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Culture

L'actualité du Roman Noir : My absolute darling

Gabriel Tallent : My absolute darling-, traduit par Laura Derajinski-  Éditions Gallmeister- 455 pages- 24,40 €- mars 2018

C’est un roman majestueux et terrible comme savent si souvent les écrire les Nord-Américains. Riche de sa narration lyrique, qu’on dirait presque biblique tellement elle nous plonge dans un monde qu’on situerait facilement après le paradis perdu. Mais aussi sauvage et violent par la splendeur de la nature décrite et le conflit existentiel qu’affronte Turtle une adolescente de 14 ans.

Elle vit seule avec son père, Martin, dans une maison isolée bâtie de bric et de broc face à l’Océan Pacifique, au débouché de la forêt du nord de la Californie. Élevée par cet homme qui se tient soigneusement à l’écart d’une civilisation qu’il abhorre, elle a développé de formidables capacités d’endurance, d’intelligence pratique, de sens aigu de l’observation et une aisance redoutable dans la pratique des armes à feu : elle se déplace, en dehors du collège, avec un pistolet Sig Sauer et un fusil, fait mouche à merveille sur les cibles préparées par Martin dans la maison et leurs champs alentours. Mais elle est aussi sous la coupe de cet homme qui lui impose une relation incestueuse.

Le récit est l’histoire du long combat de l’adolescente contre son scélérat de père ; sans voyeurisme, mais avec une délicatesse qui dit toute la douloureuse ambigüité d’une relation où l’attachement filial est en balance avec l’horreur criminelle. Des épisodes contribuent à la faire grandir :comme dans tout récit d’émancipation, les rites de passage sont nombreux. Cela va de la rencontre avec des garçons, lycéens d’un excellent niveau social qui font découvrir à l’adolescente d’abord les prémices de l’attachement amoureux et aussi un autre monde, celui de l’aisance financière, de la culture, et d’un certain hédonisme. L’affrontement à la nature, voire la confrontation à la mort face à l’océan modèlent aussi, peu à peu, une compréhension nouvelle du monde.

La narration est toujours précise, détaillée et minutieuse comme un essai – réussi – d’englober toute la diversité du monde avec lequel se collète Turtle ; et comme si toute cette solide architecture des mots était là pour l’aider et la conforter dans sa lutte vitale.

Bernard Daguerre

Photo: Mollat

Publié le 12/11/2018

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