Culture | Entre les lignes: Face à Faces, dessins de Danielle Bigata.
09/01/2012 |
Danielle Bigata est sculpteur, mais aussi grande voyageuse, dessinatrice. Jean Vautrin dit d'elle, qu'il surnomme La Bigate dans un sentiment où se mêlent fraternellement respect et amitié, qu' « il y a en elle un fond de sauvagerie où sommeille une douceur secrète. ». C'est en effet de sa part sauvage que naissent ses forces de réaction, et de création. De la part indomptée d'elle−même, celle qui parfois s'évade et répond à l'appel des lointains infinis. Danielle Bigata a l'inné de l'inconnu, là où tout est encore à apprendre. « Aller vers l'inexploré ou vers l'imaginaire, c'est ce que racontent les carnets de voyage de Bigata. » C'est encore Jean Vautrin qui parle, et comme il semble si bien la connaître on le suit, yeux grands ouverts sur les portraits que La Bigate nous offre, cadeaux rapportés de ses multiples voyages, dans sa besace, sa mémoire et son coeur.
"Face à faces" se présente vraiment comme un carnet de voyage et se lit comme tel, en le tenant verticalement comme le dessinateur au moment où il s'installe afin d'entrer en communion avec celui dont il va retranscrire les traits. " Les traits"... le double sens du mot saute aux yeux. En dessinant, par ses traits de crayon sur la feuille, Danielle Bigata ne rend pas qu'une image mais aussi l'âme profonde de l'être avec qui elle tisse alors un vrai dialogue. Ses traits ont du caractère et d'abord celui de l'homme, de la femme ou de l'enfant qu'elle dessine ou qu'elle sculpte.
Son crayon trace sur la feuille le même chemin que ses pas de voyageuse infatigable. La création et le voyage relèvent tous deux de la même soif, celle de connaître, c'est à dire, littéralement, celle de naître avec. Ses portraits ne sont pas des images volées, comme on le dirait parfois de photos où se dérobe l'âme de certains peuples quand l'objectif capture. Non. Les portraits de Danielle Bigata sont autant d'itinéraires, autant de témoignages des destins de chacun transcris dans un visage. Elle a parcouru les continents comme en rend compte la carte jointe au début de l'ouvrage. Elle a traversé le temps et les océans: Ile de Pâques 2004, Mexique 1981, Cuba 2003, Venezuela 1993, Madagascar 1999, Inde 1983, Thaïlande 2004... et les visages de ces hommes, ces femmes et ses enfants ont pour point commun une beauté indicible, comme un secret universel.
Il paraît qu'on a découvert une planète similaire à notre vieille terre. S'il arrivait qu'on doive s'y installer et y refaire le monde, il faudrait emporter les carnets de voyage de Danielle Bigata. Ils contiennent en effet, dans chacun des regards et des sourires, cette part d'essentiel qui nous fait aujourd'hui cruellement défaut.
Anne DUPREZ
Les éditions La Part des Anges ont reçu le Prix Spécial Edition remis par l'Académie Nationale des Sciences, Belles Lettres et Arts de Bordeaux le 15 Décembre 2011, Prix qui récompensait également les dessins de Madame Danielle Bigata. www.lapartdesanges.net











