Culture | Lascaux : des traitements inadaptés nous ont fait passer près de la catastrophe
12/04/2012 |
C'est un comble au regard de l'importance patrimoniale de Lascaux pour la France et le monde entier. Mais, il semble que le remède utilisé, les fongicides, de 2001 à 2003 par des scientifiques pour lutter contre les champignons blancs apparus dans la grotte, a aggravé la situation. Désormais, il y a des taches noires, inconnus... On serait passé à deux doigts de la catastrophe. C'est ce que révèle une étude franco-espagnole. Explications.
On comprend aujourd'hui pourquoi l'Unesco s'était autant inquiété de la gestion de Lascaux par les autorités françaises à l'époque. En 2004, un comité international de sauvegarde de la célèbre grotte avait même été créé aux États-Unis. Co-dirigée par Cesareo Saiz Jimenez, micro-biologiste à Séville, au Conseil espagnol pour la recherche scientifique (CSIC), et Claude Alabouvette, micro-biologiste de l'Institut national de recherche agronomique (INRA) à Dijon, cette étude, qui vient d'être révélée, démontre que des traitements à base de biocides (ndlr : produits chimiques utilisés contre les micro-organismes) utilisés entre 2001 et 2003 par le Laboratoire de recherche des monuments historiques (LRMH) pour lutter contre un champignon blanc, le "fusarium solani", "ont joué un rôle pour favoriser ces (nouveaux) champignons". Ces derniers sont responsables de taches noires détectées dans la grotte en 2007 et traitées en 2008, notamment par le "Devor mousse", un anti-mousse vendu dans le commerce. L'étude, menée entre 2009 et 2011 fait apparaître "que ces nouveaux champignons sont tout à fait capables de se nourrir en azote et surtout en carbone à partir des produits de dégradations des ammoniums quaternaires utilisés comme traitements", souligne Claude Alabouvette.
"Vouloir stéréliser une grotte, c'est débile"
Pour lui, ce traitement était un "non-sens". Ce scientifique rappelle que "vouloir stériliser une grotte, c'est débile". "Ça fait 18 000 ans que la grotte de Lascaux vit avec des microbes et les peintures sont encore visibles sur les parois", poursuit-il. Ceci étant, aujourd'hui, la situation est stabilisée à l'intérieur de la grotte. La voie écologique a été choisie pour la gérer. "La grotte est très dynamique et on est encore loin d'avoir compris les mécanismes physiques, chimiques et biologique en interaction", conclut Cesareo Saiz-Jimenez. Ces résultats, présentés en juin au conseil scientifique de Lascaux, ont été publiés au premier trimestre 2012 dans la revue "Fungal biology" de la Société britannique de mycologie et la revue américaine spécialisée "Journal of raman spectroscopy".

Nicolas César
Crédit Photo : Conseil général de la Dordogne












