Culture | Entre les lignes, Ma Gascogne gourmande, Alain Paraillous.
22/01/2012 |
L'adage dit « C'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleurs soupes ». Doit−on en comprendre que plus la gamelle est amochée meilleure est la pitance ? Non, bien entendu. Le bon sens, celui qui nous est légué par nos ancêtres, nous dit aussi que la vérité n'est pas dans l'apparence mais dans la transmission. Ce n'est pas la casserole qui fait la bonne cuisine mais la manière dont on s'en sert. Et ce savoir faire là, « la belle ouvrage », ça se transmet. Les secrets donnés en héritage par nos grands−mères, que recelaient leurs creusets, matrices de brouets et de délices, sont les épices qui relèvent aujourd'hui notre quotidien. Ils constituent en même temps le ciment nécessaire à toute construction d'identité, entre temps passé et à venir. Comme ses racines qui fortifient l'arbre tout en puisant elles−mêmes leur sève dans la terre ancestrale.
Alain Paraillous s'avoue très attaché au terroir des origines : là est sa fierté, là sont ses couleurs qu'ils hissent haut en oriflamme au-dessus de sa région natale. Alain Paraillous est un combattant. Il lutte, avec des armes aiguisées de gourmandise et de passion, contre la propension qu'a notre époque à tout uniformiser. A l'heure où il faut manger du foie gras à tout prix et à tous les prix, où fruits et légumes doivent se jouer des saisons et être présents toute l'année sur l'hyper étal des grandes succursales, il propose d'arrêter un temps la pendule afin d'être attentif, dans un silence soudain réapprivoisé, aux sensations, aux odeurs et aux goûts des recettes de ses grands-mères gasconnes. Régionalisme n'est pas un gros mot. Il ne signifie pas non plus repli sur soi : c'est au contraire le sel de la terre. C'est la différence qui permet le lien, le dialogue, celui des rires, des chants, des regards et des serments d'amitié autour d'une table, d'un bon vin, d'un plat chaud et goûtu. C'est l'appartenance à une famille où chaque plat est plus qu'un plat mais aussi un moment de partage et de fête, un jour particulier dans la course des autres jours. Le temps est suspendu et en même temps s'enchaîne au-delà des générations. La condition humaine, sa vérité et ses bonheurs, se révèlent dans chaque bouchée attentive, comme une nouvelle naissance à chaque fois, et dans les goûts et les couleurs d'un pays vrai et gourmand !
Alain Paraillous est amoureux et ouvre ici l'album de son histoire d'amour avec sa terre, sa région, son identité gasconne. Il mêle témoignages et recettes à consommer sans modération. N'y aurait-il pas là aussi un peu de la recette du bonheur? A recommander à tous les incrédules qui penseraient que celui-ci n'existe plus.
Anne DUPREZ
Ma Gascogne gourmande, Les recettes de mes grands-mères et autres petites douceurs. Alain Paraillous, éditions Anthema 2011.www.editions-anthema.fr










