Culture | Cinéma: "Camille redouble" avec mention
27/09/2012 | Gros succès au box-office, "Camille redouble" de et avec Noémie Lvovsky est LE film à voir en ce moment.
Camille, la quarantaine passée, n'est pas très en forme. Pour dire les choses autrement et peut-être plus efficacement, elle doit être à 9,5/10 sur l'échelle de Richter de la dépression. Un mari qui la quitte, une carrière d'actrice en stand-by, un penchant peu modéré pour la bouteille, bref, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Suite à un réveillon du Nouvel An déguisé et très alcoolisé, Camille s'évanouit et se réveille dans un lit d'hôpital au beau milieu des années 80, soit 25 ans plus tôt. Voici donc en quelques mots le pari un peu fou de Noémie Lvovsky, réalisatrice et interprète principale de ce film singulier. Pari (très) réussi.
C'est la surprise cinématographique de cette rentrée; Numéro 1 au box-office, encensé par la critique et par les spectateurs, Camille redouble passe haut la main l'exercie parfois cruel de la sortie en salle. Noémie Lvovsky réussit en effet un très beau voyage dans le temps, aussi drôle qu'émouvant. Elle n'en est pas vraiment à son coup d'essai en matière de réussites: qu'il s'agisse de réalisation (en 2007, son Faut que ça danse! avait déjà fait mouche avec un Jean-Pierre Marielle déchaîné) ou d'interpétation (formidable mère névrosée dans les Beaux Gosses de Riad Sattouf), elle passe rarement inaperçue. Vous l'aurez compris donc, Camille non plus ne passe pas inaperçue. Look de punkette so eighties et musique de circonstance dans le sacro-saint baladeur jaune, Bananarama et les 99 Luftballons de Nena en tête, ça se remarque. Surtout quand on a une quarantaine d'années et qu'on est la seule à le savoir. On s'y perd? Tant mieux.
Quand le temps qui passe se rappelle à notre bon souvenir...A première vue, le scénario de ce film est plutôt plaisant. C'est le cas, on rit beaucoup, c'est parfois très drôle. La téléportation onirique de Camille 40 ans dans la vie de Camille 16 ans est source de situations assez rocambolesques : la tête ébahie de Camille à l'hôpital au moment où ses parents (qu'elle croit morts) viennent la chercher suite à son réveillon sur-alcoolisé; la rencontre avec Eric, son ex, malmené par son futur lui. Mais ce n'est pas là le seul effet de ce film, au contraire. La distanciation entre l'adolescente réincarnée et la femme adulte, abîmée par le temps et par cet avenir qu'elle connaît déjà, donne lieu à des scènes où la comédie s'égare au profit d'une douce mélancolie. La voix grave et la petite cantate de Barbara se font alors madeleine de Proust et Camille, seule consciente de ce retour dans le passé, tente d'annuler ses regrets . A noter enfin, un casting sans faute avec une mention toute particulière à la toujours excellente Yolande Moreau, magnifique mère qui ne rend que plus émouvante la fameuse question, si je pouvais remonter le temps, que ferais-je?

Lise Gallitre
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