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Edito | Bordeaux: le difficile challenge de Vincent Feltesse face à Alain Juppé

C'est un sacré challenge de porter les couleurs du parti socialiste dans une élection municipale par les temps qui courent...Vincent Feltesse qui n'a pas craint de s'attaquer à Alain Juppé à Bordeaux en sait quelque chose. Même si un sondage ne peut, par définition, recréer les conditions de l'élection en vraie nature il a le mérite de situer un rapport de forces et une tendance. Or, d'un sondage à l'autre, le score de l'actuel président de la Communauté urbaine de Bordeaux reste à un niveau qui ne lui autorise même pas de figurer au second tour.

Alain Juppé qui ne varie pas d'un pouce dans le choix qu'il a fait, de longue date, de mener une campagne de terrain en retire déjà les bienfaits, servi de surcroît par une popularité nationale exceptionnelle et l'image d'une ville renouvelée qu'il n'est pas aisé de trouver "ringarde". On  peut être surpris, d'ailleurs, que les thèmes de campagne de l'équipe de Vincent Feltesse se soient hasardés à proposer de la ville, à commencer par la culture, une vision en tel décalage avec l'amour propre des bordelais eux-mêmes, électeurs de gauche y compris. On peut l'être d'autant plus que Bordeaux doit beaucoup aussi de son renouveau à la politique de consensus, à laquelle la gauche et Vincent Feltesse lui-même ont pleinement participé....

Il reste que le contexte national pèse lourd, très lourd aujourd'hui sur un candidat de gauche, fût-il jeune et dynamique. Or, Vincent Feltesse qui a fait le choix de se construire un profil d'homme politique proche de François Hollande et implanté dans les cercles du pouvoir pâtit, nécessairement, auprès de l'électorat de gauche, de l'effondrement de la popularité du président et de sa volonté de recentrage. Qu'à Bordeaux, le dernier sondage connu (1) accorde, au total, 10 points au candidat du Front de Gauche Vincent Maurin et du NPA Philippe Poutou, est révélateur de la distance d'une partie de l'électorat populaire à l'égard du candidat du PS. Dans les villes dont les maires sortants sont socialistes, comme à Strasbourg ou Toulouse, les sondages sont beaucoup moins défavorables, ce qui confirme une constante de l'élection municipale: l'électeur au bout de six ans, sait faire la part des choses et arbitrer entre son appréciation du bilan du maire et sa couleur politique. Dans ces deux villes la mobilisation des électeurs de gauche sera déterminante, dès le premier tour et absolument cruciale dans la ligne droite du second tour. A Bordeaux dont le maire est apprécié bien au-delà des familles politiques de la droite et du centre, le PS, à cinq semaines de l'élection, est face à cette équation redoutable - comment mobiliser ?- qu'il n'est pas facile de résoudre, même en rappelant que la ville n'a pas connu de maire de gauche depuis la Libération...

Ailleurs, en Aquitaine, où trois sortants notoires ont décidé d'arrêter, l'élection est beaucoup plus ouverte qu'à Bordeaux. Elle l'est, par exemple, à Bayonne où Jean Grenet avait perpétué l'héritage paternel et où la gauche cherche à jouer à la maison, entre soi; elle l'est, à Biarritz, où personne ne peut vraiment se réclamer de Didier Borotra; elle l'est à Pau où, à la suite de Martine Lignières-Cassou, David Habib, député socialiste, après avoir quitté son fief de Mourenx, a du mal à s'imposer face à un François Bayrou requinqué par son alliance avec l'UMP.

1. sondage IFOP pour Sud Ouest, France Bleu Gironde et TV7Bordeaux

 

 

Joël Aubert
Joël Aubert

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Publié sur aqui.fr le 16/02/2014