Culture | Nos lectures du week-end : "L'économie n'existe pas" de Bernard Traimond, éditions Le bord de l'eau.
05/03/2011 |
Le très sympathique et iconoclaste Bernard Traimond, militant du « discours sérieux », s'attaque au coeur du système de « l'économie », notion vague recouvrant, selon lui, 13 sens différents. Le professeur d'anthropologie de Bordeaux 2 démonte ainsi pièce par pièce l'objectivité consacrée du discours chiffré. Chiffres officiels admis par tous, pour faire court, pour faire entendre les décisions au commun des mortels. Or la forme chiffrée que l'économie prend ne sert pas seulement à aller au plus court ; « il s'agit surtout de se parer de l'autorité des sciences de la nature en singeant plus ou moins maladroitement leur vocabulaire et leurs formes d'expression », nous explique Bernard Traimond dans une logique démystificatrice.
Le fonctionnement des hommes obéit-t-il à des lois ? Le positivisme du XIXème siècle l'affirmait. Les économistes de la fin du XIXème siècle, aussi. Ils pensaient les comportements humains selon des mécanismes utilisant des mathématiques simples. Ils avaient la prétention d'utiliser des schémas formels pour décrire les comportements humains, voire prédire l'avenir en observant une séquence du présent. Pour eux, des « lois » organisent le monde social, comme dans la nature. Depuis Galilée et surtout Newton, la Vérité et la Science parlent la langue des chiffres. Alors l'économie a utilisé un discours chiffré pour laisser croire qu'elle disposait du même crédit que les sciences de la nature. L'économie est passée de la notion, difficile à saisir, au symbole, instinctivement compréhensible par tous.« Ainsi l'économie politique se sent capable de décider de notre vie, d'organiser nos conduites et de guider les décisions politiques sans se préoccuper de respecter un minimum de rigueur épistémologique. [...] Tel le paon, il lui a fallu se doter d'autres plumes. Les mathématiques font partie de ce ramage. »
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Une vision comptable de l'Homme et du monde admise par tous
Cette vision du monde a de terrible qu'elle est admise à la fois par les exploiteurs et les exploités, qu'elle est « la grille d'analyse unique ». Même en reprenant de façon critique les théories économiques des Classiques, Marx les a légitimées aux yeux de leur victime. Il est entré à son tour dans le Panthéon des économistes. Il est devenu un néo-classique !
« La construction de l'URSS, son industrialisation, ses plans et ses succès après la révolution de 1917, et encore davantage avec l'avènement du stalinisme ont développé, jusqu'à la caricature, cette conception. Cet économisme, la bête noire de Lénine avant 1917, devint la pensée officielle des gouvernants révolutionnaires puis du stalinisme. » Pensée officielle, nous y sommes. Une sacro-sainte objectivité des « chiffres officiels [...] suscités, cautionnés, utilisés et invoqués par le pouvoir politique. » Un discours qui arrive à disqualifier tous les autres et ne peut être réfuté tellement la fabrication des chiffres est coûteuse.
Photo : "Le bord de l'eau" Edition - Tous droits réservés
Olivier Darrioumerle












