Culture | Arte Flamenco : le cinéma aussi entre dans la danse !
03/07/2012 | Projeté au cinéma Le Royal à Mont-de-Marsan, dans le cadre du Festival,« El Cante Bueno duele » nous offre un voyage au cœur des racines du flamenco de Jerez.
En Andalousie, Jerez la Frontera est le berceau ancestral du flamenco gitan et des grandes familles d’artistes flamencos. C’est donc là que Martjin Van Beenen et Ernestina Van De Noort ont choisi de poser leur caméra pour retourner aux sources du flamenco, guidées dans leur recherche par le légendaire guitariste Manuel Moreno Jonquero. Décédé en 2011, quelques temps après le tournage, le reportage est donc à la fois une plongée dans l’univers du « jondo puro » tout autant qu’un hommage appuyé au talent et à l’énergie de celui que sur scène on appelait « Moraito chico ». Une richesse, à découvrir durant Arte Flamenco.
« El Cante Bueno Duele ». Le bon chant fait souffrir. Voilà, en quelques mots et en un titre, comment résumer le pourquoi et le comment du flamenco gitan; ce cante jondo, qui vient des profondeurs de l’âme de celui qui l’interprète. Suivant les pas de Manuel Moreno Jonquero et de son oncle Manuel Morao, les co-réalisatrices reviennent durant un peu moins d’une heure sur les racines de ce flamenco ancestral. Des racines auxquelles Manuel Morao, le patriarche de la famille Moreno, tient à ce qu’elles soient plus que conservées, chéries par sa descendance. « Si la nouvelle génération perd ses racines, elle perd tout », le ton est grave et ferme, presque prophétique. Quand on parle racines à Jerez on pense à « la sublime et douloureuse substance sur laquelle repose le flamenco », mais on pense aussi au moins autant à la famille. Celle sans qui depuis des générations et des générations, le chant et la musique gitane n'auraient pu continuer à vivre, survivre et évoluer jusqu’ici…
Habitée par son cante
S’il est beaucoup question de douleur ou de rage, la fête n’est jamais vraiment loin non plus. Elle est évoquée par Maria Bala, une des dernières cantaora détentrice de l’ancien « cante jondo ». Elle évoque de lointaines scènes de fêtes nocturnes après les travaux des champs. « On inventait même de faux mariages pour trouver une raison de faire la fête ! » se rappelle-t-elle. Plus que dans les souvenirs, la fête traditionnelle gitane jaillit aussi à l’écran, pleine de chants et de danses, lors d’une réunion entre amis dans un café de Jerez.
Enfin, ce film c’est aussi simplement l’occasion de beaux moments de flamenco et d’émotions, dans la perfection des airs de guitare du regretté Moraito Chico ou encore, toujours sur ses notes, dans le chant improvisé d’une Maria Bala pourtant fatiguée, mais habitée par son cante. Et s’il était là le secret du jondo ? Dans l’incarnation réciproque du chant dans les hommes et des hommes dans leur chant…
Prochaine projection : jeudi 5 juillet à 17h30

Solène Meric
Crédit Photo : Aqui.fr












