Anka de Guillaume Guéraud aux éditions du Rouergue
Anka. Un nom qui claque. Quelque chose de coupant et de définitif. Et un très grand roman (encore) de Guillaume Guéraud... ...
Dernier spectacle présenté dans le cadre du festival des Souris et des Hommes au Carré des Jalles, Sin Sangre était très attendu d'un public venu nombreux les 29 et 30 janvier derniers. Véritable lien entre la culture théâtrale et la dimension numérique, il présentait cette incontestable originalité d' apporter sur le plateau le monde du cinéma pour créer un spectacle aux contours hybrides. Prouesse technique et révélation dramaturgique, il n'en fallait pas plus pour créer la rumeur et attiser la curiosité. Qui plus est lorsque la pièce était une adaptation du célèbre auteur italien Alessandro Baricco autour de plusieurs drames humains dont celui de Nina, jeune fille victime des démons de la guerre civile au Chili, qui tentera de retrouver la paix en réecrivant son passé "sin sangre".
Une pièce témoin de l'évolution numérique
Imaginé en 2007 par la compagnie Teatrocinema, Sin Sangre allie innovation technique et scénario cinématographique pour adapter sur scène un roman. Autant de vocabulaire qui n'appartient pas au domaine du théâtre mais qui témoigne de cette forme hybride, véritable originalité de ce spectacle hors frontières. Un pari osé, pouvant passer pour de l'hérésie aux yeux des fondamentalistes théâtreux, s'il était encore question aujourd'hui de définir ce qu'est le vrai théâtre, la forme la plus pure. On le sait, le numérique s'est depuis longtemps invité sur nos scènes, bien qu' ici un cap supplémentaire ait été franchi. Plus qu'un support, l'écran devient lieu et temps de l'action, derrière lequel se fondent les personnages. Ainsi libérés des contraintes de temps et d'espace, les comédiens évoluent au long de flashback, ellipses temporelles ou autres flashforwards, démultipliant les effets de narration. Au volant d'une voiture, attablés à un café, agenouillés dans une ferme...les décors se succèdent au gré des situations, les obligeant à se placer extrêmement précisement à chaque coupure de scène, bien entendu par un fondu noir. La frontière entre le réel et le virtuel est ténue, l'effet techniquement très réussi, le décalage immédiatement créé par la bande-son, les filtres, les voix amplifiées, les masques des personnages. Tous ces artifices ont le léger inconvénient de faire oublier la spontanéité du théâtre mais l'ingéniosité d'exacerber les émotions par les moyens du cinéma que l'on connait. Un sorte de contre-poids positif en somme. Cet éternel jeu de miroir entre fiction et réalité du plateau illustre avec plus ou moins de poésie la dichotomie entre le monde tangible et celui plus intérieur des personnages, à l'image de cette plongée de Nina dans une eau tiède et rassurante, symbole d'un cocon imaginaire à la fois salvateur et tombeau prémonitoire d'une vie brisée.
Victimes et bourreaux, vers une éternelle quête de sens
Ce dispositif d'immersion existe pour témoigner plus brutalement d' une tragédie, une histoire de vengeance, de sang, de culpabilité et de compassion. Le Chili qui y est décrit est plongé dans le trouble de la guerre et l'âpreté de l'après-guerre, l'après dictature de Pinochet, lorsque les victimes aux existences anéanties tentent de trouver un sens. Pourquoi Nina, petite fille dont le père a été assassiné, épargnée par l'un des trois bourreaux, devra supporter son destin et devenir cette adulte meurtrie. Quel est le but d'une guerre, de ses meurtres et la justification de ses atrocités: lutter pour un monde meilleur? Un monde qui, cinquante ans après les faits d'arme serait devenu autre, plus juste, assaini. Dans Sin sangre, Alessandro Baricco retrace les lignes d'une filiation tragique, plaçant son oeil du côté des victimes et des meurtriers. Une vision qui ne peut être simple et totalement limpide, notamment lorsqu'un jeune paysan de vingt ans devenu bourreau, laisse entendre son désarroi et son incompréhension. Une vie peut être brisée par le crime, une autre par le fait d'avoir commis un crime. Ce roman éloigné du manichéisme ordinaire, mais proche des rationalisations que l'on connait, tend au plus près de l'humain et tente de renouer avec un sentiment d'apaisement, une paix qui ne pourra se faire que sin sangre, sans le sang...Un scénario un peu convenu mais qui n'affaiblit en rien l'impression de réussite technique du spectacle. Signe des temps, Avatar vient de franchir quelques records au box office, mêlant tous types de public, y compris les plus exigeants sur la qualité scénaristique!
Hélène Fiszpan
Sin Sangre par la compagnie Teatrocinema
www.lecarre-lescolonnes.fr; www.teatrocinema.cl
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