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L'identité nationale, le débat voulu pour des raisons électorales...

Qui croyait que le Front National, dont les électeurs avaient été aspirés par le candidat Sarkozy en 2007, avait disparu du paysage politique français? Nicolas Sarkozy, lui-même, qui s'était réjoui en portant au pouvoir une droite "décomplexée".

Pour autant, l'homme qui occupe aujourd'hui l'Elysée, n'est plus tout à fait aussi sûr de son fait. Ou, plus exactement, il se méfie d'un retour possible de ce vote protestataire qui, sous la houlette de Jean-Marie Le Pen, a prospéré depuis le début des années 80 jusqu'à faire de Le Pen l'adversaire de Jacques Chirac aux présidentielles de 2002. Certes, Le Pen n'a plus le même souffle mais il subsiste une France du refus, à la droite de la droite, qui ne se reconnaît pas dans les acrobaties de l'ouverture pratiquées par le pouvoir. Et, c'est un écueil possible pour les listes de l'UMP qui, sur ordre, montent partout à l'assaut des citadelles régionales détenues par la gauche. C'était une raison supplémentaire, aux yeux de l'Elysée, pour donner quitus à ce ministre, nommé Eric Besson, venu de la gauche, précisément, et immédiatement promu à l'UMP, pour son idée de débat sur l'identité nationale.
Voici donc le vieux et cher pays embarqué dans une grand messe où vont resurgir tous les vieux démons de la francité. En termes de politique politicienne, à quatre mois d'une élection où le maître des lieux craint d'être jugé, quelque peu sévèrement à propos de son bilan et du déficit national brut, le coup, avouons-le n'est pas mal joué.
La préfectorale est mobilisée, comme si elle n'avait pas mieux à faire, pour animer le débat. Le site internet, spécialement crée par le ministre, n'a pas pu être immédiatement ouvert car, paraît-il, déjà "victime" de son succès. Dossier à suivre, car on imagine que la question clé de la modération des réactions n'est pas facile à régler. Imagine-t-on précisément le contenu de quelques propos anti-immigrés livrés aux possibles surenchères de la toile?
En réalité, disons-le sans détour: ce débat est malvenu, non point que l'identité de la France ne mérite pas réflexion mais ni le moment, ni la méthode ne sont acceptables. On aurait pu par exemple proposer à nos responsables d'ouvrir ou de rouvrir les pages, inégalées à ce jour, que Fernand Braudel a consacrées, au soir de sa vie et de son oeuvre, à "L'identité de la France". Ils auraient pu y lire ceci:" Toute identité nationale implique forcément une certaine unité nationale; elle en est comme le reflet, la transposition, la condition. Ces remarques conseillent à l'avance de se défier de tout langage qui serait par trop simple: il est certainement vain de ramener la France a un discours, à une équation, à une formule, à une image, à un mythe... " Ou de reprendre à son compte, comme l'a fait Nicolas Sarkozy, depuis le Vercors, un thème si cher à Le Pen, celui de ceux qui bénéficient de la sécurité sociale... Il y avait sûrement mieux à faire et dans un autre contexte que celui d'une bataille politique qui promet d'être très rude. Demander par exemple avec l'aide de l'école, du collège, du lycée, à tous les enfants de France de s'exprimer librement sur la question et de bâtir avec eux, autour d'eux, un travail pédagogique, nourri de documents et de de lectures. Ils nous auraient beaucoup appris, et certainement de façon moins manichéenne que les adultes, toujours prompts à désigner "l'autre" pour en faire le bouc émissaire de leurs problèmes ou difficultés.

Joël Aubert 

 

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