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Politique

Conseil régional: la stratégie régionale de l'eau fait débat

Le lac du Gabas, dont une moitié des volumes est destinée à l'irrigation agricole, l'autre à la gestion des étiages de l'Adour et trois de ses affluents

C'est une assemblée plénière très « nature » qui s'est ouverte ce mardi 26 juin dans l'hémicycle du Conseil régional. « Nature » mais pas légère pour autant, l'intervention d'Hervé Le Treut à propos du rapport Acclima Terra sur l'anticipation des conséquences du réchauffement climatique en Nouvelle-Aquitaine en préambule des débats, aura cadré l'esprit et les enjeux des dossiers étudiés par la suite. Parmi eux, le vote de la Stratégie régionale de l'eau en Nouvelle-Aquitaine, présentée par Henri Sabarot conseiller régional délégué aux zones humides, aura créé le débat, dans une période où la région est suscitée pour le financement de « bassines de réserve » en Poitou-Charentes.

Chacun en aura convenu, le juste équilibre entre qualité et quantité de la ressource en eau d'un côté et ses multiples usages, notamment agricoles, de l'autre est difficile et délicat. D'autant plus dans un contexte de réchauffement climatique, rappelé par Hervé Le Treut, qui vient accentuer plus encore les impacts des pressions déjà existantes sur la ressource. Diminution de la recharge des nappes de 30 à 50%, baisse de 20 à 50% des débits moyens d'ici à 2030, ou encore réduction de l'enneigement....

Préserver qualité et quantité
Au vu de ce contexte, et de la grande diversité de la ressource dans la région, la stratégie régionale de l'eau, qui vient donner « un socle commun et une vision de l'eau sur l'ensemble des politiques de compétence régionale », pose l'objectif global de « permettre une maîtrise et une optimisation des usages et une répartition équilibrée sur le long terme dans le respect des écosystèmes ». Pour ce faire, 4 grandes orientations sont ainsi déployées détaille Henri Sabarot : accompagner l'optimisation de la consommation par les changements de pratiques et l'innovation, contribuer à la prise en compte des enjeux de l'eau dans l'aménagement du territoire et à la prévention des risques inondation, préserver et restaurer les ressources en eau et milieux aquatiques, et enfin développer et partager la connaissance de l'état de la ressource en eau, de la recherche sur les adaptations aux changements climatiques. Un vaste programme visant à la préservation de la quantité et de la qualité des eaux de la région, issu d'une longue concertation (lancée en mars 2017) auprès de 500 acteurs de l'eau néo-aquitains, faisant de la Région, telle est son ambition en tous cas, plus qu'un partenaire financier, un rouage privilégié entre l'Etat, ses agences et les porteurs de projets du territoire.
Si sur l'ensemble des grands principes et orientations les élus, de tout bord, ont globalement souligné une démarche régionale bienvenue (voire d'avant-garde pour les plus enthousiastes du côté de la majorité), le sujet sensible des réserves de substitution (ou bassines) a bien suscité quelques appréciations moins tendres. En effet, dans ce domaine, la région Nouvelle-Aquitaine a choisi le « statut quo », à savoir le maintien des 3 règlements d'intervention des 3 anciennes régions, sur leur périmètre respectif. De quoi faire grincer les dents d'un certain nombre d'élus de l'opposition. Et pour cause, selon le dispositif en vigueur en Poitou-Charentes, la participation financière de la Région à la création de telles réserves est impossible ; contrairement aux ex-régions Aquitaine et Limousin... Justification d'Henri Sabarot en charge de l'environnement et de la biodiversité : « les territoires en Aquitaine, Poitou-Charentes et Limousin, ne sont pas comparables les uns aux autres. La gestion de l'eau doit être territorialisée et pragmatique» .

Bassines en Poitou-Charentes: "il faut faire progresser le débat"
« Le contexte géologique est différent en Poitou-Charentes, insiste Nicolas Thierry, Vice président en charge de la biodiversité et de l'environnement. Il n'y a pas de nappes profondes, seulement des nappes de surfaces. Notre choix est issu d'un consensus entre les acteurs qui ont pourtant sur le terrain des conflits d'usages durs entre agriculteurs, industriels et le Marais Poitevin qui manque d'eau. Pourtant nous avons réussi un consensus positif, qui s'est appuyé sur ce qu'en disent les scientifiques », précise le Vice président écologiste, en réponse à l'intervention de Jean Dionis du Séjour (UDI), critiquant dans le choix de l'exécutif, « la continuité d'une ligne écologique anti-barrage » et « une prudence de Sioux face à l'antagonisme entre agriculteurs et associations environnementales ». Un point de vue d'ailleurs partagé par Bathélémy Aguerre (Modem) regrettant lui aussi « un manque d'ambition » de cette politique et « l’absence de mesures en faveur des bassins de rétention, écrêteurs de crue, pouvant aussi permettre de lutter contre les inondations comme celles que la Région a récemment connues. »
Face aux critiques sur ce chapitre des bassines, Alain Rousset rétorque :« l'acceptabilité de tels projets sera nulle si l'on si procède ainsi. Ici, assis en assemblée, on peut dire d'accord aux bassines. Mais sur le terrain ça ne fonctionne pas. Il faut d'abord faire progresser le débat et j'espère que nous arriverons à une situation de compromis basée sur la maîtrise publique de l'usage de l'eau, le développement de cultures à valeur ajoutée, et les avancées de technologie ou pratiques innovantes en matière d'irrigation et de pratiques agricoles ». En d'autres termes sur ce sujet, comme le synthétise Henri Sabarot, « la porte de la région n'est pas fermée sur le sujet. Au contraire, s'il faut aider par des études complémentaires, participer à des débats, faciliter les échanges, nous serons là », assure l'élu qui aurait pu assumer au côté de Benoît Biteau (PRG) particulièrement heureux de voter cette stratégie, que « cette délibération n'est pas un point final à la politique régionale de l'eau mais un chantier que l'on ouvre ».

Favoriser l'éducation à l'environnement
Sur les thèmes environnementaux, au-delà de cette stratégie régionale de l'eau, l'assemblée plénière a ainsi également voté une délibération concernant l'accompagnement des centres de sauvegarde de la faune sauvage afin, notamment, d'optimiser leur fonctionnement, de renforcer le professionnalisme de ces centres et de favoriser leur mise en réseau. Autre sujet voté en plénière, le soutien à trois structures « têtes de réseau » (la ligue pour la Protection des Oiseaux, Limousin Nature Environnement, et la ligue de l'enseignement Fédération des Associations Laïques de la Corrèze), afin de favoriser leur structuration et leur professionnalisation et ainsi soutenir leurs actions d'éducation à l'environnement.

Solène Méric

Photo: Aqui.fr

Publié le 27/06/2018

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