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Agriculture

Dominique Graciet, Président de la Chambre d'agriculture Nouvelle-Aquitane: "il faut que l'agriculture se transforme!"

Dominique Graciet, Président de la Chambre d'agriculture Nouvelle-Aquitane, le 10 janvier 2018 : ''il faut que l'agriculture se transforme!''

En ce début d'année 2018, Dominique Graciet, Président de la Chambre d'agriculture de Nouvelle-Aquitaine affiche son ambition de consolider le budget de l'agriculture régionale. Il vise les 100 M€. Un cap, une enveloppe nécessaire pour poursuivre la transformation et la modernisation de l'agriculture régionale dont, tout comme à l'échelle nationale, « le principal facteur limitant reste la faiblesse des revenus ». Un sujet de forte inquiétude pour celui qui est éleveur laitier dans le sud des Landes, et dont la filière est particulièrement symptomatique du sujet. Un sujet des revenus agricoles qui a été, selon lui, le grand malentendu des récents Etats Généraux de l'Alimentation.

« Sur les Etats-Généraux de l'alimentation, le Gouvernement a été très adroit... Les agriculteurs auraient voulu traduire Etats-Généraux des revenus de la production agricole. Parce que c'est ça le facteur très limitant de l'agriculture pour son adaptation aux attentes sociétales. Il faut redonner du souffle aux exploitations et aux entreprises agricoles, sans ça les conclusions des Etats-Généraux de l'Alimentation sont une charge inopérable. Les agriculteurs n'ont pas assez de revenu pour pouvoir investir dans la transformation de leurs exploitations », alerte le Président de la Chambre d'agriculture de Nouvelle-Aquitaine. Sur le plan national, en dépit des écarts selon les filières, près de la moitié des agriculteurs perçoivent en effet un revenu équivalent ou inférieur au RSA ; dans ces conditions l'effort d'investissement est plus qu'improbable.
Pour autant, Dominique Graciet en est bien convaincu: « il faut que l'agriculture se transforme et elle se transformera pour partie sur les pratiques et sur les investissements ». Au chapitre gouvernemental d'ailleurs, il ajoute : « l'écologie actuellement joue un rôle de censeur. Je rêve qu'ils soient des partenaires. Monsieur Hulot pourrait aider aux investissements pour une transformation environnementale de l'agriculture et de son innovation à long terme ».

100 M€ pour un projet agroalimentaire lisible porteur d'innovations
Au niveau régional, pour que l'agriculture se transforme, l'effort a été fait de consolider le budget agricole. « L'addition des budgets des trois anciennes régions amenait à 55M€, mais l'an dernier nous étions, grâce à l'oreille attentive du Conseil régional, à plus de 70 M€. Un budget avec lequel nous avons réussi à harmoniser les outils. Ils sont désormais communs et identiques sur tous les territoires et pour toutes les filières de Nouvelle-Aquitaine.  Nous avons désormais des objectifs encore plus importants ! ». Entre les crises, les 216 signes de qualités et au moins autant de filières qui cohabitent sur la grande région, « c'est un puzzle illisible. Il faut donner de la lisibilité au projet agroa-limentaire régional. »
Pour ce faire, 4 axes sont proposés par la Chambre à ses partenaires dont en premier lieu la Région. D'abord, « un plan protéine », dont l'objectif est de parvenir à une plus grande autonomie alimentaire des élevages, et donc une baisse des coûts sur l'alimentation, tout en augmentant le niveau de qualité et de traçabilité. Le deuxième axe porte sur un « plan agriculture et climat ». L'idée est de pouvoir mettre en place une vraie source de revenus complémentaires grâce aux énergies renouvelables. Troisième axe : « un plan agriculture et environnement », qui vise à la réduction des intrants et au développement de techniques plus propres. Un aspect déjà pris en compte par le jeune Réseau Régional de l'Innovation, qui réunit depuis début 2016 les acteurs de la recherche du développement et de l’innovation, et qui compte déjà un beau succès à son palmarès, puisque c'est en son sein que s'est initié le projet de Territoire d’Innovation de Grande Ambition porté par le Conseil Régional sur la réduction de produits phytosanitaires. Un projet validé ces jours-ci au niveau national, ouvrant droit pour sa mise en œuvre, à un financement de 500M€ sur 10 ans.
Enfin, le 4ème axe, qui est de l'ordre des moyens, est de parvenir à un budget de 100 M€ pour permettre cette modernisation de l'agriculture. « Notre responsabilité est d'ordonner les projets agricoles et de les défendre auprès des financeurs », rappelle Dominique Graciet. Outre la Région et l'Etat, la Chambre régionale d'agriculture espère aussi pouvoir obtenir des financements nouveaux au niveau du FEADER, même si ce fonds met en concurrence différents secteurs économiques. « Mais l'innovation doit aussi porter sur les modes de financement, il faut donc expertiser toutes les différentes formes de financement que ce soit sur le foncier, sur l'installation d'ateliers spécialisés, etc. », précise le président.

Pour une "vraie stratégie d'export"
Enfin, à l'occasion de cette rencontre avec la presse, Dominque Graciet a fait part de son sentiment de l'urgence de mettre en place une « vraie stratégie d'export ». « Il faut des Siqo, il faut savoir faire du local ; s'il est bien fait c'est une manière de rétablir le lien entre l'acte de production et le citoyen. Mais il faut aussi savoir faire de l'international. Un bon export est une condition de survie pour énormément de filières : le Bordeaux, l'élevage... C'est un facteur d'équilibre de marché. On est en train de passer à côté du grand export; la France n'est pas assez présente. Les pays de l'Est sont là, la La Russie par exemple, s'est transformée depuis l'embargo ukrainien, elle a complètement basculé sa balance commerciale. » Le président de la Chambre d'agriculture en appelle à une véritable « prise de conscience ». « Il faut une stratégie, pas un export d'opportunité selon la qualité ou les quantités des récoltes. Ça veut dire aussi qu'il faut un changement de mentalité : se poser la question des besoins des clients et ne pas consacrer à l'international ce qui ne trouve pas preneur sur le marché national !», s'agace-t-il. A bon entendeur...

Solène Méric

Photo: Aqui.fr

Publié le 11/01/2018

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