Economie | Comment vendre du vin de Bordeaux aux Chinois
16/05/2012 | Ce mardi 15 mai, a eu lieu à Bordeaux le deuxième G'VIN sur le thème "Bordeaux devra-t-il se mettre au Chinois" ?
Depuis 2010, la Chine est le premier marché pour les vins de Bordeaux, devançant même l’Union européenne. Les ventes françaises y ont crû de 134 % depuis 2005. Et ce n'est qu'un début. Le potentiel de ce marché est énorme. Mais, il n'est pas facile de s'y introduire. Il faut connaître les "codes" pour commercer avec les Chinois. Ce G-Vin, organisé par l'Association de la presse du vin et en partenariat avec le Club de la presse, a été l'occasion de le rappeler. Nan-Ping Gao-Guo, une Chinoise, consultante pour l'export, basée en France, nous a livrés les clés de la réussite.
Aqui! : Les producteurs bordelais s'y prennent-ils bien selon vous pour vendre leur vin en Chine ?
Nan-Ping Gao-Guo : Les grands crus se sont vendus trop chers en Chine. Résultat, il y a eu beaucoup de contrefaçon et le problème a été mal géré. Le cas emblématique est le Château Lafite Rothschild qui se vend 3 000 euros la bouteille là-bas. C'est au-delà du raisonnable. Trois millions de bouteilles soit 250 000 caisses, c'est ce que les Chinois consommeraient de Château Lafite Rothschild par an. Or, le site Internet lafite.com déclare que ses vignes ne produisent en moyenne qu'entre 15 000 et 20 000 caisses chaque année. Cela a eu pour conséquence de faire chuter ses prix en Chine et a touché aussi un peu les autres grands crus. Pourquoi cela n'a pas été arrêté plus tôt ? Les bulles se dégonflent toujours à un moment quand les prix sont trop élevés.
@! Vous évoquez aussi un problème de qualité pour les vins de Bordeaux d'entrée de gamme ?
Nan-Ping Gao-Guo : Oui, sur les Bordeaux et Bordeaux supérieur, la qualité n'y est pas. Je tire la sonnette d'alarme. Il n'est pas normal que ces vins soient vendus moins chers en Chine que ceux du Languedoc-Roussillon. Bordeaux ne doit pas dormir sur sa réputation et prêter davantage d'attention à la concurrence internationale. En revanche, les crus bourgeois ont un certain succès. En Chine, ils sont appelés les "stars".
@! : Quels conseils donneriez-vous aux viticulteurs bordelais qui nous lisent ?
Nan-Ping Gao-Guo : Je suggère aux petits châteaux de se regrouper, de mutualiser les dépenses pour attaquer le marché chinois. Seul, c'est trop dur. Je leur conseille aussi d'oublier les grandes villes, de se concentrer sur les villes secondaires, qui ont quand même une dizaine de millions d'habitants... Enfin, éviter les relations trop superficielles. Il est indispensable que les producteurs Bordelais s'intéressent davantage à notre culture, à notre gastronomie, pas seulement à notre argent. Par exemple, quand vous faîtes déguster votre vin, ne mettez pas du fromage, mais plutôt des aliments de la cuisine chinoise !

Nicolas César
Crédit Photo : Aqui!













