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Société | Quand l'allongement de la durée de la vie donne un coup de vieux au système de santé français

Conférence "Aquifestive" avec Bernard Jouannaud, président des Amis d'Aqui et Solange Ménival, Vice présidente du Conseil régional d'Aquitaine en charge de la santé et des formations sanitaires et sociales

Ce samedi 8 mars, l'association "Les Amis d’Aqui!" a organisé en partenariat avec l’ALIMSO, l'Association des Lecteurs, Internautes et Mobinautes de Sud Ouest, leur première «Aquifestive» de l'année au Rocher de Palmer à Cenon. Le temps d'une rencontre avec Solange Ménival, Vice Présidente du Conseil régional d'Aquitaine en charge de la santé et des formations sanitaires et sociales, les participants ont ainsi pu dialoguer avec elle sur la thématique annoncée de «l'allongement de la durée de vie, une formidable opportunité comme autant d'enjeux économiques et culturels». Une rencontre riche en réflexions et en échanges sur les incidences et les évolutions nécessaires d'un système de santé à la française qui lui même a pris un sacré coup de vieux face aux nouveaux enjeux que porte l'allongement de la durée de vie de la population.

Le système de santé français, tel qu'il existe, a été conçu en 1945. Or depuis, «l'espérance de vie s'est allongée de 40%» chiffre Solange Ménival. Le temps aidant, le système doit désormais faire face à quatre ruptures importantes liste-t-elle. Une démographie au profil bien différent de celui qui existait au sortir de la guerre, une rupture économique qui ne permet plus de financer le système tel quel, une rupture épidémiologique, qui consiste désormais bien davantage en la gestion des maladies chroniques qu'en la fourniture de soins d'urgence et, enfin, une rupture territoriale avec une crispation forte sur les territoires notamment ruraux, et une déprise des professionnels de santé sur ces territoires.

A ces ruptures s'ajoutent de grandes évolutions à prendre en compte : le soin « par période de vie », un plus grand brassage des populations lié à la mobilité, et enfin la révolution technologique liée à internet et aux données numériques.

Vers une réorganisation territoriale du système de santéAutant de vecteurs de changement qui mettent à mal le (trop) «vieux» système de soin français, «ce système qui s'est voulu égalitaire et pensé par le haut au nom de cette égalité, devient un système inégalitaire car le monde a changé, et qu'il n'a justement pas su s'y adapter». Or désormais, il y a urgence à repenser ce système dans son organisation si l'on souhaite parvenir à garder les valeurs qu'il porte. Pour ce faire, Solange Ménival - tout autant que l'Organisation Mondiale de la Santé - préconise une réorganisation territoriale du système de santé.
Une organisation territoriale que la France est le seul pays en Europe à ne pas avoir mis en œuvre. Nous sommes aussi le pays d'Europe qui affiche le taux de mortalité précoce, en lien avec les maladies chroniques, le plus important. De là a y voir un lien de cause à effet, Solange Ménival n'hésite pas à franchir le pas. Elle ajoute à cela la nécessité d'une réponse aux nouveaux besoins, autrement dit ne plus se contenter «d'un système uniquement basé sur les généralistes et les hôpitaux, mais qui fasse le lien pour gagner en terme de maladies chroniques. De la même manière, dans notre système libéral, c'est le patient qui va vers son médecin, or les pays qui affichent les meilleures chiffres sur l'espérance de vie, sont ceux où c'est le système qui va vers le patient, en s'adaptant à son âge et à son territoire», souligne l'élue.
Révolution culturelleSur la régionalisation du système de santé, la feuille de route fixée au niveau national demande également un rôle accru des Agences Régionales de Santé, avec l'aide des Conseils régionaux pour aider à développer les nouvelles technologies et l'animation de leur prise en main par les acteurs du territoire. De nouvelles technologies, facteurs de communication et d'échange d'informations entre professionnels, mais aussi de meilleurs suivis des patients.
En Aquitaine l'élue régionale, souligne la volonté du Conseil régional de faire de la région une collectivité "préfiguratrice" de ces nouvelles organisations, et met en avant plusieurs initiatives prises dans ce sens. Parmi elles, la décision de rejoindre le consortium «Life KIC» au côté de l'Euskadi et pouvoir prétendre à l'appel à projet européen sur la thématique de l'âge et de la santé. Autre actualité, la désignation de l'Aquitaine comme région de la "silver économie" ou encore le programme de "territoire de soins numérique" mené avec l'ARS autour de Mont-de-Marsan et de l'Hôpital Layné, qui est le plus avancé d'Aquitaine en la matière. Autant dire une manne pour les entreprises régionales.
Pour autant, au delà des volontés politiques, c'est une véritable révolution culturelle qui doit s'opérer tant auprès des médecins que des patients, souligne Solange Ménival. «Il faut mettre en avant les soins primaires, or il y a pour l'heure une impossibilité culturelle de comprendre qu'être bien soigné ce n'est pas avoir les meilleurs technologies, mais c'est d'être accompagné au quotidien. Nous avons de fortes représentations à combattre sur ce que peut être un soin efficace et pourtant plus économique.» Il faudra pourtant bien en passer par là pour réussir la transition d'un système à un autre, plus économe, plus efficace, bref, plus jeune.

Voir le reportage photo d'Andrea Schmitz sur son blog

Solène Méric
Solène Méric

Crédit Photo : Aqui.fr

Publié sur aqui.fr le 11/03/2014