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Culture | Entre les Lignes: La carapace de la tortue, Marie-laure Hubert Nasser.

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Sans sa carapace la tortue n’est rien. C’est d’elle qu’elle tire sa protection, c’est elle qui signe son identité. Sans sa carapace de graisse, Clotilde n’est rien. Sans grâce ni angle, sans même un reflet ami dans le miroir depuis l’âge de 6 ans, Clotilde avance à tâtons dans l’existence, rompant les amarres avec sa famille, et appréhendant le monde aux deux sens du terme, en se cognant dedans comme une boule de flipper. Cette disgrâce pour Clotilde, malgré tout, c’est son identité. C’est ainsi qu’elle se présente aux autres, en retrait d’elle−même, là où elle loge ses secrets, sa richesse, que d’aucuns sont contraints d’aller chercher. La carapace pour la tortue c’est aussi sa maison. Clotilde va s’en réinventer une nouvelle, au 7 de la rue Ferrère à Bordeaux, sa ville natale, où elle revient quand l’histoire commence…

Au départ, il faut l'avouer, et la couverture où s'alignent en couleurs d'appétissants macarons y est aussi pour quelque chose, on se croit un peu face à un remake d'"Ensemble c'est tout". Une fille paumée qui débarque dans une maison immense, où elle va rencontrer autant de personnages atypiques qui vont finalement enjoliver son existence en construisant autour d'elle un univers chatoyant de bons sentiments. Au fil de la lecture, pas du tout: l'affaire est plus complexe! Dans cet immeuble où atterrit Clotilde, ex bordelaise en fuite des brimades et mésamours de ses parents et partie se perdre à Paris, règne "La Vilaine", la propriétaire faussement acariâtre, qui n'est autre que sa tante. Cette Vilaine là tire les ficelles  et tisse autour d'elle une toile faite pour la distraire de la solitude que lui impose son poids imposant. Thérèse, femme d'un certain âge et au poids certain, reine mère ou poulpe c'est selon, préfigure le destin de "sa petite", Clotilde, chenille en surpoids prête à devenir papillon. Dit comme ça, ça paraît simpliste, pas du tout. « La carapace de la tortue » décrypte les fêlures de tout un chacun réuni dans une galerie de portraits déclinés en paliers d’appartement. D’étage en étage on navigue dans le cœur, blessé ou conquérant, de chacun des locataires, dont chacun, à sa façon et parfois malgré lui, révèle un pan de la personnalité cachée de Clotilde. Peu de gens savent à quoi ressemble une tortue sans sa carapace. On devine ici la force nécessaire pour faire de cette lourdeur  de tank, peu propice aux câlins, une source de belle énergie.

Marie−Laure Hubert Nasser qui a fait carrière dans la communication politique connaît bien les rouages qui prévalent aux relations humaines mais aussi sans doute aux faux semblants. Elle construit ici son premier roman comme un jeu de miroirs où le regard de l’autre peut tour à tour détruire ou édifier. Clotilde se reconstruit dans l’immeuble bourgeois de sa tante Thérèse, où n’est pas « bourge » qui l’on croit.  Cet immeuble, qu’on imagine peut−être encore noirci des fumées du port ou de la pollution (la rue Ferrère, à Bordeaux, n’est pas encore la plus lumineuse…), recèle les désirs, les rancœurs et les élans du cœur d’une vie en concentré. Thérèse en est la reine et la prisonnière, Clotilde va apprendre à s’en échapper, et traversera la rue comme on traverse le monde.

Non, « ensemble » ce n’est pas tout ! Encore faut−il apprendre à marcher seul et connaître, pour ça, sa vraie richesse intérieure, accepter de s’en faire un appui pour avancer. Qu’importe que ce chemin soit chaotique et plus lent qu’à l’accoutumée. D’ailleurs dans la fable, n’est−ce pas la tortue, face au lièvre, qui est victorieuse ?  Que sa gloire d’alors rejaillisse sur tous ceux qui, défaitistes de nature, ont baissé ou baisseront les armes. Tout peut toujours, et à tout moment, arriver. Même le vol gracieux d’un albatros à col noir au dessus de la Garonne blonde. Comprenne qui lira… et, foi d’Aqui, qui lira aimera.
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Anne Duprez
Anne Duprez

Crédit Photo : Editions Passiflore

Publié sur aqui.fr le 16/12/2013