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Société | Vu de Bradford : « une ville multiculturelle dont la France pourrait s'inspirer »

Une église, une mosquée et des usines, dans le quartier de la synagogue

Une tasse de thé, quelques biscuits et un portrait de la reine, l'anglais Khadim Hussain relie ses fiches dans un riche bâtiment du centre-ville de Bradford, au nord de l'Angleterre. Sur son bureau, un éléphant et une bible, symbole d'une cité multiconfessionnelle. Khadim, lui, est musulman d'origines sud-asiatiques, comme un cinquième de la population ici. Né dans le Cachemire Pakistanais d'une famille de marins, il est arrivé en Angleterre à l'âge de 7 ans. « Nous avons rejoint mon oncle qui était installé depuis 1935 ». Après des études d'ingénieur, de management, et une success story dans le privé, ce travailleur acharné gravit les échelons et finit par se faire un nom. En 2004, ses amis le poussent vers la politique.

Le maire Khadim Hussain dans son bureauAujourd'hui, Khadim est maire de Bradford : un demi million d'habitants et 130 langues parlées. « Je n'en suis pas arrivé là pour l'argent, mais pour servir, explique t-il. Je pensais pouvoir apporter un message d'espoir à la ville ». Et de l'espoir, cette ville en a eu pour son compte : au début du XIXe siècle, elle est la troisième cité la plus riche de la planète. Son industrie textile florissante attire les migrants du monde entier, des Allemands, des Irlandais et, plus récemment, des Pakistanais, à qui Bradford doit le surnom de « Bradistan ».
« Cette diversité et cette envie de cohésion ont toujours fait notre force, raconte Khadim Hussain. Ici, tout le monde peut réussir, à condition de s'intégrer. J'en suis la preuve ».
Il est le cinquième maire musulman de l'Histoire de la ville.  

« Les gens ont compris que l'extrême-droite n'avait que la haine à proposer »
Pourtant, en 2001, le Bradford's dream manque de s'effondrer. Des émeutes raciales confrontant des groupuscules néo-nazis à la minorité sud-asiatique ébranlent les habitants : 300 policiers sont blessés et 297 manifestants arrêtés. « Aujourd'hui, tout cela est derrière nous, affirme Khadim Hussain. Les gens ont compris que l'extrême-droite n'avait que la haine à proposer et que l'on était plus fort ensemble que divisé. La France et le monde entier pourraient s'inspirer de ce qui se passe ici... ». 
Ce principe de vivre ensemble, la petite communauté juive de Bradford l'a vécu comme un conte de fée. En Décembre dernier, alors que leur synagogue menaçait de tomber en ruines, le conseil des mosquées de la ville et de nombreux musulmans leur sont venus en aide, pour collecter des fonds, et sauver le bâtiment vieux de 134 ans. « C'est une immense fierté de pouvoir faire autant de bien les uns pour les autres ! », s'émeut Rudi Leavor, président de la synagogue. Il y a peine une semaine encore, chrétiens, juifs et musulmans se retrouvaient pour une matinée de rencontres dans leurs différents lieux de culte.

Nicolas à la fac de BradfordLes pubs côtoient les "curry houses"

« C'est vrai qu'on sent ici une grande unité entre les gens », confie Nicolas, Toulousain de 21 ans. « Quand je suis arrivé à la fac avec mes grosses bottes de frenchies, la présence assumée de la religion m'avait un peu choqué. Pourtant, on s'adapte facilement et c'est une très bonne expérience ».
Et comprendra aisément Nicolas qui se balade dans les rues de Bradford. La ville est tentaculaire, elle n'est pas spécialement belle, mais elle a une vie : c'est celle des pubs irlandais, des bars à chicha, des "curry houses", des fish'n chips et, des cheminées d'usines, qui semblent moquer le clocher des églises et le sommet des minarets.

Maxence Peigné
Maxence Peigné

Crédit Photo : Aqui.fr

Publié sur aqui.fr le 14/03/2014