La couleur des sentiments - Kathryn Stockett - Audiolib
Depuis plusieurs mois nous entendons parler de La couleur des sentiments. Il a été votre coup de coeur de l'été et le film n'a fait qu'augmenter l'enthousiasme des gens à le découvrir. ...
De Bordeaux où il créa l'Escampette en 1993 jusqu'à Chauvigny où, désormais, il a établi sa demeure, son lieu de création et de travail, Claude Rouquet est resté un éditeur lumineux. Un de ces hommes qui, au-delà des difficultés, est fier de compter 220 livres à son catalogue et de publier, non seulement les oeuvres de grands poétes portugais, d'un poète d'ici, nommé Bernard Manciet, mais aussi les nouvelles, récits et romans d'auteurs qui découvrent l'existence de sa maison d'édition grâce à la complicité, aussi rare que précieuse, de quelques libraires avertis.
Claude Rouquet prend plaisir à raconter la très jolie histoire d’un de ses derniers auteurs nommé Abraham Elishama, dont il vient de publier sous le titre « ma bonne douleur au côté » un excellent livre de nouvelles qui s’ouvre par l’une d’entre elles, aussi courte que bien écrite, et qui s’intitule « l’oiseau sans nom ». Cette histoire résume les bonheurs d’un métier que Claude Rouquet a épousé, après en avoir rêvé dès l’adolescence, et ceci à la faveur - ce fut dit-il « un mal pour un bien » - d’un licenciement économique de la direction commerciale qu’il occupait dans une entreprise de chaussures.
L'histoire de M. Tardy
Ecoutons la genèse de cette « douleur au côté »: « je reçois par la poste le manuscrit de Jean-Paul Tardy de Toulouse; j’ouvre la première page, c’est beau ! Une écriture classique magnifique. J’écris une lettre enthousiaste à ce M. Tardy de Toulouse, il vient me rencontrer à Chauvigny. Lui aussi est un grand lecteur et un client de la librairie Ombres Blanches. Je découvre que cet homme est né à Nancy, voilà cinquante ans, dans une famille catholique. Il ne trouvait pas de réponses à ces questions sur le thème de l’existence, jusqu’au jour où, de passage à Paris, il pleut comme «vache qui pisse », il s’abrite sous un porche ; on lui propose d’entrer dans ce qui est une synagogue. Il trouve là, au sein d’une communauté juive, les réponses qu’il cherchait, décide de se convertir, prend le nom d’Elishama, rencontre à Jérusalem une juive de Toulouse avec laquelle il fonde une famille, a trois enfants et décide de quitter Israël au bout de vingt ans pour vivre et travailler…à Toulouse : scribe de son métier il calligraphie de courtes phrases de la Tora sur de petits parchemins.
Des histoires comme celles de ce Monsieur Tardy, Claude Rouquet en a d’autres, celle de François Gastineau , professeur de physique à Rouen qui apprend chez son libraire l’existence de l’Escampette et lui propose l’un des derniers titres publiés « le temps des Ersatz ». Un livre reconnu par la critique qui a valu à son auteur un passage à France Culture mais pour autant n’a fait, à ce jour qu’une vente modeste. Pareils récits introduisent à la magie d’une rencontre qui naît entre l’éditeur et un auteur et constitue la promesse de ce chemin partagé, de cet accompagnement dans « les bons et les mauvais moments » dont parle l’éditeur de l’Escampette.
Faire tout, tout seul !
A entendre Claude Rouquet, si passionné, mais avouant, comme nombre de petits éditeurs, des ventes modestes, 300, 500 exemplaires, on cherche et trouve la réponse à la pérennité de pareille entreprise dans cette confidence : « je tiens parce que je fais tout, tout seul ». Mais tout devient de plus en plus difficile, année après année.
L’Escampette est, en effet, un défi face à la production de masse du livre, cette « surproduction » dont Rouquet livre l’analyse radicale suivante : elle est le fait d’éditeurs «industriels qui font croire aux gens qu’ils ont de plus en plus de choix. Or, quand on regarde les choses de très près les lecteurs achètent de plus en plus les mêmes livres. La surproduction permet aux éditeurs industriels d’occuper la place, de s’implanter dans les grandes surfaces. Il y a aussi les diffuseurs qui se donnent bonne conscience en commandant tous les livres…qu’ils retournent le mois d’après. Et de pointer du doigt la Fnac et les centres Leclerc.
Des libraires qui défendent la création
La survie des petits éditeurs dépend en réalité, pour une grande part, de la volonté des libraires de défendre la création ; ils ne sont pas si nombreux dans ce cas : « nous savons d’emblée que nos livres seront mis en place dans 200 à 250 librairies et, parmi celles-ci, Claude Rouquet cite Mollat qui « a eu l’intelligence de choisir dans ces rayons des collaborateurs aux compétences exceptionnelles » Il faudrait beaucoup de Mollat et d’ Olympique pour susciter cette curiosité, tirer le fil entre des auteurs talentueux, leurs éditeurs et des lecteurs qui ont besoin de conseils. Claude Rouquet poursuit son œuvre d’éditeur, amorcée il y a quinze ans lorsqu’il rencontra à Bordeaux, à l’initiative de sa compagne, Sylviane Sambor (1) deux grands poètes portugais Al Berto et Nuno Judice qu’il publia d’enthousiasme. S’en suivit un grand retentissement au Portugal, l’Escampette devenant du même coup le premier éditeur de poésie portugaise en France, et attirant l’attention de plusieurs traducteurs. La poésie, ce n’est que justice, a mis sur orbite une maison d’édition qui a le respect des beaux textes, des mises en page soignées et sobres, de la diversité. Et du genre humain.
1. Sylviane Sambor qui créa à Bordeaux le Carrefour des Littératures est aujourd’hui, à Poitiers, directrice de l’Office du Livre de Poitou-Charentes.
l'Escampette BP 7, 86300 Chauvigny
Tél. 05 49 61 20 87 - lescampette.editions@wanadoo.fr
Diffusion-distrivution : Les Belles Lettres - 01 45 15 19 90 - www.atheles.org
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