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Culture | Entre les lignes: "Les 301 marches de Cordouan, ma vie de gardien de phare" de Jean-Paul Eymond.

Les 301 marches de Cordouan, éditions Sus Ouest 2012

Pour entrer de belle façon dans la lumière blonde de l’Automne, Aqui vous propose cette semaine un beau témoignage : celui du médocain Jean−Paul Eymond, parachuté par la vie et ses aléas à la vigie du « Versailles des mers », le phare de Cordouan, dont il fut l’un des derniers gardiens. Une vie entre deux mondes, deux époques aussi. Quand la modernité risque de balayer le poids, somme toute bien fragile, de l’Histoire et de la tradition, la parole éclairante d’un homme, en relais de beaucoup d’autres, combat la nuit de l’oubli et de la déshérence.

Rien ne prédestinait le terrien Jean−Paul Eymond a devenir gardien de phare, écrit−il en préambule. Et pourtant, né en Médoc, entre estuaire et océan, n’avait−il pas en lui la sensibilité de celui qui a grandi sur « la terre du milieu », refuge de terre ferme entre lumière et vent du large ? Aussi, lorsqu’un accident le contraint à abandonner son métier de maçon, il le met peut−être bien aussi face à son vrai destin, celui d’entretenir un chef d’œuvre de pierre au milieu de la mer, celui de préserver les marins du péril des naufrages, celui de montrer le chemin…  

«  C’est toi le phare de Cordouan, Qui ouvre les portes de l’océan, C’est toi le phare de Cordouan, Et vive le vent et roule le temps » lui écrit  Jean−Noël Devaud, dit « Boubou » dans une chanson composée pour les 400 ans du phare. Gardien du phare, gardien du temple. A lire le témoignage –  vraiment passionnant -  de Jean−Paul Eymond on comprend qu’il a fallu du courage pour trouver son équilibre au milieu des caprices de la mer, pour apprendre à survivre loin des siens, en équilibre incertain  entre amour et haine envers ce fier compagnon de solitude. On ressent malgré tout la passion, que Jean−Paul a su cultiver de recherches sur l’histoire de « son » phare et des hommes que celui−ci a envoûtés depuis des siècles ; passion qu’il a su également transmettre aux nombreux visiteurs venus braver les flots pour entamer la montée des 301 marches du phare vers le ciel. Quasi jumeau de sa tour des lumières qui guide dans le noir, Jean−Paul Eymond s’est fait guide pour les amoureux de cette Notre Dame des mers, classée Monument Historique en 1862, la même année que Notre Dame de Paris.

Cordouan est un cœur. Le cœur des hommes perdus au milieu de l’Océan qui bat au rythme de ses faisceaux de lumière. Jean−Paul Eymond est le cœur de Cordouan. Terrien devenu guerrier des mers, rempart contre l’oubli et son travail de sape.  Son témoignage, comme celui des derniers gardiens de phare, est précieux, car il met en lumière la nécessité de conserver un patrimoine, vigie des temps qui ne sont plus mais qui, imprimés dans la mémoire des hommes, éclaire une partie de leur chemin à venir.

Anne DUPREZ

 

"Les 301 marches de Cordouan, ma vie de gardien de phare" Jean-Paul Eymond, avec la collaboration de Virginie Lydie, éditions Sud Ouest 2012.

A redécouvrir aussi: "Passeport pour Cordouan" de Jean-Pierre Alaux, éditions Elytis 2011.

 

Anne Duprez
Anne Duprez

Crédit Photo : Editions Sud Ouest

Publié sur aqui.fr le 30/09/2012