Culture | Entre les lignes, " Mapuche ", de Caryl Ferey aux éditions Gallimard
21/10/2012 | Le dernier best seller de Caryl Ferey, coqueluche du salon du polar palois "un Aller Retour dans le Noir", s'intéresse cette fois aux Mapuches, peuple indigène de la cordière des Andes.
Caryl Ferey peint au vitriol un tableau carnavalesque de l'enfer sur terre, renversant les valeurs du pouvoir et des dominés, du noble et de l'ignoble, du monde et de l'immonde. Le rythme trépidant du thriller est maintenu par des dialogues musclés et des descriptions truculentes des restes de la civilisation où le bien et le beau ont déserté. L'écriture de Caryl Férey, sèche et vive, chaude et féroce, lève un vent de colère contre les humiliations que le cynisme inflige à notre époque.
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« un vent noir hurlait par la portière de la carlingue » Un certain Hector Parise jette un corps au large des côtes argentines du haut d'un petit bimoteur. Les premières pages d'un vol de nuit glacial. Caryl Férey embraye aussitôt sur l'énigme. Jana, une indienne mapuche déracinée, contrainte à la prostitution dans l'enfer de Buenos Aires après crise, s'est liée d'une amitié sincère contre la brutalité de ce monde avec un travesti, Paula.
Elles partent à la recherche de Luz, alias Orlando, un autre travelo qui a disparu alors qu'il devait être en train de tapiner sur les docks de La Boca, aux alentours du stade du club populaire de Buenos Aires. « Le stade de La Boca était un cube de béton jaune et bleu pétrole badigeonné d'enseignes Coca-Cola (...) » Elles le retrouveront dans l'eau saumâtre du Riachuelo. « Un corps flottait parmi les bidons et les papiers gras, à demi immergé dans la fange compacte. »
On touche le fond, poissé par les ordures en tout genre, d'une société argentine pillée par les classes dirigeantes. Caryl Ferey décrit avec une cruauté jouissive ces nantis baignant dans leur médiocrité. « De loin, la femme de l'homme d'affaires pouvait passer pour une de ces vieilles beautés bronzées sous Lexomil combattant l'anorexie à l'American Express, de près c'était deux lèvres pincées débordées par un rouge à lèvres orange et un air vertical chargé de tenir le monde à distance. »
Maître dans l'art d'électriser l'atmosphèreJana, l'indienne mapuche, cherche le meurtrier du travelo. L'incompétence de la police corrompu interdit tout espoir de justice. Mais un nouveau personnage apparaît comme un présage. Ruben, fils du poète Daniel Calderon, disparu dans les camps de concentration du régime de Videla. Rescapé miraculeux de camps de concentration et d'extermination d'où « 90 % de la population incarcérée n'avait jamais revu le jour. » Rubèn est devenu le bras armé des Grands mères de la place de Mai. Un détective qui passait jour et nuit à traquer les responsables du « processus de réorganisation nationale. » Son enquête le mène sur les traces d'une jeune photographe portée disparue, Maria Victoria Campallo, fille d'un homme d'affaires ayant fait fortune pendant le Processus.
La disparition de la fille d'un milliardaire hyper-puissant et la mort d'un travesti au fond d'un trou marneux ne devraient avoir aucun rapport entre-elles. Pourtant le régime faciste de Videla a laissé des traces que la petite indienne et Rubèn, le détective « aux yeux d'orage (...et...) au cœur de monstre », suivent à leur manière. Leurs chemins vont se croiser dans l'ombre d'un secret du Passé que les sicaires du Régime s'appliquent à effacer. Nos enquêteurs lumineux déparent du décor funeste monté par Caryl Ferey, maître dans l'art d'électriser l'atmosphère. A partir de quelques pistes le couple improbable tire le fil d'une enquête qui le portera loin de Buenos Aires, dans les terres mapuches, sur les pentes de la cordière des Andes.

Olivier Darrioumerle
Crédit Photo : éditions Gallimard














