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Culture | Entre les Lignes: Un divertissement, Jean-Louis Bailly.

Un divertissement, Jean Louis Bailly

Quoi de mieux qu’une nouvelle maison d’édition pour célébrer une nouvelle année ? Louise Bottu est née il y a peu, à la fin de 2013, et nous offre à lire « Un divertissement », roman de Jean-Louis Bailly. Alors que l’été commence à vider les salles de classe, Pierre Helmont, prof de Français, s’apprête à faire passer le bac à quelques dizaines de lycéens fébriles. Comme chaque année… sauf que cette année là, si l’épreuve est un vertige pour beaucoup, elle apparaît comme une bouée de sauvetage à Pierre, père dévasté par la mort de sa fille, Lorraine. « Plongée indiscrète dans les coulisses du bac » résume la quatrième de couverture. Plongée indiscrète, surtout, dans la douleur d’un homme, dont l’activité ritualisée de professeur examinateur sauve un temps des abîmes de la désespérance. « Un divertissement » au sens Pascalien du mot…

Posée ainsi, l’histoire pourrait donner à penser à une épreuve aussi pour le lecteur, un drame lourd, insupportable. Il n’en est rien : c’est magistralement écrit, terriblement juste, sans pathos. Une écriture sans fioritures pour dire la lourdeur de la dérive d’un père désorienté par le choix du destin de sa fille. Jean-Louis Bailly parvient à un double divertissement : construire celui de Pierre, tout en tissant le notre, en parvenant à nous faire oublier, en l’espace de quelques phrases, le drame qui ronge Pierre. A l’image de l’échange qui se crée entre celui-ci et chacun des candidats qui se présentent face à lui, et dont chacun, ou chacune, colore sa peine d’une gamme de sentiments fugitifs et souvent contradictoires, Jean-Louis Bailly nous invite dans la danse des joies et renoncements, des anesthésies fugaces du cœur aux fulgurantes déchirures qui soudain se réveillent. Parce qu’on est tous à la fois des êtres agissant et des êtres souffrants et parfois agissant de travers. Pour qui soudain la souffrance est une clairvoyance contre les  impostures.

Lorraine n’était pas celle que rêvaient ses parents, et brûlait sa jeunesse dans des jeux interdits. Pierre, lui-même, ne s’est-il pas fourvoyé dans un mariage d’apparence, où l’amour résiste mal aux détresses indicibles ? Et, se croyant droit, honnête et père responsable, n’a-t-il pas précipité sa propre fille dans le vide ? De celui dont on ne revient plus. Cet été là, l’épreuve du bac est à l’épreuve des sentiments. De ceux qui font un homme, avec ses envolées et ses doutes, avec ses certitudes et ses blessures muettes, avec ses colères et son désarroi. « Un divertissement » place le lecteur devant lui-même, face à ses propres impostures, apaise aussi, autant que cela puissse être possible, la lancinante brûlure de celui dont la vie a dérapé, en offrant, dans le miroir, les multiples facettes de l’humain qui s’engage sur une route dont il ne pourra jamais éprouver tous les possibles. Les bons comme les mauvais.   
Voir aussi : www.louisebottu.com

Anne Duprez
Anne Duprez

Crédit Photo : Louise Bottu

Publié sur aqui.fr le 06/01/2014