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Environnement | Recul du littoral aquitain, l'Etat appelé à l'aide

La plage centrale à Lacanau interdite au public pour des raisons de sécurité et de travaux suite à la forte houle du début du mois de janvier 2014

Sur le littoral aquitain, de nombreuses collectivités pansent les plaies subies pas leur front de mer suite aux fortes vagues et marées du début du mois. Des mesures qui s'imposent d'autant plus que de nouvelles houles, en février et mars, pourraient bien empirer les choses. Ce 23 janvier, Alain Rousset, Président du Conseil régional d'Aquitaine et Renaud Lagrave, son vice-président au tourisme et Président du GIP Littoral Aquitain, étaient à Lacanau pour constater les dégâts et appeler l'Etat à participer à court, moyen et long termes pour indemniser et permettre des mesures d'anticipation d'un phénomène d'érosion-submersion de plus en plus menaçant sur le littoral aquitain.

L'érosion et la submersion du trait de côte n'est pas un phénomène nouveau sur le littoral. Mais, des épisodes ravageurs tels que les ont récemment connus des communes comme Soulac, Lacanau ou Mimizan, rappellent à tous que cette érosion, est de plus en plus menaçante pour l'activité humaine.
En quelques jours, Lacanau a enregistré 5 m de recul de ses plages, d'autres collectivités notant un recul allant jusqu'à 10 m. Le phénomène étant récurrent, ce sont, pour l'ensemble du littoral Aquitain, plus de 1500 ha qui sont menacés de disparaître à l'horizon 2020. Une perte à fort enjeu en terme de zones d'habitats, d'activités économiques mais aussi de tourisme souligne Renaud Lagrave.

Voir l'Etat mettre la main à la poche

Alain Rousset et Renaud Lagrave constatant les dégâts causés par la houle et les fortes marée du début d'année 2014

S'il n'est pas question dans l'esprit des élus «d'affronter l'océan», si ce n'est par un combat perdu d'avance, des mesures, tout de même, peuvent être prises. Dans un premier temps, des mesures d'urgence pour remettre en ordre les dégâts causés par l'océan. Il s'agit, non seulement de la sécurité immédiate des personnes, mais aussi d'être prêt à recevoir une autre marée, humaine cette fois, lors la saison estivale.
Alain Rousset liste notamment «la plantation ou replantation des dunes, le ré-ensablement des plages, le renforcement de barrières rocheuses, et pourquoi pas mener certaines expérimentations contribuant à une meilleure résistance des bords de plages.»
Autant de travaux, pour lesquels les élus souhaitent fortement voir l'Etat mettre la main à la poche. La Région encourage donc les communes à s'inscrire au régime de catastrophe naturelle, afin de tenter d'obtenir des indemnisations pour les habitants.

Imbroglios juridiques«Mais, sur la côte sableuse, contrairement à la côte rocheuse, il n'y a pas d'obligation juridique pour l'Etat d'intervenir» précise Alain Rousset. «Il est donc urgent et nécessaire qu'il y ait un réel travail parlementaire là dessus!». De même, le fonds Barnier créé suite à la tempête Xynthia, pour la remise en état des ouvrages et équipements dégradés suite à des tempêtes, pose aussi problème en raison du même frein de «côte sableuse».
Des imbroglios juridiques, derrière lesquels l'Etat ne doit pour autant pas se défausser, considèrent unanimement les élus. «La solidarité nationale doit jouer au profit des communes dont le front de mer est dégradé!» répète à l'envie Alain Rousset. Une conviction justifiée par le coût non encore totalement défini des travaux à mener, mais que l'on pressent particulièrement élevé.

"Prêts et déterminés à aller plus loin"Une position également soutenue par Renaud Lagrave, lequel souligne par ailleurs l'avance de la Région Aquitaine sur la question de l'érosion. Au travers du GIP, et son travail de co-construction avec les collectivités, «l'Aquitaine est la première à avoir mis en place une stratégie régionale sur l'érosion du trait de côte». Une stratégie déclinée en 7 stratégies locales, comme autant de projets de territoires basés sur différents scénarios à l'horizon 2040 et définissant des solutions adaptées à chacun d'eux.

«Aujourd'hui nous sommes prêts et déterminés à aller plus loin, à faire des expérimentations notamment sur la relocalisation des activités. Il faut qu'on nous donne les moyens de continuer ce travail d'anticipation!», gronde Renaud Lagrave à l'adresse de l'Etat.
Mais là encore, les barrières juridiques sont nombreuses, à commencer par l'absence de prise en compte de l'érosion dans la loi littorale et l'impossibilité qu'elle pose de procéder à ces relocalisations. Si dans l'idéal il faudrait une modification de la loi, celle-ci laisse tout de même «des outils qui pourraient permettre des expérimentations. A condition que l'Etat accepte de travailler avec nous main dans la main», souligne une dernière fois le Président du GIP littoral Aquitaine.

Pelleteuse sur la plage centrale de Lacanau ré-ensablent et consolident la plage

Solène Méric
Solène Méric

Crédit Photo : Aqui.fr

Publié sur aqui.fr le 24/01/2014