Culture | Entre les lignes, La force de gravité, Francesc Serès.
16/01/2012 |
Les éditions FEDEROP sont heureuses de vous annoncer la première traduction en français des textes de Francesc Serès, célèbre auteur Catalan, connu et reconnu en Catalogne et en Espagne. Réunies sous le titre commun "La force de gravité" dix-sept nouvelles sont ici traduites par François-Michel Durazzo. Dix-sept "portraits sur fond de paysage" écrits contre le grand sommeil des indifférents, contre ceux qui regardent sans voir, par la force d'une confortable habitude d'un temps dont les couleurs se délavent, rincées par un monde qui évolue trop vite. A cela, Serès oppose une série de miroirs où se saisit enfin le coeur des choses dans sa nue vérité. Dans sa complexité aussi, issue de la difficulté d'être, entre évidences et pressentiments.
On prend connaissance de l'univers de Francesc Serès comme on apprend une langue : par immersion. Les mots bourdonnent, créent une musique de fond, au rythme dense et soutenu ; l'auteur dit peu sur ses personnages qu'il préfère laisser dire, ainsi se tisse un lien entre ceux-ci et le lecteur, exactement comme une rencontre que l'on ferait dans la vie. Il est rare en effet que lorsque deux destins se croisent, il y ait à toute force un résumé des épisodes précédents, une présentation du pédigrée précis de chacun. Au contraire, le flot d'un présent qui suit malgré tout son cours emporte, ou non, vers un vrai rapprochement et construit peu à peu une histoire commune faîte de rebondissements, de doutes, de renoncements, de réconciliations et de chemins de traverse. Chez Serès, c'est la même chose, on prend l'histoire en route, il faut se faire une place parmi les mots pour attraper le fil et, enfin, entrer en connivence. Ainsi est rendu possible le vrai partage d'un morceau de vie de chacun des personnages, surpris un temps sur leur route parfois chaotique, qu'on quitte ensuite avec le sentiment qu'ils continuent de vivre dans le silence, à la fois offert et imposé, de la page qu'on tourne. Reste le souvenir, fort, et la réflexion.
Car pour en être fugitifs, les portraits que nous révèle Francesc Serès, n'en sont pas moins porteurs de sens. Ils n'imposent jamais une seule manière de les envisager mais portent l'esprit du lecteur bien plus loin que leur seule existence, le renvoyant souvent à la sienne propre, mais aussi et surtout à un monde mosaïque où l'équilibre est difficile entre les certitudes et les interrogations nouvelles. On est loin, bien loin d'un univers où tout irait de soi, d'un monde où ce qui est bel et beau est forcément bon et simple.
Et en même temps, les histoires que nous conte Serès sont des histoires plutôt simples, dont la richesse réside dans la complexité des sentiments. Il est question de difficulté d'être et d'accéder à l'autre, à l'image de Manel et Amanda dont l'amour, dans "Le retour", n'est possible qu'au travers de blessures qui, une fois reconstruites tant bien que mal, se subliment dans la naissance d'un fils. Il est question de filiation, parfois difficile ou rompue: entre un jeune oncle et son neveu, entre des hommes et une terre, où s'entrechoquent sans bien se comprendre offre touristique et authenticité.
"La force de gravité" nous rappelle que derrière la légèreté des choses, le vent dans les cheveux d'une fille, le frisson d'une brise sur la surface lisse d'un lac, le soleil sur la peau... la lourdeur d'autres rapports de force se cache, et que c'est à ce prix, douloureux et fragile équilibre, que peut-être, après tout, le monde tourne rond.
Anne DUPREZ
La force de gravité, Francesc Serès, nouvelles traduites du catalan par François-Michel Durazzo. Editions FEDEROP 2012. www.federop.com










