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La télé sans pub : il n'y a pas que la question de l'argent

Depuis que le 8 janvier dernier Nicolas Sarkozy a flanqué un grand coup de pied dans le PAF en annonçant la suppression de la publicité sur les chaînes publiques il ne se passe pas de semaine sans que rebondisse la polémique. Elle a cours, aussi, désormais dans l'hémicycle puisque le projet de loi y est en débat et parce que, c'est le moins que l'on puisse dire, les députés de la majorité ont des doutes sur l'opportunité d'un basculement rapide de l'audiovisuel public vers un financement dépourvu des recettes de la pub.

Le dernier en date qui n'est pas n'importe lequel dans la majorité, Gilles Carrez, rapporteur général UMP du budget vient de déclarer qu'il ne voterait pas le financement prévu - et d'ailleurs lequel et comment ? - et qu'il faut y aller de façon progressive. Rappelons que le projet de loi prévoit la disparition de la publicité à partir du 5 janvier, après 20 heures, sur les chaînes publiques. D'ici le 9 décembre, date prévue pour le vote mais sera-t-elle tenue, il peut encore se passer beaucoup de choses et, comme l'imagination est au pouvoir, on peut inventer de nouvelles taxes pour tenter de rassurer le grand nombre des sceptiques: patron de France Télévision, producteurs, journalistes qui savent que les engagements du gouvernement seront d'autant plus difficiles à tenir que la crise financière et économique noircit le paysage.

Quand Nicolas Sarkozy jette son pavé dans le PAF, il a l'engagement de ses proches de la télévision privée d'obtenir qu'ils paieront leur écot à cette réforme, à priori imparable. Pensez donc : le nouveau chef de l'exécutif, chantre d'une droite décomplexée qui se pose en défenseur d'une radio-télé publique débarrassée de la publicité ! Il fallait oser le faire et proposer, ainsi, à l'opinion un changement pareil. Une rupture qui, si l'on écoute bien, maintenant, la ministre Christine Albanel, va permettre de construire "un vrai outil de culture populaire". On aimerait vraiment la croire mais, au-delà de l'inextricable problème du financement - on pense taxer, également, de la redevance, les récents propriétaires d'ordinateurs - il y a quelques vérités moins avouables. Et un probable contresens qui touche à la place, désormais installée, de la pub dans la "consommation" télévisuelle.

Les vérités, et Nicolas Sarkozy ne s'en est guère caché, c'est que la télé publique peut se passer de deux chaînes, et bien entendu de ces antennes régionales de France 3 qui passent pour être corporatistes. En supprimant puis regroupant des bureaux, par grande région, on fait d'une pierre deux coups : des économies d'une part et on reprend la main d'autre part sur un système difficile à contröler. Finies ces voix discordantes et ces proximités obligées avec les notables de province. Evidemment, cette ligne ne peut rencontrer, y compris dans les rangs de la majorité, qu'inquiétudes et soupçons. Ne parlons pas du pluralisme si nécessaire dans une France qui a tant de mal à rebondir. Mais il y a plus et sans doute un véritable contre sens dans ce choix de renoncer à la pub pour l'audiovisuel de service public. Non pas que celle-ci soit toujours indispensable au bon entretien de notre niveau de culture générale... mais elle participe aujourd'hui d'un modèle qui fonctionne ; où le citoyen sait faire la part des choses et est attaché à une approche de l'information et de son approfondissement, à d'autres divertissements, façon Michel Drucker, qui valent bien ceux de TF1, version Star Academy". Résumons: cette réforme était tout sauf indispensable ainsi que l'annonce de la nomination par l'Elysée du président de France Télévision. Mais, après tout, il est toujours possible de croire Alain Juppé quand, évoquant les réformes, il déclare :"ça part un peu dans tous les sens, parfois ça donne un peu le vertige, mais ça va se structurer".
Acceptons-en l'augure.

Joël Aubert

 

 

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