaille la peine d’y mêler Dieu. Mais si l’on traite le sport de manière plus superficielle, on peut prier pour tout à ce moment là. Les gens prient pour avoir plus d’argent, plus de bonheur, une bonne épouse, un bon mariage, puis un bon divorce. Mais est-ce que le Seigneur exauce leurs souhaits ? Il faudrait plus tôt se demander si c’est une prière qu’on devrait vraiment lui formuler. »

Mais pour beaucoup de supporters polonais elle représente souvent le seul espoir face aux piteuses performances de la sélection. Après tout, ça ne coûte rien.

Piotr CZARZASTY
Piotr CZARZASTY

Crédit Photo : Piotr CZARZASTY

Publié sur aqui.fr le 02/07/2012