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Dossier Grand Projet de Ville sur la CUB

E. Parin : "L'image des Hauts de Garonne a changé"

Etienne Parin, directeur du GPV Etienne Parin est le directeur de la structure qui pilote le Grand Projet de Ville sur Cenon, Floirac, Bassens et Lormont. Il fait le point sur la rénovation rrbaine des Hauts de Garonne.

Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste le GPV ?
Etienne Parin : Le Grand Projet de Ville est une procédure initiée en 2000 par le ministre de la ville de l'époque, Claude Bartolone. Cette idée de mixité sociale venait de Marie-Noëlle Lienemann. Claude Bartolone a proposé aux quatre villes de la rive droite bordelaise : Bassens, Lormont, Florac, Cenon, le label "Grand Projet de Ville". Ce label permettait de lancer une opération avec des financements importants de l'Etat. Charge à nous, avec ce label de négocier avec les collectivités territoriales, le département, la région voire l'Europe des financements complémentaires. C'est ce que nous avons fait. Nous avons bâti un projet de territoires sur cet ensemble. Le 15 janvier 2001, l'Etat, la Communauté urbaine de Bordeaux, le département et la Région signaient la convention.

Quel était alors le projet ?
E. P : Lorsque nous avons signé la première convention, une hypothèse concernait la cité du Bousquet à Bassens. Nous avions fait une étude de la réhabilitation du Bousquet. Pour un logement, la réhabilitation coûterait 180 000 francs, presque le prix de construction d'un logement neuf. Nous avons donc envisagé la démolition de 200 logements. Sur la cité Carriet, Domofrance a proposé un projet de démolition. La condamnation était technique, la structure s'effritait. Nous ne pouvions pas envisager à long terme la pérennité de ces bâtiments. Sur Génicart, nous n'avions pas décidé de démolir, dans un premier temps. Nous envisagions un renouvellement urbain avec le maintien des tours existantes.

En 2002, Jean-Louis Borloo arrive aux manettes de la politique de la ville. Ce dernier engage un tour de France des situations névralgiques, dont la nôtre. Il considérait que notre projet était bien, mais pas assez ambitieux Il nous a dit d'avancer le projet, il donnerait de l'argent et ferait une loi. Il comptait établir un bilan trois mois plus tard.

Vous étiez satisfaits de ces propositions ?
E. P. : Au départ, nous étions un peu sceptiques. Nous avons donc élargi le périmètre de l'opération. Sur Carriet, nous avons rajouté la démolition de 45 logements collectifs extrêmement vétustes. En août 2003, nous étions dans le timing. Mais un problème demeurait : le dispositif de l'Agence Nationale pour le Renouvellement Urbain n'a été mis en place qu'un an plus tard, en octobre 2004. Il a fallu attendre avril 2005 pour signer les conventions, c'est-à-dire trois ans. Mais le point positif à ce retard, c'était l'implication de l'Etat. Le financement de l'Etat alloué à ces conventions était très largement supérieur à ce qui était proposé dans la convention initiale. Dans les premières conventions, l'Etat a joué le jeu. Borloo ministre de la ville a été à la hauteur de ses ambitions.

Comment a été financé le GPV?
E. P. : L'assiette globale d'investissements de la première convention GPV était de l'ordre de 500 millions de francs (80 millions d'euros). L'ensemble des conventions signées avec l'Anru est de 600 millions d'euros, c'est-à-dire qu'on a multiplié par six ou par sept l'assiette initiale. La part de l'Anru est à peu près du quart du financement de ces opérations. Là-dessus, il y a une grosse partie de reconstruction des logements, on est passé de 800 logements démolis à 2400.

Beaucoup de familles immigrées veulent rester sur Génicart, mais il y n'y a pas de logements assez grands? Comment faire pour les reloger?
E. P. : C'est une question nationale. Lorsqu'on a construit les ZUP pendant les années 60, les familles étaient plus nombreuses qu'aujourd'hui. Désormais, 50% des logements sociaux sont habités par une personne. La façon d'habiter un logement a évolué. La cohabitation intergénérationnelle se fait beaucoup moins. La courbe démographique indique une baisse constante. On a désormais plutôt besoin de T2 ou de T3. Nous avons des problèmes avec les grands logements. Qui y va ? Ce sont les grandes familles. Dans les tours de Génicart, vous avez beaucoup de T5. Chez Aquitanis, on s'apercevait que, parfois, jusqu'à 20 personnes y habitaient. Il y a avaient de la sous-location. Nous en étions venus à une absurdité : murer des chambres pour faire de ces appartements des T3 ! La question des grands logements ne peut pas être évacuée non plus. Aujourd'hui, nous proposons systématiquement de l'habitat individuel, c'est-à-dire des petites maisons de ville. C'est ce que nous avons fait à Cenon, à Floirac. On va le faire sur Carriet, pour servir ces familles nombreuses.

Quels sont aujourd'hui les retards du GPV ?
E. P. : Les retards ont été pris lors des signatures de convention, un an et demi de retard. Nous disposons d'un cabinet extérieur, qui nous a aidé à mettre en place tous les plannings des 300 opérations liées que comportent le GPV. Tous les mois, nous avons un suivi précis de ces opérations. Aujourd'hui, nous savons qu'il y a des dérapages. L‘opération de Bassens, par exemple est terminée avec des conditions de satisfaction remarquables de la population. Il reste deux grosses opérations, dont les conventions ont été signées plus tard. Ces opérations très lourdes se heurtent à une inertie administrative. A Génicart, la construction d'une soixantaine de logements est bloquée pour des raisons florentines : il y a un tunnel ferroviaire fragile, qui doit être consolidé. Donc un an de retard en plus.

Qui allez-vous faire venir dans ces nouveaux logements qui ne seront pas des HLM ?
E. P. : L'image en Hauts de Garonne est en train de basculer. Il n'y a pas d'accession sociale à Bordeaux. Je suis sûr que les clients seront nombreux. L'image du Bas Floirac a changé. Avec l'explosion du foncier, nous vendons très bien, parce qu'il n'y a pas d'offre à des coûts maîtrisés, autour de 2000 euros de m2. En locatif, nous n'avons pas ressenti de réticences. Mais nous disons juste attention. Il ne faut pas en faire trop non plus.

Que faire quand il y a des insatisfactions lors du relogement ?
E. P. : Le bailleur n'est jamais seul. Chaque semaine, une commission de reclassement suit. Nous sommes aussi attentifs que possible. Une commission se réunit pour les cas individuels. Maintenant, ce n'est pas parfait. Sur les premières opérations du Bousquet et de Carriet, ce fut une divine surprise. En général, la satisfaction était importante. Sur Génicart, il y a peut être des problèmes. L'entreprise doit finir son boulot. Il y a toujours des ajustements des prestations. Après s'il y a des problèmes structurels, il existe un suivi pendant six mois. Le problème de Génicart, c'est le retard. Tout va être un peu décalé.

Propos recueillis par Charlotte Lazimi et Vincent Goulet

 

 

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