Culture | Entre les lignes : l'Ouragan de Daniel Martinange, aux éditions Stéphane Million
18/07/2012 | Ne cherchez pas, vous ne le connaissez pas encore. L'auteur déniché par Million publie son premier roman : un ovni dans le landernot littéraire.
Incapable de se rappeler qui il est, Antoine roule, déroule, s'enroule dans le souvenir de la peau gelée de Baïa. Les moindres mouvements de sa conscience le renvoient sans cesse au drame initial. Voie sans issue ? Antoine se jette dans le vide d'une succession hâtive d'actions insensées. Que reste-t-il quand l'objet du bonheur est détruit ? La vie sans fard, nue et cruelle. Dans le vif, sans chichi. C'est ce presque rien que les poètes traquent sans relâche le temps d'une vie. Ou bien un ouragan de mots décousus qui fait la fortune des psychanalystes.
Les doutes de l'auteur sur la nature humaine brisent les cadres étroits de l'interprétation. Aucun panneau de signalisation dans ce road trip sans but, si proche de l'absurdité de ces vies perdues à errer dans l'immensité, au delà de nous-mêmes, ici le désert américain. Cocasse, triviale, colorée, dans les détails et dans les grandes largeurs, on ressent la vie qui passe à la vitesse d'un train entre les lignes. De l'extase de la prime amourette aux portes de l'église en deux pages : « Rideau ! Contre trois bouteilles de pastis un cirque de passage leur cède un jeune kangourou. » Et puis le marsupial claque aussi sec. On change de page et on continue.
Ce texte a des allures de cadavre exquis exhumé dans des souvenirs épars. L'écriture de Daniel Martinange décomplexe. Courtes et énergiques, les phrases ont un goût cru, à la manière des nouvellistes américains. Ses expressions bien à lui, comme « s’abîmer dans la chair féminine », sûrement recueillie par-ci par-là, ou encore « voir les étoiles en plein jour » que l'on a pu lire dans Le joueur de Dostoïevski, sont la marque d'un amoureux des mots qui claquent. Des répliques bien pensées aussi : « Et tes parents ? C'est comme si j'en avais pas. Ils te cherchent ? Quand j'étais chez eux, ils ne m'ont jamais trouvée. » Bim badaboom.

Olivier Darrioumerle
Crédit Photo : Stéphane Million éditions












