Culture | Entre les Lignes: "Le goût de la cendre", Philippe Sohier.
09/09/2012 | Quand seul le goût de la cendre persiste, quelque part naissent aussi de grands incendies parallèles...
Un couple : Lui et Elle ; on ne connaîtra les prénoms qu’à la fin. Un couple comme il en existe beaucoup. La flamme est partie, elle ne laisse que le goût désagréable de la cendre, au fond de la gorge qui se serre. Enfin presque, car ce n’est pas aussi simple que ça. Un couple, oui, mais assez atypique. Lui est un ancien acteur de théâtre, usé par le métier car enfermé dans un seul rôle. Elle est un ancien mannequin, achevé par un kilo et demi de trop. Classique ? Pas vraiment. Non vraiment pas. Lui est un ancien acteur de théâtre … porno. Elle est un ancien mannequin … La Redoute. Entre eux, en fait, la flamme n’est pas éteinte, pas du tout même, mais seulement voilà : « Elle » et « Lui » ne le savent pas.
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Le reste s’écrit en dialogue de sourds, où des confidences miroirs se renvoient leur incompréhension. Leur vie de couple, enlisée par le sort infernal du malentendu, est un labyrinthe dont forcément ils ne parviennent pas à sortir. Le piège aurait pu être que le lecteur lui aussi soit saisi par l’impression de tourner en rond : « bon j’ai compris, ils croient qu’ils ne s’aiment plus mais en fait ils s’aiment, et maintenant ? ». Mais c’est précisément le moment où tout bascule. Un labyrinthe n’existe que par le plaisir du jeu, même s’il se colore d’angoisse. Le but est de savoir en sortir, et de trouver comment. Or, dès le début, sans qu’on y prête attention, l’auteur savamment dévoile le fil d’Ariane. Quand celui−ci nous apparait enfin on comprend qu’on s’est joliment fait piéger par une vraie situation d’auteur, avec des personnages et une histoire qui, s’ils paraissaient au début vieux comme le monde, sont au bout du compte totalement inattendus. Il y a bien en fait trois observateurs, Elle de Lui, Lui de Elle et le lecteur d’Eux. Suivant chacun de ses regards, la situation change et apparaît tour à tour désespérante, drôle, glaçante. Philippe Sohier nous décrit un vide qui n’en est pas un, dans une mise en scène savamment construite, un rubixcube qui buggue, où les couleurs refusent de s’assembler comme la vie l’aurait voulu. Et où « les certitudes font d’énormes massacres »…
Philippe Sohier est metteur en scène. D’humoristes aujourd’hui accoutumés au succès (Florence Foresti, Elisabeth Buffet …). Et écrivain. Le goût de la cendre est son quatrième roman.
Le goût de la cendre, de Philippe Sohier, Stéphane Million Editeur 2012.

Anne Duprez
Crédit Photo : Stéphane Million éditeur, tous droits réservés.














